‹ La sorcellerie des campagnesChapitre 40 sur 132 · CORDIAUX · texte numérisé non relu

CORDIAUX

Infusion de Coriandre [Coriandrum sativiim].

Infusion de fleurs de Mélisse [Celeiç^os, Metiphyllum^ Melissophylliim^ Citronnelle^ Melissa officinalis] (César Longin).

XXXt Infusion de Gui [Liiperax^ Dabat^ Helle, Guytama^ Barsome^ Yisciim album] (César Longin).

XXXX Infusion de Violette [M atronalis flos^ Viola odorataj.

Infusion de Sauge [Herbe-sacrée^ Coloricon, Salvia officinalis]. (Céàar Longin),

XCX Eau Céleste, ( 1 ) — Vous aurez grand soin de bien choisir les drogues suivantes, en sorte qu'il n'y en ait aucune de gâtée ou sophistiquée : Cannelle fine, [Cinnamome^ Cinnamomiim Zeylanicum], Girofle [Caryophylliis aromaticus]. Noixmuscade [Myristica moschata]. Gingembre [Zingiber officinale], Zédouare (2), Galenga (3), Poivre blanc [Piper nigriim (4)], de tout cela une once ; six pelures de bon Citron [Citnis medica],deux poignées de Raisins de Damas (5),autant de Jujubes [Ziziphus saliva], une poignée de moelle d'Hièbles [ou Yèble, sorte de sureau, Sambiicus ebiilns], quatre poignées de graine de Genièvre [Hara^ Juniperus vnlgàris] qui soit bien menue, une poignée de semence de Fenouil [Fœniciilum vulgare] vert, autant de fleurs de Millepertuis [Herbede- Saint- Jean, Chasse- diable, Trascalan, Hypercium perforatum],' autant de fleurs de Basilic [Ocimum basilicum], autant de fleurs de Romarin [Libanotis, Encensier, Rose-marine, Herbe-aux-coiironnes, Rosmarinns officinalis], autant de fleurs de Marjolaine [Origaniim majorana], de Pouillot (6),

(1) Veau céleste est assez employée dans certaines campagnes, mais elle est faite, on peut croire, suivant une formule moins compliquée que celle-ci, qui est la véritable.

(2) Probablement zédoaire, nom donné à des rhizomes de kæmpféries, de curcumas et d'amomes.

(3) Probablement galega [galega officinalis].

(4) Le poivre blanc n’est autre que le poivre noir ou commun décortiqué par macération dans Peau, ce qui lui enlève de sa force. C’est certainement de ce poivre blanc qu’il. est question ici, car, s’il paraît exister, dans certaines régions tropicales, une variété de poivre dite véritablement poivre blanc, peu connue, et dont la caractéristique semble au contraire d’être beaucoup plus fort que le piper nigrum ; cet autre poivre blanc était certainement ignoré à l’époque où éçrivait notre auteur.

(5) Vraisemblablement ce que nous appelons aujourd’hui raisin de Corinthe.

(6) 11 s’agitévidemment ici du Pouliot ^d,\\\di^v.lMenthe-sauvage , Menthe- Poulioty Herbe-de-St-Roch, Mentha rulegium].

de Stecades (1), de franc Sureau Solion, Sambucus

nigra ? ou bien Sureau-hyèhle, Sambucus ebulus ? ], de Roses muscades [Rosa moschata ?], de Rue [Riita graveolens ? ou Peganum Harmala ? ], de [Racine du- Diable, Fleiir-

de-ç€uçe, Scabiosa Arvensis], de Centaurée [Siphilon, Herbe-à- Chiron, Erythrœa centaurium ? ou Centaurea centaurium ?], de Fumeterre [Fiel- de-terre, Pisse-sang, Fumaria officinalis] et d'Aigremoine [Herhe-de-Saint-Guillaume, Squheirette, Agrimonia Eupatoria] ; deux onces de Spica Nardi [Spicanard, Nardus stricta], autant de bois d'Aloès, [Aloes vulgaris], autant de graine de Paradis, [Amome-à- grappes ?], autant de Calami Aromatici [rhizome de VAcore, Accrus calamus], autant de bon Macis (2), autant d'Oliban (3), autant de Santal citrin (4), une dragée d'Aloès hépatique (5) ; ambre fin, Rhubarbe [Rheum rhaponticum {Rhubarbe indigèney] deux drachmes.

