‹ La somnambule, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 15 sur 23 · SCENE PREMIÈRE, GUSTAVE, BAPTISTE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE, GUSTAVE, BAPTISTE

BAPTISTE , appelant Gustave.

Monsieur 9 Monsieur, trois heures du matin !

GUSTAVE

Parbleu! je le sais bien, puisque tu as eu soin de m'avertir à tous les quarts d'heure.

BAPTISTE

Est-ce que Monsieur ne se couche pas ?

GUSTAVE

Non ; mais nos lits sont dans la chambre à côté. Va dormir si cela te convient, et laisse-moi.

BAPTISTE

C'est que je n'aime pas à dormir seul , je m'ennuie; et

puis, s'il arrivait quelque chose à Monsieur, peut-être n'entendrais-je pas.

AlR : De sommeiller encore ma chère.

Ils m'ont fait hier à l'office Maint et maint conte sépulchral.

GUSTAVE

Poltron !

BAPTISTE

Soit, je me rends justice ; On ne s'en porte pas plus mal.

* Oui, la bravoure a mon estime;

Car je suis brave par peiicnant :

Mais je suis poltron par régime, Afin de vivre longuement.

Et dans ce pavillon isolé, au milieu d'un jardin immense... GUSTAVE, sans V écouter.

Eloigne cette table.

BAPTISTE lui parlant y et s' appuyant sur la table.

Encore, si. Ton pouvait attendre des secours du château.. . Autrefois , il existait une communication qui au moyen d'un ressort. . . Je ne sais plus comment ils m'ont expliqué cela. . . Mais on n'en a plus connaissance , et le hasard seul pourrait le faire retrouver. . . Alors, vous sentez bien qu'après tout ce qu'on raconte. . . .

GUSTAVE

Baptiste , je vais me fâcher.

BAPTISTE

Oh ! Monsieur, cela me paraît prouvé ; car on Ta mis dans le journal du déparlement, et, avant huit jours, ceux de Paris le répéteront... J'espère qu'alors, vous ne pourrez plus en douter.

Eh bien ! voyons , où en veux-tu venir ?

BAPTISTE

Eh bien ! Monsieur, ils disent donc que , chaque nuit , le fantôme vient se reposer dans ce pavillon jusqu'au point du jour; mais qu'aux premiers rayons du soleil, crac , il a l'air de s'abîmer dans la muraille; et, hier, Thomas, le jardinier, Fa vu comme je vous vois. . • sinon qu'il a fermé les yeux ; ce qui l'a empêché de distinguer.

GUSTAVE

Ah ! ça , j'espère que tu as fini? Arrange-toi comme tu voudras, dors ou ne dors pas, mais tâche de te taire. . . ou demain je te chasse.

BAPTISTE

Ou demain je te chasse — ( Emportant la table , et la plaçant à la gauche du spectateur. ) Dieux ! que c'est insupportable qu'il y ait des gens qui soient les maîtres. . . . car, sans les maîtres, il serait bien plus agréable d'être domestique.

Air de Julie.

Mais j'ai fermé porte et fenêtre; Partont j'ai fermé les verrons.

( S* arrangeant dans un fauteuil qui est à V extrême gauche ei près de la table.

Puisqu'il me faut obéir à mon maître,

Four lui complaire, endormons-nous.

Si je pouvais, douce métamorphose , Imiter tant de gens de bien,

Qui, comme moi, s'endorment n'étant rien,

Et qui s'éveillent quelque chose !. . . .... Quelque chose. . .

{Il s'endort. )

SCÈRE II.

GUSTAVE , seul

Encore quelques heures, et elle sera perdue pour moi... Et je resterais demain au château.. Non ; le dessein en est pris , j'enverrai celte lettre à mon ancien colonel , à mon ami. . . et demain je partirai sans voir Cécile.

AlR : Tendres échos eirans dans ces vallons.

Elle a trahi ses sermens et sa foi ,

Et pour jamais il faut que je l'oublie.

J'avais juré de vivre sous sa loi ;

Eh bien ! j'irai mourir pour ma patrie.

Patrie, honneur! pour qui j'arme mon bras,

Vous seuls au moins ne me trahirez pas.

Nouveaux sermens vont bientôt m'engager, Et si je fus quitté par une belle , Sous les drapeaux , ou je cours me ranger, La gloire au moins me restera fidèle.

Pairie ! honneur ! pour qui j'arme mon bras , Vous seuls , hélas ! ne me trahirez pas.

( 17 se jette sur une chaise , à droite du spectateur. )

( On entend une ritournelle. ) Ciel ! qu'entends-je ! quel est ce bruit ?

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