L'ART ET LES ARTISTES
" « Une société communiste serait fa mort de l'art», s'écrient certains artistes qui, ne voyant dans l'art: lit. lérature, peinture, scuipture, qu'un moyen de gagner de | luer la « valeur
musique, théâtre, etc.
‘argent, ne savent éva- » de l'œuvre que par l'argent qu'elle fapporte, s'imaginent qu'il est
nécessaire qu'il existe une aristocratic pour les
apprécier et sont navrés à la seule idée, que tout cel leur « art » ne Pourrait plus leur rapporter : hôtel, luxe, décorations et honneurs
a pourrait disparaitre, que
académiques.
D'autres artistes. qui se croient tout ce qu'il ya de plus indépendant, parce qu’ils « abominent le bour geois », sont, au fond, tout aussi réactionnaires, suns sen douter. Partisans de la théorie de « 1 l'art »,
‘art pour un livre, un tableau, une statue, pour eux doivent bien se garder de vouloir dire quelque chose. L'artiste ne doi:
«l'art». I
Pas avoir d'autre conviction que A ligne, la couleur, l'arrangement des phra-
ses, le frisson des mots suffisent à rendre une œuv,
parfaite, à plonger l'artiste dans une béatitude cor».
plète. Qu'ilse garde, surtout, d'essayer d'y introdujis pensées, s'il en a, sur notre monde, sur l'avenir:de nos sociétés. Le véritable artiste se suftit à lui-même
Oser CONCEVOIr qu en de'ors de Ja jouissan [0 des
veux et des oreill l'uvre pu € éveiller le raisn
nement de celui qui lit, voit ou emtend, est un blyys. phime épouvantable. un crime de | art, C estVŒy. loir lg déshoônorer que d'oser concevoir que l'œuvise
par exemple, puisse être une arme de combat, Mise
Pour ces intransiseants l'art est une chose trop
élevée, trop au-dessus du raisonnement de la fou, Ce serait ledéshonorer de chercher à le rendre compirg,
Nous n avon as dit de le mettre à la « Portée, de
la foule », jui impliquerait, en eflet, une idée de
‘ } 1 à castration de Fidlce et de la forme, 1 nmominie don
l'artiste consciencieux doit, en cflet, se défendre av, énergie. Se rabaisser pour capter les suffrages de, |, foule, L AUSSI pl it que de se masturbe l'idée PO, yr utirer | egards du public acheteur, Mais on Put hercher à rendre une idée compréhensible, éloig, er
| obscurités voulues, chercher une facon claire, 1 ut
dire les choses, de façon à empoigner le cerveau qu
lus obtus, et provoquer chezgux une série de l'égie
mnements qui les amènent à saisir un oin de Fay. \ ’ ! 1 1h à | a 1 »
f OU rOoYONS MEMK qu C est la, la 101 INC s de
tout art, et qu'il est bien plus facile de planer d4,,, les hauteurs en restant incompréhensible, que d'égrre
clair et précis, tout en restant impeccable dans, y
LA
OCIÉTÉ FUTt On nous objectera, sans doute, que, ju qu‘ les œuvres jue l’on a voulu taire servir gation d'une idée. ont toujours péché Par la forme. C'estdu reste l'objection qui nous a été le plus sou- Elle Peut tre fondée. Mais i] Ya être, aussi, des
vent faite peut œuvres de Propagande qui ont une valeur artistique, Ce serait une latistique à fair mais fort Probablement, la plus Partie des œuvres de combat. Surtout en liuérature, o dû être inférieures comme
prouve
art, (Ju est- C que cela
Qu'une chose, c'est que les auteur: pou une forte conviction de Quaient du talent n d'art. Ou, s'ils P
l'obsession
aient iVOiI leur idée, mais qu'ils man écessaire pour faire une vuvre OSsédaient ve tal nt, CMportés par de l'idée, comm il arrive Parfois pour lortement convain u, ik: és en
l'homme C sont Jai:
trainer. au delà de l'expres: ion; voulant trop prouver négligeant ce qui “Ontrecarrait leur idée. il n'ont voulu voir que:
e qui la flattait et y ont tout
: upPporu Et. quoi qu'on en dise. le Vrai qu'il y a de mieux
ils n'ont Pas été vrais, est encore ce en art
Nous n'avons Jamais vu le tableau de Picchio, Le Triomphe de l'ordre, et l'aurions-nous vu. nous ne NOUS connaissons Pas asez en peintui Pour pouvoir décider de sa aleur, mais qui oserait avec du talent, on
teil sujet, une
al'irmer que, 1ë pouvait pas faire, œuvre d'art.
