‹ La société française avant et après 1789Chapitre 27 sur 29 · LE MENU · texte numérisé non relu

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Pot-pourri sur l'air des : Folies (TEspagne.

Premièrement un très simple potage Pour cela même appelé de santé, Lequel aura, Messieurs, pour entourage De six bons plats le nombre bien compté.

AiB : Allons le voir à Saint-Cloud,

De quatre jeunes pigeons Chacun fournira sa culotte Qu'aux pois nous servirons; Puis la famille qui barbotte Paraîtra dans un consommé; A côté, pour chaque affamé, Mouton à la purée, Galantine à la gelée.

AIR : Quand le péril est agréahle.

Chacune en un papier placée, Les côtes d'un veau Ton verra; Un peu plus loin on servira Aussi sa noix glacée.

AIR : 'Réveillez-'oous,

D'un bœuf bien gras le haut de chausse Tout juste au beau milieu rangé, Et dont le jus lui sert de sausse {sic) Tient lieu du potage mangé.

AIR : Isous sommes précepteurs d* amour.

D'oiseaux de la mère d'Amour, Un trio doit marcher ensuite.

Et les fils du chantre du jour Soudain paraîtront à leur suite.

AIR : Jardinier, ne vois-iu pas.

Puis de jeunes haricots

Préparés à l'anglaise,

Des petits pois tout nouveaux,

Et des abesses en pots.

Aux fraises, aux fraises, aux fraises.

AIR : Lon lan laderiretle.

Petits éperlans embrochés (bis) Aux concombres des œufs pochés, Lon lan laderirelte, Crème soufflée, artichauts frits, Lon lan de deriri.

CHANSON CONTRE l'aCADÉMIE DE NANCY.

Or, écoutez, petits et grands, L'histoire des nouveaux savants Dont l'espèce croît en Lorraine Sans beaucoup d'étude ni peine, Pour vous apprendre tout exprès Q'on est savant à peu de frais.

L'on n'a qu'à venir à Nancy

Et dire hardiment : « Me voicy,

Allons, messieurs, qu'on m'expédie

Un brevet pour l'Académie ».

Aussitôt on serait admis

Parmi ces nouveaux beaux esprits.

lis récitent tous des discours

Qui, quoique longs, seraient bien courts,

S'ils en étaient le verbiage

Dont ils font un grand étalage :

Si bien que tous ces longs propos

Sont des riens et beaucoup de mots.

322 A P P E iN D I C E .

Sur tous les arts de l'univers, Ils parlent à tort et à travers, De rhétorique, mécanique, De la physique et de Toptique, Et l'on conclut que tels savants Dans le fond sont des ignorants.

LES CnATS DE MADAME IIELVETIUS ET DE l'abbé GALIANI.

Pour faire pendant à la Chatte philosophe de Gleichen, il faut présenter ici les chats épicuriens de madame Ilelvétius. {Mémoires de la Baronne d'Oberkirch tome II, p. 259). Je sais une certaine demoiselle Yvonne, qui me touche de fort près, et qui, loin de s'étonner de la passion de madame Ilelvétius, la partage complètement, s'informe avec la plus vive curiosité de tous les personnages qu'elle a hantés, collectionne la prose ou les vers qu'elle leur a inspirés. Les sept chats de Servigney sont des favoris presque aussi choyés que ceux de la femme du fermier général : je dois confesser toutefois qu'ils daignent prendre des souris. Leur jeune maîtresse lira sans doute avec intérêt le récit de madame d'Oberkirch. Voici comment la conversation s'engage entre madame Ilelvétius et M. d'Andlau venu, avec un de ses cousins, pour lui rendre visite.

a Monsieur, j'ai l'honneur de vous saluer... Que faitesvous donc, Comtois? Vous dérangez Marquise. Laissez ce fauteuil.... Charmée, monsieur, de faire connaissance avec vous... C'est encore pis cette fois, Aza est malade; il a pris ce matin un remède.

— Mais, madame, c'est que...

