‹ La sorcellerie des campagnesChapitre 82 sur 132 · V. Flueurs r langues · texte numérisé non relu

V. Flueurs r langues

LONGÉMTÉ

Prenez huit livres de suc mercuriel (2), deux livres de suc de Bourrache [Borrago officinalis], tiges et feuilles, douze livres de miel de Narbonne ou autre, le meilleur du pays ;

(1) La thérapeutique de la sorcellerie des campagnes semble avoir repris à son compte la faveur dont l’Ecole de Salerne entourait la sauge, qui est restée, peut-on dire, le pivot de la médication des champs et la base des remèdes de bonne femme, très généralement issus de la sorcellerie guérisseuse. On se rappelle le vers léonin fameux :

Cur moriatur homo cui salvia crescit in horto ?

Il est vrai qu’il trouvait sa contre-partie et sa correction dans cet autre vers, non moins léonin, mais beaucoup moins connu ;

Contra vim mortis non est medicamen in hortis.

(2) Peut-être s’agit-il ici du protochlorure de mercure que les alchimistes connaissaient sous bien des noms différents : mercure doux, mercure dulcifié, mercure de vie, etc. ? Peut-être aussi s’agit-il du mercure éteint dans un mucilage de gomme et qu’on appelait mercure gommeux, ou encore du mercure éteint dans du sucre, que l’on nommait mercure saccharin... D’autre part,.s’il s’agit réellement d’un composé mercuriel, la quantité de huit livres (quatre kilogrammes) paraît bien exagérée... Peut-être aussi s’agit-il ici de jus de mercuriale (V. art. Conception).

mettez le tout bouillir ensemble un bouillon pour Técumer, et le passez par la chausse à hypocras (1) et le clarifiez. — Mettez à part, infuser pendant vingt-quatre heures, quatre onces de racine de Gentiane [Gentiana lutea], coupées par tranches, dans trois chopines de vin blanc, sur des cendres chaudes ; agitant de temps en temps, vous passerez ce vin, dans un linge, sans Texprimer. — Mettez cette colature dans lesdits sucs avec le miel, faisant bouillir doucement le tout et cuire en consistance de sirop ; vous le mettrez rafraîchir dans une terrine vernissée, après dans des bouteilles que vous conserverez en un lieu tempéré, pour vous en servir comme il est dit, en en prenant chaque matin une cuillerée.

Ce sirop prolonge la vie, rétablit la santé contre toutes sortes de maladies, même la goutte, dissipe la chaleur des entrailles ; et, quand il ne resterait dans le corps qu’un petit morceau de poumon et que le reste serait gâté, il maintiendrait le bon et rétablirait le mauvais. Il est bon pour les douleurs d’estomac, pour la sciatique, les vertiges, la migraine et généralement pour les douleurs internes.

En prenant seulement tous les matins une cuillerée de ce sirop, on peut s’assurer de n’avoir besoin ni de médecin ni d’apothicaire, et on passera tous les jours de la vie destinés de Dieu dans une heureuse santé, car il a une telle vertu qu’il ne peut souffrir corruption ni mauvaise humeur dans le corps, faisant évacuer le tout doucement par en bas (Petit Albert),

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