I . Les gaspillages dans les sociétés modernes
La monnaie, en effet, n'est qu'un moyen d'échange, elle n'existe qu'en nombre limité. Des lois en régissent la fabrication. Cette représentation delà richesse circule, il est vrai, entre différentes mains, mais certains se la sont accaparée et, avec elle ils régissent l'humanité.
La terre, les mines, la mer ne demandent qu'à nous inonder de leurs produits ; les machines sont toutes prêtes à les transformer au gré de nos besoins, ceux qui n'ont que leurs bras pour vivre ne demandent qu'à les occuper.
Mais cela, hélas! n'est pas suffisant. Avant de produire d'autres objets dont l'encombrement déprécierait la valeur de ceux qu'ils ont en magasin, ceux qui se sont emparés des moyens de production, veulent écouler ceux qu'ils possèdent, et ils arrêtent la production, et voilà ce qui fait qu'une trop grande richesse entre certaines mains, engendre une grande misère pour les producteurs. Ceux qui veulent une société où tous les besoins puissent être satisfaits, ne demandent donc pas le partage des richesses existantes, mais une organisation sociale où l'égoïsme des uns ne puisse être préjudiciable aux autres.
Maïs nous aurons encore l'occasion de traiter ce sujet plus loin, revenons-en à Toutillage mécanique*
Les économistes s'extasient sur le travail immense qu'a nécessité la fabrication de l'outillage existant, et du bien-être que cela a apporté aux travailleurs. Il est de fait que, durant toute la période où l'industrialisme a commencé à se développei*, la construction de l'outillage, créant des occupations nouvelles à ceux qu'ils supplantaient dans l'atelier au fur et à mesure de leur
construction, l'équilibre s* est maintenu pendant quelque temps, penchant même en faveur des travailleurs, mais cela n'a été que temporaire et de courte durée, une génération à peine. Aujourd'hui l'équilibre est rompu, en faveur du capitalisme.
L'outillage s'est graduellement perfectionné, il existe un matériel capable de fournir à tous les besoins, qui ne demande qu'à être entretenu, opération demandant un personnel bien moins considérable que lorsqu'il fallait le construire de toutes pièces.
Malgré l'amélioration momentanée dont ont joui les travailleurs, leurs moyens de consommation ont toujours été des plus restreints; nombre de leurs besoins ont dû rester « insatisfaits »; l'encombrement de produits s'accumulant dans les magasins est arrivé, de hardis spéculateurs en ont profité pour produire la hausse ou la baisse selon leurs intérêts, ruiner leurs concurrents, agioter tout à leur aise, mais cela ne vidait pas les magasins. Le commerce crève de pléthore et les travailleurs de faim, à côté des produits qu'ils ont fabriqués.
Pendant longtemps, on a cru que les conquêtes coloniales serviraient de débouché à ce trop-plein de produits qui nous « embarrasse » î mais, elles deviennent de plus en plus difficiles : les « grandes » puissances, s'étant presque complètement approprié ce qui était appropriable. De plus, on ne s'est pas contenté d'exploiter commercialement les populations que Ton allait « protéger » ; on a voulu aussi les exploiter industriellement. On les a pliées à un régime qui ne pouvait leur convenir. Le résultat ne s'est pas fait attendre, les races les plus vivaces ont tellement été
tA SÔClÉtÉ FUTURE §7
Saturées des bienfaits de la civilisation, qu'elles en crevaient au bout de deux ou trois générations. Les rares individus qui ont survécu aux massacjres systématiques, dépérissent lentement par la phthisie, l'alcoolisme et la syphilis.
Là où le nombre de la population était dç nature à fatiguer les efforts des civilisateurs, et capable, par sa prolificîté, de combler les trous que faisait la civilisation, les populations ont pu se maintenir, mais on commence à les courber sous le niveau industriel. Elles commencent, comme les Indes, par' exemple, à inonder les marchés de leurs produits et à faire concurrence aux producteurs de la « Mère- Patrie », cette goule qui mange ses enfants.