contribuer
iVeCS ui) pa et que l'idée elle mème.
ne devait pas y
Est-ce que Germinal de Zola ne !
ss meilleurs volumes ? On lMmais voulu faire D'accord,
esicra pas un de
uous dira que Zola n'a
un livre de propag Mais qu'a-t-il voulu
Fu inde sui ialiste,
représenter : la lutte
LA SOCIEITE FUTURI
du capital et du travail. était-il possible de mieux en dessiner | antagonisme qu il ne l'a fait au moÿel du contraste des fa nilles Grégoire et Maheu ? Qui o$equ'une profonde nviction sogialiste jointe au talent de Zola. lui aurait fait abimer s08
œuvre
Descaves. 191 qu'il a fait Sous-0ffs Henry Févre rit Au Port d'armes Darien lorsqu'il Biribi, Haupimann Les
Bas les Cœurs tirée du ro:
Aialbert.’ La fille ÆElisa,
1, n'ont sans doule Pas voulu faire
LE
man des GOncour œuvre de pro] igande. mais il nt sûrement voulu exprimer leur dégoût de certaine de nos Inst
ri de révolte et il reste
ions : leurs livi ront
Messieurs les partisans «té l'art pour l'art, se 16 gimbent à cet Enoïnce ent-ils, ne serait plu de l'art. Pour merite l'art doit rester INA il doit conti
Eure compris de la foule, di
»r ce nom
jble aux ma dont les 1nItICS SEUR
ment em
ont la clef. Un idole restant tOuJOUrs Y Lu bru dont un petit cena le demeurcrail \e groupé se contenter dé
officiant, Le vulgaire po} ulo devant travailler et peineï pour | ‘rmetire Lux artist de con tinuer leut as jusque-là. tou: les pari
Cet tous ne VOM } ; | l'art r l'art e nrisent ! le rev ns dc 14 )U rt » ne ME} risent pa ce re ple, mais € est à et inclusion que conduit cette théorie, et beaucoup, juoi qu'ils en aient. S€ croienl rtainement une élite bien au-dessu: du vulgaire. à us n'aspirent pas aux privilèges, quelque uns À que lorsqu ell®
les infamies & tuelles
tente
(ANIME PULL par | difiivuliés des conditions d'existence, l'orcés de fournir neuf, dix ou douze heures «it travail pour gagner la pitance quotidienne il n'est guère | ible dans ces conditions de cultiver des gouts € thutiques
In: a qu'un petitnombre de privik ics qui puissent
le pratiquer et en jouir, Lesautres devront borne | |
h admirer les œuvres de ceux:là, si les quelques facul
TU qu'ils auraient pu avoi ne sont pa complètement
atrophiées dans la lutte pour l'existenc
Dans lu société future, le temps net ire à satisfaire les premiers besoins di lu vie unimule sera rêduit au minimum, et, Meme ne sera plus qu une gymnastique hygiénique nece suire à développer les muscles parallèlement au cerveau Chacun pourra donc développer ses talents et aptitudes à son gré, poursuivre } idéal de son imagination, Ceux qui auront de réelles dispositions pourront les faire loir; ceux qui n'auraient que des prétentions, pourront satisfaire leur vanité sans danger pour personne, s'ils perdent leur temps à des cancreries, ils n en devront compte qu à eux mêmes, tandis que dans la société actuelle, la fortune. s'ils l'ont entre les mains, peut
leur donner une influence néfaste sur la destinée des autres,
Qu'un compositeur par exemple, veuille organiser une audition de sesœuvres,ilchercheraauiour deluiles exécutants qui pourront l'aider se fera, s'il le faut leur professeur ; son besoin de produire son œuvre le mettra dans la nécessit de se rendre utile aux au tres pour mériter leur concours. Au lieu de fuire Jouer sa musique, s'agira-t-il de lu publier: ou lui seul
La)
LA UCILTE pUYt
ii 164 en Cprouvera le besoin ou !
