‹ La soeur du muletier drame en cinq actes dont un prologueChapitre 53 sur 64 · JACQUES, CATHERINE · texte numérisé non relu

JACQUES, CATHERINE

JACQUES. Catherine, que je retrouve ici.,.

CATHERINE, d'une voie tremblante. Catherine, qu'une injuste sentence avait conduite à la mort, et que Dieu vient de sauver pour qu’elle ptjt se justifier.

Jacques. Dieu vient aider bien lard à sa justification.

Catherine. Oui... elle a longtemps souffert, celle que vous avez laissé' condamner...

Jacques. Eu vertu de la lettre de mon père, qui l’accusait.

Catherine. Votre père... cette lettre était fausse !

Jacques. Que ne l’avez-vous prouvé.,, que n’avez-vous réclamé?

Catherine. Je ne le |iouvais pas.,, et Catherine, que les assassins accusaient, devait succomber, puisque personne lie prenait sa défense...

JACQUES. Je l'ai défendue, moi ; moi qui la proclamais innocente malgré ses juges et qui la faisais chercher encore le jour où se prononçait sa seutence,

Catherine. Catherine, qui avait quitté l’ Écosse [tour accomplir un pieux devoir, n’a su qu'on l’avait accusée qu'en apprenant sa condamnation.

JACQUES. Qu'a-t-elle fait alors?

Catherine. Elle il 'a pas cru, d'abord...

puis enfin, par trois fois, elle a écrit au roi d'Ecosse.

Jacques. Je n’ai reçu aucune de ses lettres.

CATHERINE. Les vrais coupables ont donc eu le pouvoir de les intercepter... et Catherine a attendu (vendant une année entière sans sommeil un seul mot d'espoir ou de consolation, mais il u’en est (vas venu... Et vous avez cru Catherine coupable...

JACQUES. J’ai douté...

Catherine. Kt (pii vous avait donc ntisau cœur ce doute épouvantable?

jacoues. L'absence, la fuite et le silence de Catherine.

Catherine. J’avais écrit...

JACQUES. Que ne veniez-vous?

Catherine. La mort ne m’attendait-c|lc pas it la frontière ?

Jacques. C’est vrai. Mais Thomas, votre frère?

Catherine. Mon frère... après avoir subi dix-huit ans d’esclavage, hier encore il ignorait et l’accusation et je malheur de Catherine.

Jacques. Il ignorait... et où est-il donc maintenant ?

Catherine. Au pouvoir des assassins de votre père...

Jacques. Que dites-vous?

CATHERINE. Oui, sire; et le fiel, qui vous a conduit ici, veut que vous délivriez Patrick pour savoir l'innocence du Catherine... car Thomas en apporte les preuves...

Jacques. Et vous |xnirrcz tue conduire?

Catherine. Oui. Mais, pour me donner la force de vous guider, dite donc au moins à la pauvre Catherine que vous ne croyez plus qu’elle a trempé ses mains dans le sang de votre père!...

JACQUES. Moi, Catherine... sache donc ici que je ne l'ai jamais cru dans le fond de mon émel...

28 MAGASIN THEATRAL

CATHERINE. Mon Dieu!

Jacques. Et quand une lettre du comte Ro- •bert m’a appris que. conseillé par plusieurs de mes liauLs seigneurs, il avait secrètement empoisonné Catherine |snir lui é\ iter les horreurs du supplice, je devins la proie d'un sombre désespoir, et d'une fièvre épouvantable qui m'aurait tué, peut-être, si Charles n'était venu me révéler ta miraculeuse délivrance !...

CATHERINE. Vous, sire?...

jacqües. Tu veux que je t’avoue mes terribles combats? Eh bien! oui, Catherine, je gardais dans mou cœur une secréte espérance qui sans cesse s'éteignait devant la fatale évidence... et renaissait toujours comme l'espoir au cœur d'un naufragé...

CATHERINE. Que dit-il ?

Jacques. Et si j’ai jadis refusé de m'allier Ma princesse d'Angleterre, si j'ai faitla guerre |H)iir rester libre... c'est que malgré moi le souvenir de Catherine remplissait mon cœur d’amour, de haine, de doute et de tetreur...

El ce combat, que je me livrais depuis si longtemps, durait encore, terrible et douloureux, quand je t'ai revue tout à l’heure. Et maintenant que j’ai entendu ta voix suppliante , l'heure est venue pour moi de me délivrer enfin de cette lutte, où mes secrets effortsse brisaient contre l'impossible... etde te dire, Catherine, que je te crois innocente.

Catherine. Merci, mon Dieu!

Jacques. Oui , remercie Dieu , Catherine , qui permet que je (misse te le dire eu te tendant les bras...

CATHERINE, te jetant dans ses bras.

Henry!...

JACQUES. Pauvre innocente victime, que ferai-je pour te venger ?

CATHERINE, pleurant. Il faut d'abord sauver mon frère...

JACQUES. Oui... et plus tard nous punirons le coupable, s'il existe encore.

Catherine. Il existe, puisqu'il vient de s’emparer de mou frère pour le contraindre au silence.

Jacques. Et comment cela?

cather i NE. Tout à l'heure, ici, trois hommes masqués sont venus forcer mon frère à les suivre , en le menaçant de faire mer son fils que depuis dix-huit ans ils ont eu en leur pouvoir, s’il n'ohéissait pas ; et pour le salut de son fils et pour le mien sans doute aussi, mon frère s’est résigné.

Jacques. Quoi ! depuis dix-huit ans on a bris»* , mutilé ceux que j'aimais , on m'a séparé d'eux...

Catherine. En mettant entre nous le doute et la malédiction.

Jacques. Oh ! je vous vengerai tous en me vengeant moi-même.

Catherine. Oh ! ne dites pas encore le

mot vengeance ; si les coupables vous entendaient... ils tueraient aussitôt et Patrick et son fils.

Jacques. Tu as raison , nous serons encore forcés de nous taire... et de leschercher dans l'ombre...

CATHERINE. Il faut qu’ils ignorent mon salut.

JACQUES. Oui, car ce sont eux qui ont sans doute conseillé II Hubert l’empoisonnement de Catherine, et Robert, l'ancien ami de mon ( 1 ère, a cru devoir l'accomplir avec son inexorable justice; mais nous le convaincrons que trompé par les cnupables.il frappait l’innocente, et Robert indigné se hâtera de nous guider sur les pas de ceux qui croyaient trouver leur salut dans la mort de Catherine et le silence de son frère.

CATHERINE, indiquant au dehors. Mais voyez donc, sire. .

JACQUES, regardant. Mais... c’est lui...

h* duc Robert... encore ici... je vais l’attendre et causer avec lui sans le prévenir encore... Laisse-moi...

Catherine. Henry... cet homme semble être mon ennemi...

JACQUES. 11 l'était , Catherine , et le plus impitoyable de tous, quand il te croyait |>ar~ ricidc; mais il te sera dévoué quand il saura ton innocence .. Va, rapproche-toi de notre lillc, et tout li l'heure h la nuit nous sortirons inaperçus de ce cimetière.

CATHERINE, allant vert la chapelle. Sire...

justice... et surtout prudence!

JACQUES. Ceux que je veux sauver ne doivent-ils pas composer la famille du roi d'Kcossc, isolé dans son royaume... Force et confiance, amie, ne pleure plus...

Catherine. Oh ! ne me reproche pas ces pleurs, Henry, ce ne sont plus ceux du regret et de la douleur... et voilà dix-huit ans que j’atlendais que le ciel me permît une de ces larmes qui ravissent et qui consolent.

Elle entre avec le Roi dans la chapelle.

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