LA SŒUR DU MULETIER
ralph. Tu le vois.
Dickson, à part. Il en a assez tu* 1 jadis... il est juste qu’il en enterre maintenant.
r alph. J espère que ce n’est pas la maladie qui t’amène ici?
Dickson. Non , je crains de l'y gagner. ralph. Dieu t'en préserve. .. quoiqu’elle ait perdu presque toute son intensité.
DICKSON. Vraiment?
ralph. Oui, depuis quatre jours, peu de malades y 9ont morts. Et que viens-tu donc y faire ?
DICKSON. Je procède le duc Robert, qui doit assister ici ï la uiessc pour le salut des malades et le repos des morts.
ralph. Le duc Robert nç craint dope pas | Ig contagion ?
DICKSON. Toujours audacieux çt téméraire, il se conforme à ses obligations... et pourtant, depuis qu’il a reçu cette blessure, il y a dix- j huit ans, alors qu'il alla prendre ta défense, l'orage, la nuit, l'épouvantent quel- • quefois.... et j'ai souffert souvent en restant auprès de lui, dont les fréquents souvenirs j m'ont empêché d'oublier le tondeur de laine | et la Catherine Patrick, dont j’ai toujours devant les yeux le visage énergique... et fatal.., Cette femme m’apparaît bien souvent dans mes rêves.
ralph. Moi, je n’ai rien oublié, mais je n'en souffre plus.
Dickson. Et qu’as-lu fait pour ce|a ?
ralph. Comme après avoir survécu à toutes mes blessures , Dieu permit que je fusse aussi sauvé de, la peste , j'ai changé de conduite, et je me suis repenti... Faites comme moi.
DICKSON. Nous ne le pouvons pas, nous autres, qui avons la puissance et voulons la fortune; nous n’avons ni le temps de prier, ni le droit d’être sincère ; ainsi le premier ministre qui va venir ici prier pour le salut des malades, souhaitera bien ardemment dans le fond de sou cœur la mort d’une jeune fille que la maladie a fait conduire ici...
RALPH. Et pourquoi?
Dickson. Parce qu’elle est aimée de Charles... (d roér liasse i l’eufant du muletier.
RALPH, haï. Celui que nous enlevâmes de l'hôtellerie ?
DICKSON- Oui.
ralph. Pourquoi le ministre a-t-ril donc reconnu publiquement ce jeune homme pour son fiLs ?
DICKSON. Parce que depuis dix ans que le commerce fleurit chez nous , tous les trésors de l'Ecosse sont passés dans les mains des inarcbands.ct le premier ministre ruiné lui a donné son nom, afin de pouvoir le marier à la Glle d’un de nos plus riches négociants,
RALPH. Et refaire ainsi sa fortune.
Dickson. Naturellement, et cet amour de Charles dérange tous ses projets.
ralph. Je comprends ; et vous n’avez pas encore la preuve de la mort du muletier?
DICKSON. Pas plus que celle de la mort de Catherine, qui n'a été exécutée que par contumace... mais depuis dix-huit ans!
ralph, apercevant quatre Sœurs qui traversent la scène, et se dirigent vers l'entrée du lazaret. Découvre-toi , Dickson; voici des sœurs d'Irlande.
RALPn. Que Dieu soit avec vous, mes sœurs..,
Catherine, qui est une des sœurs. Dieu vous préserve et vous console, mes frères.
Las sœurs entrent dans le buaret.
DICKSON. Quelles sont cesfi numÿ?
RALPH. Ce sont de pieuses femmes, qui, sous le nom de sœurs d’Irlande, se sont dévouées pour soigner leurs frères d’Ecosse , cl dont le zélé nous a été d'un bien grand secours.
DICKSON. Ce sont peut-être comme loi , Ralph, des créatures repentantes.
ralph. Peut-être.
Dickson. Adieu ; je vais voir si j’apercevrai sur la route 1a voiture de mon maître.
On voit paraître au fond la foule d’Ensevelisseur* qui semblent animés.
DICKSON. Les tristes compagnons !
ralph. Us viennent de briller les habits des infortunés que la peste a fait mourir...
Dieu te garde , Dickson , de passer par leurs mains... Ton habit doré leur ferait envie.
DICKSON, «//rayé. Peut-on gagner la route sans passer auprès d’eux î RAI.PH. Oui, par-ici.
DICKSON , se sauvant à gauche. J'aime autant ce chemin-fa; boune chance.
ralph. Merci.
Il vr s'asseoir sur la pierre au premier plan, A ilroitn.