‹ La somnambule, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 17 sur 23 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes , FREDERIC , en grande parure de marié.

La porte du jardin j'este ouverte , et Von aperçoit un jardin

éclairé par les premiers rayons du soleil.

FREDERIC

Eh ! mon Dieu, faut-il tant de cérémonies; mon ami, je ne peux pas dormir. . . je ne peux pas , et me voilà.

GUSTAVE

Je t'en prie , ne parle pas si haut.

FRÉDÉRIC

Et pourquoi donc ?

GUSTAVE

C'est que cet imbécille de Baptiste est gravement indisposé.

FREDERIC

Qu'est-ce qu'il a donc ? Eh ! mais, en effet , je lui trouve un air pâle , une physionomie renversée.

BAPTISTE

On l'aurait à moins.

FREDERIC

On va lui envoyer le petit docteur , mais je venais te faire part d'une idée charmante.... Moi, je n'en ai jamais d'autres. . . C'est de déjeûner tous dans ce pavillon. . . Eh bien ! qu'as-tu donc, tu ne m'écoules pas.

GUSTAVE

Si vraiment... Au contraire, je trouve ton projet... Tu disais . . .

FREDERIC

Que j'ai donné ordre de servir ici. . . une tasse de thé avant le départ , et tu nous raconteras tes histoires de cette nuit. . . ou tu en inventeras pour faire peur à ces dames. . . Gustave , eh bien ! où es- tu donc ?

GUSTAVE

Oui , mon ami ; oui , je l'ai toujours pensé ; mais si nous faisions un tour de jardin. {Il veut l'emmener. )

BABTISTE , se levant virement et retenant Frédéric par son

habit.

Messieurs , je ne vous quitte pas. . . je ne resterais pas seul ici pour un empire.

FREDERIC

Que veux-lu dire ? ( Regardant Gustave qui fait à Baptiste des signes de se taire. ) Eh ! mais , qu'as-tu donc aussi , je n'avais pas remarqué d'abord; mais je te trouve. . . aussi changé que Baptiste. {En riant.') Est-ce que vous auriez vu le fantôme , par hasard ?

GUSTAVE , troublé.

Allons donc, tu veux plaisanter.

Baptiste tire Frédéric par son habit, et de la tête lui fait signe que oui, sans que son maître V aperçoive.

FREDERIC

Parbleu, lu es bien heureux. . . et tu devrais me dire , par grâce , {regardant Baptiste.) comment il était et de quel côté il a disparu.

Baptiste > qui tient son mouchoir à la main , lui fait

signe , en le montrant , que le fantôme était blanc ;

puis élevant sa main au-dessus de sa tête 9 il indique

qiùïl était d'une grandeur démesurée, et montrant du

doigt le paravent , il lui fait entendre que c'est de ce côté

qu'il a disparu.

Allons , je vois que tu es jaloux de ton fantôme , et que

tu ne veux pas que tes amis en profitent. . . Voilà qui est

mal... Mais il est impossible qu'on ne découvre passes

traces , en cherchant bien.

Il se dirige vers le paravent.

GUSTAVE , V arrêtant par le bras.

Frédéric, au nom du ciel. . . daigne m'écouter. . . et ne

me condamne pas. . . Je te jure que le hasard seul. . . le

hasard le plus extraordinaire. . . le plus inconcevable. . . et

que mon honneur . . . mon amitié . . .

BAPTISTE

Oui, monsieur, ne vous y risquez pas... D'ailleurs, c'est inutile . . . voilà les premiers rayons du soleil , il aura disparu.

FREDERIC

Eh ! qu'importe ! fût-ce le diable f

GUSTAVE 9 coulant le retenir.

Non ... je ne le souffrirai pas.

FRÉDÉRIC , se dégageant et se précipitant vers le paravent.

Il le faudra bien.

AlR final de r Amant jaloux.

GUSTAVE

Grands dieux !

FRÉDÉRIC , ouvrant le paravent et regardant.

Eh bien !

Je ne vois rien.

BAPTISTE

Parbleu ! il sera parti par où il était venu. Le fauteuil est vide 7 et sur un des bras on aperçoit seulement le petit fichu que portait Cécile.

i FREDERIC.

I Quel est donc ce mystère ?

I D'oà venait ta frayeur ?

►3? 1 GUSTAVE

*| J Ah ! tâchons de lui taire

^ J Le trouble de mon cœur.

Js j BAPTISTE.

^ ( Quel est d°nc ce mystère ?

V Je tremble encor de peur.

GUSTAVE , à Baptiste.

Tais-toi, tais-toi.

Page 1