SCENE IX
Les Précedens , THÉRÈSE.
Tout le monde se retourne , et on aperçoit avec ^roi Thérè^ qui vient de sortir par une des mansardes du moulin; elle marche toift.en dormant sur l'extrémité du toit... Au bord de la rivière, au-dessous d'elle , la roue i\i moulin tourne vivement et menace de la broyer si elle fait un faux pas.... Edmond effrayé veut voler vers elle. Saint-Ramî)ert lui met la main sur la bouche pour retenir le cri d'effioi qui va lui échapper... Il lui donne à entendre que si on l'éveille , elle est perdue, qu'il n'y a point de secours à lui donner, qu'il faut la laisser faire.... Tout le monde reste
ai
glnci' tle terreur, et suit avec effroi les moiive-r meus (!e Thérèse.
L'orcliestre a cessé; on n'entend qu'un rouleiîïent sourd de timballes. Thérèse continue lentement sa marche. Arrivée au milieu du toit , elle s'arrête... se retour::e vers le spectateur... On croit qu'elle va changer de direction et poser le pied sur la roue du moulin.... Pendant ce moment de danger, Saint-Rambert et tous les villageois se proslernciit et adrcssejit an ciel leur prière. Gertrude clic même , touchée , attendrie, se sent entraînée par leur exemple ; elle tombe aussi à genoux et prie pour sa rivale. A l'extrémité du toit, il y a un mur ruiné et dont les inégalités forment presqu'un escalier... C'est par là que Thérèse descend. Elle se trouve au milieu du théâtre... Elle écoute... Elle croit entendre les cloches pour célébrer le ma\iî;^e d'Edmond. Elle se met à gononx ej; prie pour lui.. «Qu'il soit heureux.. Et moi, ah! il n'y a plus de bonheur pour moi et cependant je sui^ innocente.... ( Elle regarde .sa main )... Mon anneau... Il n'y est plus... Il me l'a enlevé pour le donner à uneaulre... Ce qu'il ne m'enlèvera point, c'est son souvenir.^ C'est sou image, qui est là gravée dans mon cœur... Et surtout... (Elle regarde autour d'elle.) Personne ne me voit » Elle tire de son sein le bouquet de loses qu'Edmond lui a donné à la scène troisième duprcmier acte, il est fané, desséché. Elle l'arrose
de ses larmes le couvre de ses baisers... Ceilnuîe, émue de tant d'amour, sent toute haine s'enfuir de son eœur... Elle cède à la pitié , à la générosité... Elle remet à Saiut-iUambert îa promesse do mariage qu'Edmond lui avait faite, et supplie ce seigneur d'unir Thérèse à Edmond.... Edmond se met aux genoux de Tliérèse, remet à son doii^t l'anneau qu'il en a tiré. Tendant ce temps, SainN Rambert fait un signe... On ouvre la corbeille, on en tire un voile blanc... une coiffure de mariée que Gertrude attache sur la tête de Thérèse , qui dort toujours , tandis que Saint Rambert place à son côté le bouquet de fleurs d'orange. 11 a fait un geste.. Les musiciens sont montés à l'orchestre.. T^s quadrilles se forment... Edmond prend la main de Thérèse... Saint- ïlambert donne le signal, l'orchestre part... A ce bruit soudain, Th' rèse s éveille... stupéfaite , éblo:iie... Ce luxe qui l'entoure, son amant à ses genoux, ses amis qui se pressent autour d'elle, le bruit des instrumens, les éclats de la joie... tout lui fait croire à un nouveau songe ; elle met une main devant ses yeux et de l'autre semble dire : « Ah ! ne m'éveillez pas...>. Mais ce bonheur n'est point un rcve... Il est véritable. Autourd'elle se succèdent les tableaux les plus
vifs et les plus animés. Saint-Rambert unit Thérèse a Edmond et leiu- remet un contrat de rentes.
Connaissant les prétentions du notaire sur Gertrude, Saint-Rambert le rassure sur l'épisode
du schal, et l'honnête tabellion offre sa main à la belle veuve qui accepte pour obéir à son seigneur.
Olivier obtient aussi la main de la jolie Marceline.
Au fond du théâtre, et par les soins de Saint- Rambert, les tables sont dressées, les broches tournent... A gauche, à la table du repas de noce, se placent Saint-Rambert, Edmond, le notaire, Thérèse , Gertrude, la mère Michaud, les darnes du château. Lorsque l'on boit à la santé de Thérèse, un petit garçon présente la jarretière qu il a enlevée à la mariée. Thérèse, honteuse, baisse les yeux. Edmond la rassure. Chacun veut avoir lin morceau du ruban que l'on se dispute ; et des danses vives et joyeuses terminent cet heureux jour.