par des admirateurs. 1 n
en elle lui sera demandée © Cas, 11 aura Île concours assure de ces derniers, il M aura aucun difficulté de mener cette publication à bonne fin S'il est seul à cprouver le besoin de se voir éditer les difii ultés seront nomt
insurmontables, Le |
de se voir forcé de
'reuses 11 est vrai, mui: non
is qu'il Pourra cprouver sera se faire graveur. imprimeur, au Cas Où il n'arriverait
à intéresser personne à œuvre,
son Forcé de s'entendre avec les groupes producteurs des matières Premières dont il aura besoin,
Le sCcra à lui de les intéresser à «
on idée ou de trouver la laçon de leur être utile Pour en obtenir
leur con ours M 118, en tous cus,
ge champ ouvert
Le |
ce serait un lar Vité de l'indix idu ; ce serait l'e largissement fOnnalité, tandis que |
à l'acti de sa per a société actuelle n'en est que le rétrécissement.
L'homme ne peut
être universel, mais i! ne peut non plus rai:
onnetr suInçment sur une chose, qu à
Condition d'avoir au moins une notion des autres, ances humaines comme les Senchainent et:
Les connais Evenements, é suivent, Causes et effets à leur tour celles
Condition de les
, Chacune né peuvent tre comprises qu à grouper et de ne pas les considérer iolément.
L'œuvre d'art n'approche de Ja perfection que lorsqu'elle laisse le moins de pris possible tique, Elle ne devient chef-d'œux re tst impec, able
forcé
à la crique lorsqu clle
Et comme toute œuvre de valeur est 2 d'embrasser un cham Onceptions, elle
ttudie
P plus ou moins vaste de lorce l'artiste
s'il veut être l'tout cet ensemble de cho:
sincere à
‘€s d'une façon cons
364 LA SOCIÉTÉ FUTURE ciencieuse, s'il ne veut pas laisser glisser dans son) œuvre une anomaiie qui la déparerait.
Quelle que soit l'imagination de l'artiste, quelles que soient Sa patience et Sa minutie à reproduire £e qu'il voit, on ne concoit bien que les choses dont on a compris Île mécanisme. Quel que soit son enthou-
ses connaissances sont
siasme pour son œuvre, Si par l'éducation
bornées comme elles le sont, de fait, actuelle, l'œuvre en souffrira certainement ; Par des
points de détail peut-être, mais qui n'en choqueront!" pas moins cdtui qui aura des connaissances spéciales | | sur le point négligé” Et lorsque s'élèvera le niveau
intellectuel du public, £es défectuosités pourraieñt.
être plus nombreuses Si l'artiste ne s'élevait pas luimême.
Dans la société actuelle, nous voyons déja ce mou
vement de recherche de affinités s'opérer. Nous Î [
avons cité Îles Orphéons, fantares, sociétes chorales,|
elles sont ce que le niveau moyen Les fait, pourquoi
ce qui est possible par l'entente en art Moins relevé ne le serait-il pas en art plus transcendant ? Les essais] d'association pour orgahiser les représentations théi-! trales d'une esthétique donnée, ne sont plus à comp
ter, El y eu à deux que pour leur valeur on pe citer: de Theatre Libre et l'Œuvre.
elles sont entravéss paf
Dans la société actue le, s |
| la question financière, elles laÿgent encore place à li! hiérarchie. Forcés de faire afpel au capital, autant, sinon plus qu'aux Ponnes volontés, les initiateuf sont forcés de se grouper selon les circonstances,
plus que selon les affinités. Malgre toutes £es causés
d'entraves, on connait les bons résultats que ces inftiatives ont produits. e
Dans la société future, on pourra écarter la question fingncière et faire simplement appel aux bonnes volontés ; les individus ayant des coudées franches la sélection sera plus facile. [1 y aura toujours des individus qui auront la démangeaison de faire des pièces, d’autres de les interprétér, ces individus se rechercheront et associeronggcurs aptitudes. Où serait le mal, si ceux qui, ayant le goût du spêéctacie, venaient chacun dans la possibilité de leurs aptitudes apporter le conconfs de leur aide, pour la décoration, la mise en scène, la confection des costumes ou autre aide accessoire : |
Si chacun des spectateurs pouvait se rendre utile à sa façon, à l'exécution de l'œuvre à laquelle ‘il serait appelé à assister, sa jouissance intellectuelle en serait augmentée. [l pourrait ÿ avoir les importuns, mais il est plus facile de s'en garer que de suppléer au manque de fonds d'aujourd'hui. Ce qui se ferait pour les représentations théâtrales pourra s'appliquer à tout auire délassement intellectuel. Loin de les prohiber dans la société future, on voit qu'il serait facile de les mettre à la porice de tous.