Aussi, à la suite de ce beau régime, les krachs financiers se précipitent, contribuant à rendre le malaise général encore plus lourd. Lestripoteurs en profitent pour organiser des rafles gigantesques de capitaux, par despromesses de dividendes insenséesjchacun voulant s'enrichir le plus vite possible, en tournant le dos au travail qui, nonseulement n'enrichit pas celui qui le pratique, mais qui n'existe même plus pour tous.
Chacun vend ce qu'il peut, même ce qu'il n'a pas — n'a-t-on pas parlé d'hommes politiques ayant vendu leur conscience ? — En fin de compte, les capitaux affluent de plus en plus entre les mains d'une minorité qui devient de plus en plus restreinte, précipitant chaque jour, dans le prolétariat quelques nouveaux petits rentiers, petits propriétaires, industriels et comraerçaats qui se sont laissés prendre dans les engrenages de la spéculation.
Pour s'attirer ces derniers, certains socialistes s'a-
pitoieut sur leur sort, nous n'aurons pas cette hypocrisie, car leur son ne nous émeut guère et nous trouvons que celui qui n'a jamais connu que la misère est bien plus intéressant que celui qui ne cherchait son bien-être qu'en exploitant les autres.
C'est dans la classe de ces capitalistes au petit pied que Ton trouve les plus féroces réactionnaires, les exploiteurs les plus impitoyables ; leur avidité et leur amour de lucre, étant en raison directe de tout ce luxe qu'ils voient au-dessus d'eux, et qu'ils espèrent atteindre en devenant de plus en plus rapaces.
Lorsque les gros financiers, à l'aide de leurs mensongères promesses, leur raflent leur modeste pécule, les plongeant au fond de la géhenne d'où ils voulaient sortir en grimpant sur les épaules des autres, ils n'ont que ce qu'ils méritent, ils récoltent les fruits de leur aveuglement. Leur intérêt bien entendu, leur conseillait de se mettre avec les travailleurs, de solidariser leurs intérêts avec les leurs, de tenter leur émancipation ensemble, leur égoïsme, leur âpreté au gain; leur vanité les a poussés vers les gros exploiteurs, tant pis pour eux, si ceux-ci les écrasent. « Qui cuyde engcigner auirui, s'engeigne soi-même », dit le vieux proverbe. Pour cette fois la sagesse des nations a raison, ce qui ne lui arrive pas si souvent.
Les travailleurs ne savent pas s'entendre entre eux, c est ce qui fait leur faiblesse. Mais, les bourgeois, heureusement, s^ls sont unis pour exploiter le tra- Viîilleur, ne le sont guère pour mener la défense de leur système.
La concurrence eff"rénée, la concurrence à mort qui régit leur société, règne parmi eux avec la même
intensité que parmi leurs victimes. Leur société est une chasse où tous se précipitent, ardenis, sur le gibier, se heurtant, se bousculant, se foulant aux pieds, pour arriver bon premier, chacun se défendant à son tour pour disputer la proie dont tous veulent leur part. L'hallali a sonné dès le début de la chasse, et la curée a commencé aussitôt, se continuant, depuis, sans interruption, la victime renaissant sous les coups des chasseurs qui la dépècent pour s'en approprier des lambeaux. Mais la victime n'est pas morte, elle peut se remettre sur pied, elle s'y remettra grâce à la division des bourgeois qui, solidaires dans l'idée d'exploitation, ne le sont plus dans la façon de l'opérer.
Si les bourgeois pouvaient faire abstraction de leurs intérêts personnels, pour favoriser leurs intérêts de classe, la situation serait insurmontable pour les travailleurs. De l'entente des bourgeois, il ressortirait un ensemble de mesures qui aurait pour efiet de river les travailleurs sous leur joug d'une façon indéfinie. Heureusement que cette entente est impossible, que l'amour du lucre individuel les régit au point de ne plus comprendre l'intérêt de classe, que lés ambitions politiques les mènent à se faire la guerre les uns les autres.
Et, à se faire la guerre, ils sont forcés de se porter des coups, ces coups c'est leur système d'exploitation qui, en définitive, en subit les effets destructeurs, peu à peu, ils enlèvent un coin du masque, dévoilent une turpitude qui, en s' étalant au soleil, fait réfléchir les travailleurs, leur enlève le respect d'un ordre de choses qu'on les avait habitués à regarder comme immuable.
