SCÈNE I
EDMOND, THÉRÈSE, la Mère MICHAUD, Veuve GERTRUDE , MARCELINE ; Paysans , Paysannes.
Au lever de la toile, tableau villageois. C'est le jour de la coupe des foins. On est au milieu du jour, au moment du repos et du dîner des ouvriers. Plusieurs , assis sur le gazon , mangent ou se reposent. De jeimes garçons et déjeunes filles se livrent à la danse. Edmond donne (les ordres à ses gens , et indique les foins qu'il f ludra rentrer.
De temps en temps il revient auprès de Thérèse et de la mère Michaud. H regarde l'une avec
amour , l'autre avec reconnaissance. Thérèse se mêle aux danses des jeunes filles ; mais elle re- £^arde toujours Edmond , et c'est toujours avec lui qu'elle revient danser. Dans leur franche gaité, ils peignent leur amour mutuel et leur bonheur.
A cet instant, madame Gertrude, qui sort de chez elle, ne peut cacher son dépit en les apercevant. Elle les fait remarquer à la mère Mlchaud, qui lui répond : « Le contrat se signe aujourd'hui, ils seront mariés demain Où est le mal ? »
Pendant ce temps,Thérèse etEdmond regardent souvent et avec impatience du coté du château , et comme s'ils attendaient quelqu'un. Enfin, apercevant le notaire , ils courent à lui. La danse est suspendue.
SCÈNK II.
Edmond et Thérèse reprochent au notaire son peu d'empressement. Il se justifie en disant qu'il a été retenu au château où l'on attend le nouveau seigneur, un charmant jeune homme, un beau militaire; mais i! ne viendra pas aujourd'hui, à ce qu'il paraît. Apercevant madame Gertrude, il la salue et lui fait compliment sur sa jolie figure, sur ses grâces. Madame Gertrude, qui a des prétentions à la main du notaire, répond à tous les hommages qu'il lui adresse par dos révérences affectueuses.
Edmond , impatient de signer son contrat, fait
préparer une petite labié , tandis qiie Tliérése prend avec malice le notaire par le bras, l'entraîne vers la chaise et le lait asseoir. Madame Gertriidc , piquée contre Thérèse , veut se retirer ; mais Edmond la retient pour signer au contrat. On se place , Edmond d'un coté , et la mère Michau et Thérèse de l'autre. Tous les villageois se grouppent autour d'eux.
Le notaire demande à Edmond: «Qu'apportezvous en mariage? — Ma ferme, mes champs, mes prés, tout ce que je possède, je le donne à Thérèse! — Et vous, Thérèse? — Je n'ai rien que mon cœur. Depuis long-tempsilest à Edmond et à ma bonne mère qui m'a élevée età qui je dois tout.» Edmond et Thérèse signent avec joie. On présente la plume à la mère Michaud qui ne sait faire que sa croix: «Peu importe, dit le notaire, c'est, valable. » Edmond présente la plume à la veuve Gertrude^ qui la reçoit avec dépit. « Ingrat, après, l'amour que j'avais poiu- vous, devais-je signer au contrat d'un autre? » Elle va pour jeter la plume; mais, s'aperceviuït que tous les regards sont fixés sur elle, surtout ceux du notaire, elle signe en faisant à Thérèse de grandes protestations d'amitié. « Mes amis , dit Edmond , retouraons à l'ouvrage , mais ce soir, ici ,à la veillée , nous nous réunirons tous, et puis demain, le grand jour; demain , le mariage; tout le village est invité w
Tout le monde sort.