CHAPITRE II
Triage des cocons. — Tous les cocons qui sont destinés à être dévidés, doivent être Tobjet d'un examen préalable. Indépendamment, en effet, des cocons percés impropres à tout dévidage, il est assez fréquent de rencontrer des cocons anormaux qui doivent être mis à part ; on doit les traiter séparément, car leur dévidage est impossible et fournit de la soie de qualité inférieure.
Parmi ces sortes, les plus répandues sont connues sous les noms suivants : cocons ouverts, dits cocons bouffarians. Ils sont ouverts à un et parfois aux deux bouts, par suite d'une imperfection dans le travail du ver ; avec quelque pré caution, il est possible néanmoins de les filer.
Les cocons calcinés ou cocons dragées renferment une chrysalide morte de la muscardine. Ils sonnent quand on les agite, comme s'ils renfermaient un caillou. Les cocons dragées sont de valeur différente, suivant le moment où la muscardine a amené la mort de l'insecte.
Les cocons choqii^ettes sont tachés ou gâtés par suite de la putréfaction du ver ou de la chysalide ; ils fournissent une soie de mauvaise qualité, colorée fréquemment en noir ou en brun.
Les chiques sont des cocons inachevés. Ils ne contiennent pas une proportion normale de soie, néanmoins, quand ils sont frais, on peut les filer, mais il faut avoir soin de mettre à part la soie qu'on en retire.
Les cocons cotonneux manquent d'homogénéité ; les couches superficielles sont lâches et distendues. Des précautions spéciales sont nécessaires pour les dévider.
84 Fir.ATURK DES COCONS
Les cocons doubles renferment une ou plusieurs chrysalides. Leur forme est anormale et provient de la soudure de deux cocons ou plutôt des fragments provenant de deux cocons différents.
La proportion des cocons doubles varie suivant les races ; elle s'élève, en France et en Italie, de 3 à 6 pour 100 du nombre des cocons simples ; les cocons japonais, polyvoltins et portugais en fournissent de 15 à 80 pour 100. On trouve parfois dans les cocons doubles un nombre de chrysalides relativement très considérable. G. Luppi affirme qu'on en a rencontré jusqu'à 14. Ces cocons ne peuvent être dévidés ; ils doivent subir un traitement spécial qui sera décrit à propos de Tétude des déchets.
Les cocons fondus, tachés ou Touillés, sont salis par les produits de la putréfaction des vers ou des chrysalides, lorsque, par suite de maladie, leur mort survient avant l'étoufFage. Si le chauffage des cocons n'est pratiqué que tardivement, on obtient un plus grand nombre de fondus. L'étouffege, en effet, a pour résultat, non seulement de tuer les chrysalides vivantes, mais il stérilise les chrysalides mortes, empêche ou arrête leur putréfaction et, par conséquent, préserve les coques.
Les cocons de "pointes faibles présentent à leurs deux extrémités une épaisseur minime ; ils peuvent être filés, mais avec des déchets notables.
On rencontre parfois des cocons qui ne présentent aucun caractère extérieur particulier permettant de les distinguer des cocons normaux et sont, néanmoins, impropres au dévidage. Nous voulons, à ce propres, citer un exemple caractéristique i lors de la dernière épidémie de choléra (1884-1885) les cocons transitant par la Sicile, étaient soumis, pendant vingt Hjufftre heures, à une fumigation d'acide sulfureux produit dans une chambre hermétiquement close, où Ton faisait brûler du soufre, dans la proportion de trente grampnes par mètre cube de capacité,
Sur l'initiative du Syndicat des marchands de soie de Lyon, le Laboratoire d'études de la soie, fondé dans cette ville par la Chambre de commerce, rechercha si cette fumigation d'acide sulfureux pouvait détériorer la couleur des cocons, enlever au fil sa force et endommager les cocons, soit que le mal apparaisse immédiatement, soit qu'il ne se développe que peu à peu, plus tard.
Un lot de cocons bien homogènes fut partagé en deux parties, la première conservée telle quelle comme témoin, la deuxième, soumise à l'action de l'acide sulfureux, en suivant exactement les conditions du procédé employé en Sicile. Cette deuxième partie enfin, après fumigation, fut divisée en deux lots égaux qui furent exposés pendant un mois, l'un à l'air sec, l'autre à l'air humide.
Ces trois sortes de cocons : témoins, cocons sulfurés exposés à l'air sec, cocons sulfurés exposés à l'air humide, ont été soumis à une série d'épreuves communes dans le but de décider s'ils pouvaient être considérés comme identiques ou différents.
On a expérimenté d'action de l'eau distillée bouillante prolongée pendant cinq minutes. Les cocons pesés secs, avant et après l'opération, ont donné :