Toutes ces drogues étant assemblées et bien conditionnées, on pilera celles qui doivent être pilées et pulvérisées, et on mettra le tout, bien mélangé, dans un grand alambic de verre fort, dhin pied et demi de hauteur, et vous verserez de la bonne eau-de-vie sur ces drogues en sorte que Teau-de-vie surnage au moins de trois travers de doigt en dessus des drogues ; puis, ayant bien bouché Talambic, crainte d’évaporation, il faut mettre Talambic dans du fumier de cheval, bien chaud, en digestion l’espace de quinze jours ; puis on le mettra en distillation au bain-marie toujours bouillant, après l’avoir muni de son chapiteau et de son récipient, l’un et l’autre bien lutéset scellés. On sera attentif à la distillation, en sorte que, lorsqu’on s’apercevra que ce qui tombe dans le récipient change de couleur, on doit aussi changer de

(1) Ce nom paraît bien désigner le stéchas actuel. Mais duquel s’agit-il précisément ? Ce nom scientifique de Vimmortelle commune s’appliquait jadis par extension à plusieurs espèces du même genre. D’autre part, ce terme désigne en outre une espèce de lavande et la section du genre dont cette espèce est le type. Quid ?

(2) Sorte de capsule ou d’écorce qui entoure, à l’intérieur, la noix muscade (Myristica moschata].

(3) Gomme-résine, dont le nom provient de la basse latinité, oleurn Libani, produite par un arbre encore inconnu, et que l’on suppose appartenir au genre halsamodendrony de la famille des térébinthacéesy qui croîtrait en Arabie et dans l’Inde.

(4) Saiitalum album de Roxburgh, ou saiitaluin lYe'yciiietiaiium de Gaudichaud ?

(5) Sorte d’aloès rougeâtre qui se trouve sous ce nom dans le commerce.

récipient et remettre la première eau qui a distillé dans Talambic pour la purifier de ses flegmes par une seconde distillation, et cette seconde sera la vraie Eau Céleste. Que quand vous verrez cette seconde eau changer encore de couleur, tirant sur le roux, vous la mettrez en réserve, bien bouchée, dans un bocal de verre fort.

Usage, — Si Ton se frotte, le matin, avec cette eau, le front, les paupières des yeux,, le derrière de la tête et sur la nuque du col, elle rend la personne prompte et habile à bien apprendre, fortifie la mémoire, aiguise les esprits, et conforte merveilleusement la vue. En la mettant avec un morceau de coton dans les narines, c'est un souverain céphalique pour purifier le cerveau de toutes superfluités, humeurs froides et catarrheuses. Si, de trois jours, on en boit une cuiller.ée, elle maintient la personne en force, en vigueur, et dans un embonpoint tels que la beauté se conserve jusqu'à Tâge décrépit. Elle est souveraine contre la courte haleine et la rend agréable en adoucissant les organes du poumon et le guérissant lorsqu'il est gâté ; si on en donne de temps en temps à un lépreux, elle répare si bien son foie qu'elle le met en voie de prompte guérison. Elle est tellement forte contre les venins et poisons que si l'on en verse sur un crapaud ou d'autres 'insectes venimeux, seulement six gouttes, on le voit mourir soudainement. 11 n'y a point de restaurant qui puisse égaler la vertu substantielle de cette eau divine, car, non seulement on peut se passer de boire et manger pendant vingt-quatre heures quand on en a avalé le matin une cuillerée, mais même si l'on en met dans la bouche d'un agonisant et qu'il la puisse avaler, elle lui redonne de la vigueur, et lui rend l'usage de la parole et de la raison, s'il l'a perdu. Elle sert à rompre la pierre et la gravelle, dissipe la rétention d'urine et l'ardeur brûlante de la verge. Elle soulage notablement les étiques, asthmatiques et hydropiques. Les goutteux même s'en peuvent servir utilement par fomentation. Elle garantit de la peste, et de toute fièvre maligne quelle qu'elle puisse être ; en un mot, on peut appeler cette Eau Céleste une médecine universelle {Petit Albert),

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