— Vous êtes un imbécile, cherchez mieux. Messieurs,

VOUS voici par un temps superbe... Pas par ici, misérable ! c'est la niche de Musette ; elle y est avec ses petits, et va vous sauter aux yeux... »

Pendant ce temps, le baron d'Andlau et son cousin sont debout, au milieu du salon, ne sachant où prendre un siège , et se trouvant entourés de vingt angoras énormes, de toutes couleurs, habillés de longues robes fourrées, sans doute pour conserver la leur et les garantir du froid, en les empêchant de courir. Ces étranges figures sautèrent à bas de leurs bergères, et alors les visiteurs virent traîner des queues de brocard, de dauphine, de satin, doublées des fourrures les plus précieuses. Les chats allèrent ainsi par la chambre, semblables à des conseillers au parlement, avec la même gravité, la même sûreté de leur mérite. Madame Helvétius les appela tous par leur nom, en offrant ses excuses de son mieux. M. d'Andlau se mourait de rire et n'osait le laisser voir. Mais tout à coup la porte s'ouvrit, et on apporta le diner de ces messieurs dans de la vaisselle plate, qui leur fut servie autour de la chambre. C'étaient des blancs de volaille ou de perdrix , avec quelques petits os à ronger. Il y eut alors mêlée, coups de griffes, grognements, cris, jusqu'à ce que chacun fût pourvu et s'étabht en pompe sur les sièges de lampas qu'ils graissaient à qui mieux mieux.

« Je ne savais plus où me mettre, ajouta M. d'Andlau, et je craignais de me lever avec un aileron à mon habit ; ces chats ne respectaient rien, la robe de leur maîtresse encore moins que le reste. »

Un autre partisan de la gent chatte, c'est l'abbé Galiani (Voir sa Correspondance, éditée par Lucien Perey et Gaston Maugras.) Ecoutez comme il en parle dans ses lettres à madame d'Epinay, à madame Necker.

jK J'ai un livre dans la tête qui échauffe bien mon imagination : je voudrais le faire, mais je n'en ai pas

les bras. Il aura pour litre : InstrucUons morales et politiques d'une châtie à ses petits, traduites du chat en français par M. d'Egrattigny, intoyrète de la langue chatte à la bibliothèque du Roi.

€ Gomme je n'ai d'aulre société que celle de ma chatte ici, je rêve toujours à cet ouvrage, qui sera bien original. La chatte apprend d'abord à ses petits la crainte des Dieux hommes. Ensuite elle leur explique la théologie et les deux principes, le Dieu homme bon, et le Démon chien mauvais; puis elle leur dicte la morale, la guerre aux rats et aux moineaux, etc; enfin elle leur parle de la vie future et de la Ratapolis céleste qui est une ville dont les murailles sont de parmesan, les planchers de mou, les colonnes d'anguilles, etc... et qui est remplie de rats destinés à leur amusement. Elle leur inculque le respect pour les chats châtrés, qui sont des chats prédestinés, appelés à cet état par le Dieu homme, pour être heureux dans ce monde et dans l'autre, témoin comme ils sont gras; et c'est pour cela qu'ils sont dispensés de prendre des souris. Enfla elle leur recommande la plus parfaite résignation en cas que le Dieu

homme les appelle à cet état de perfection, etc., etc

(Tome I", p. 331, lettre à madame d'Epinay.)

« Faute d'autres animaux raisonnables, je fais société avec un chat. Il est à présent malade. Si vous connaissez la force des chagrins domestiques, vous pourrez j uger de mon aflliction. J'ai appris la langue chatte depuis mon départ de Paris, et je la parle assez couramment pour un homme , et je crois que si vous veniez me trouver , au lieu de vous dire : je vous adore, je languis, je me meurs, et cent autres fadaises de la langue française (la plus asiatique de toutes les langues), je vous dirais miaoù, et tout serait dit, et môme très énergiquement. Savoir ce que vous répondriez? Répondriez vous à demi-voix, comme une jolia

APPENDICE. 3â5

chatte, mié, mieu, miau? ou souffleriez- vous comme une chatte fauve et farouche? Allons, vous ne risquez rien à me le dire à deux cents lieues de distance. Ni vos griffes, ni les miennes, ne sont pas si longues... » (Tome 1% p. 414 ; lettre à madame Necker.

« Ma chatte angora est tombée d'une terrasse dans la cour et restée morte sur le carreau. Ce coup est un coup de foudre pour moi. Sans plaisanterie et sans exagération , tous les objets ici , après cette perte, sont devenus indifférents pour moi; rien ne m'attache plus à ma chère patrie, où rien de bon n'est resté , depuis que ma chatte marseillaise est trépassée... »

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