Les fautes de la bourgeoisie contribuent pour une aussi grande part que la propagande socialiste, dans
la démolition de Tordre bourgeois. Le système produit lui-même le ver rongeur qui le mine. Il est de toute logique que ce qui est constitué anormalement, produise les causes qui le désagrégeront. Ne nous en plaignons pas, c'est une partie de notre besogne qu'ils font.
Les temps ne sont pas loin, où ceux qui craignent encore la Révolution, en viendront à Tenvisager avec moins d'effroi. La société elle-même Jes amènera à désirer cette commotion qui doit les débarrasser des turpitudes où elle nous enlise tous les jours.
L'idée de révolte gagne continuellement du terrain, elJe s'incruste graduellement dans les cerveaux, elle se répand dans l'air, formant une seconde atmosphère que les individus respirent, dont s'imprègne tout leur être. Laissons-la gagner encore un peu de terrain, le jour n'est pas loin où il suffira d'un bien petit choc pour qu'elle éclate, entraînant dans son tourbillon, à l'assaut du pouvoir, à la destruction des privilèges, ceux qui, actuellement, n'envisagent la lutte qu'avec crainte et défiance.
Allons, travailleurs, il est certain que dans la société actuelle, les machines vous font tort. Ce sont elles qui vous enlèvent le, travail, qui occasionnent vos chômages, font baisser vos salaires ; ce sont elles qui, à un moment donné, en mettant un trop grand nombre des vôtres sur le pavé, vous forcent à lutter les uns contre les autres, pour vous disputer la pitance que vous rationnent vos maîtres, jusqu'à ce que l'excès de misère vous force aux résolutions extrêmes.
Mais, est-ce bien à elles que vous devez vous en
prendre de tout ce mal ? Est-ce bien à elles que vous devez reprocher de prendre votre place au travail ? — Ne seriez -vous pas satisfaits de n'avoir plus q^u'à vous croiser les bras et à les regarder produire en votre lieu et place? Ne serait-ce pas là, le plus bel idéal à donner à rhumanité : dompter les forces naturelles pour leur faire actionner cet outillage mécanique, leur faire produire la richesse pour tous, tout en demandant moins d'efforts aux individus?
Eh bien ! camarades î cela se peut, cela sera si vous le voulez ; si vous savez vous débarrasser des parasites qui, non seulement absorbent le produit de votre travail, mais, de plus, vous empêchent de produire selon vos besoins.
La machine est un mal dans la société actuelle, parce que vous avez des maîtres qui ont su faire tourner à leur profit exclusif toutes les améliorations que le génie et l'industrie de l'homme ont apportées dans les moyens de production.
Si ces machines appartenaient à tous, au lieu d'appartenir aune minorité, vous les feriez produire sans trêve ni repos, et plus elles produiraient, plus vous seriez heureux, car vous pourriez satisfaire tous vos besoins. Votre production n'aurait de bornes que par votre faculté de consommer. Quand vos magafins seraient pleins, vous ne vous amuseriez pas à produire des choses dont vous n*auriez plus besoin, cela est évident, mais alors vous jouiriez de votre repos en paix, vous n'auriez pas la peur de la misère comme aujourd'hui, lorsque vous chômez. Dans la société actuelle quand vous ne travaillez pas, vous n'êtes pas payés, avec une organisation tout autre, le salariat étant disparu, vous auriez la disposition de ce que
LA SOCIÉl^ FUTURE
VOUS produisez et leur encombrement serait pour vous, la richesse et non la misère.
Dans ces conditions les machines seraient un bienfait pour vous. Donc, ce ne sont pas elles qui sont la cause de votre misère, mais ceux à qui elles servent de moyen d'exploitation.
Camarades de misère, quand, énervés par un long chômage, quand désespérés par des privations, de toutes sortes, vous en arriverez à maudire votre simation et à réfléchir aux moyens de vous en assurer une meilleure, attaquez-vous aux vraies causes de votre misère, à l'organisation capitaliste qui fait de vous les machines des machines, mais ne maudissez pas cet outillage qui vous aff"ranchira des forces naturelles, si vous savez vous affranchir de ceux qui vous exploitent. C'est lui qui vous donnera le bienêtre.», si vous savez vous en rendre les maîtres.