Aujourd'hui, ce n'est qu'à de très rares exceptions que l'artiste arrive à percer s'il n'a pas de fortune. Ce n'est qu'au prix de son repos, de sa santé, qu'il arrive se donner à son œuvre. Ft lorsqu'il arrive à lui idénner vie, que de petites concessions ne faut-il pas faire encore au gout dominant afin d'obtenir de lui faire voir le jour! |
€ Tant mieux! » s'écriet-on, cela trempe un
D m0: og pe on
parle rémigeneertg
homme, et ceux qui ont réellement quelque chose dans le ventre ressortent toujours ». Il est’à noter que ceux qui émettent cet aphorisme, ont-« tout ce qui leur faut », il est vrai que par contre ils ne font jamais rien ressortir. Mais, pour un, véritablement doyé, qui triomphe des difticultés, combien périssent ctouffés par la misère et encore, celui qui y échappe n'y resterait-il pas, si le plus souvent quelque circonstance fortuite, indépendante de son talent et de sa volonté, ne venait lui apporter une planche de salut ? Certes, la misère trempe les hommes, mais parfois lorsqu'elle est excessive combien elle en tue, et des mieux doués, qui, dans dgs conditions meilleures auraient pu s'épanouir en talents merveilleux. Qui remplacera jamais les belles annèes perdues de la jeunesse passées à engraisser l'exploiteur, qui lui, se contemte de faire du lard :
Ce n'est pas encore tout d'être sorti de l'ombre, il faut pouvoir répandre son œuvre, il faut pouvoir vitre de son talent. On a en tête l'œuvre que l'on rêve, on la sent palpiter sous la pensée, les doigis frémissent de l'étreindre.. mais la huche est vide, le ventre creux, parfois il y a des enfants qui demandent du pain, il faut travailler pour vivre, avant de penser à l'art. Et l'œuvre est abandonnée pour des jours meilleurs, on accepte de faire, pour l'entrepreneur qui paie, l'œuvre qui se vend, jusqu'au jour où l'on s'aperçoit que l'idée est envolée et que lon n'est
lus qu’un simplé manœuvre.
Les récréations vraiment artistiques ne sont de nos jours réservées qu'à une infime minorité de privilégiés qui doivent leur situation à des circonstances
autres que leur talent. Ce ne sont que les riches qui peuvent donner cours à ce qu'ils appeilent « leurs segtiments artistiques »! Et Pour quelques-uns, dont le gout est vraiment Pur, combien de Philistins dont l'ignorance et la crétincrie, dangereuses de par leurs richesses, contribuent à Pétvertir le gout public, étant les seuls dont l'approbaiion est efticace. puisqu'ils sont les seuls à Pouvoir acheter, A l'heure actuelle, l'artiste ne cherche Pas une idée originale selon sa concemtion, mais selon la conception du public payant, C'est Pourquoi l'art actuel n'est, pris en général, pas un art, mais une mod :, Un métier, un tremplin.
L'art libre, tel que nous l'entendons, frendra l'arliste son propre ct seul maitre. Îl pourra donner Ours à 1OUte Son imagination, aux caprices de sa fantaisie, exécuter l'œuvre telle qu'il l'aura conçue, l'animer de son soutile, la faire vivre de son enthousiasme. Alors là, nous aurons la pensée réelle de l'artiste et non celle qui lui Aura été imposée par des circonstances où l'art n'avait rien à voir.
Si, à côté de cela, il se produit un stock innombrable d'œuvres sans valeur, de productions folles, que peut nous faire cela? Le riche désœuvré d'aujourd'hui encombre bien ses salons de croutes abominables et de plâtres insanes, au détriment des belles choses qu'il contribue à étouffer. Dans la société future, les ratés ne perdront que. leur propre Emps, et s'ils trouvent des admirateurs, pourquoi n'auraient-ils pas le droit de se congratuler, quand cela ne fait de mal à personne ?
Mais, quoi qu'il en soit, au fur et à mesure que le
développement du machinisme et de la science ren-
tt A
dualisme, con