INTRODUCTION
Nous assistons actuellement à une renaissance du mysticisme. Après une période de doute et de négation, dans laquelle les vieilles croyances au merveilleux avaient vacillé devant les attaques des positivistes et des matérialistes, nous voyons se produire une vive réaction.
Un grand nombre de personnes, prises de désespoir, en présence des ruinesde leurs illusionset deleur idéal, ont proclamé la faillite de la science et se sont rejetées, tête baissée, dans les brouillards ténébreux du mysticisme.
Tandis que quelques-uns sont revenus à la foi naïve de leurs pères, d'autres ont préférer ne pas retourner en arrière. C’est alors qu'on a vu naître et se multiplier les néo-boudhistes, les néo-spiritualistes ou spirites, et, les adeptes de ces innombrables petites îeligions nées d’aujourd’hui ou d’hier.
C'est alors qu’on a vu renaître les antiques pythies en toutes ces somnambules ou propbétesses qui se multiplient chaque jour. C’est alors aussi qu’on a vu réapparaître au grand jour des thaumaturges, qui, d’un mot, d'un geste, prétendent guérir des malades déclarés incurables par certains médecins.
Au milieu de cette renaissance mystique, la sorcellerie est revenue en honneur. Les adeptes, qu’elle avait, dans les campagnes, ont relevé la tête et se sont multipliés, Dans les villes, le mot de sorcellerie porte à rire; le sorcier lésait; aussi, pour ne pas être tué par le ridicule, il a changé de nom, il s’est civilisé. La sorcière a transmis ses «secrets»
h sn fille la somnambule, et celle-ci ne s'est plus contentée de révéler à ses clients les surprises que leur réserve le lendemain; elle a annexé à son salon de consultation, un cabinet de magie noire; elle a ramené à la ville la pratique des vieux maléfices, qu’on avait pu croire un instant abandonnée.
Le sorcier, qui a toujours eu moins d’initiative et moins de succès que la sorcière, a du attacher sa destinée à celle-ci, à titre de magnétiseur. Quelquefois il s’est rendu indépendant et est devenu thaumaturge. Quelquefois aussi il s’est fait la réputation de magicien puissant et d’envoûteur redoutable.
Ces adeptes de la magie noire se sont facilement créé une nombreuse clientèle, même dans les milieux instruits.
Tel homme, qui se rit des croyances au surnaturel, qui se rit des sorciers, n’hésite pas à aller demander à une somnambule de le guérir d’une maladie rebelle ou de lui fournir des renseignements sur la fidélité de sa chère moitié.
Telle femme, qui se croit esprit fort et traitera peut-être même de «sornettes » les pratiques religieuses, ne craint pus d’aller demander à la somnambule ou à la sorcière le charme qui lui ramènera son mari, le maléfice qui la débarrassera d’une rivale.
Des faits prétendus merveilleux viennent de donner une nouvelle impulsion à cette réaction mystique. En cette seule année 1896, tandis que Mlle Couëdon prophétise à Paris, les voyants se multiplient à Tilly et les sorciers redeviennent célèbres à Valence-en-Brie et à Agen.
Pendant ce temps, des hommes, dont la probité et la valeur scientifiques ne sauraient être mises en doute, croient constater qu’Eusapia Paladino reproduit réellement un grand nombre de phénomènes attribués aux anciens sorciers.
Lacroyanceau merveilleux se trouve rapidement répandue parce que les phénomènes sur lesquels elle s’appuie forment actuellement un écheveau presque inextricable de fables, de faits mal observés, de faits mal interprétés et aussi de faits réels se produisant suivant des lois encore presque complètement inconnues.
Nous n’avons pas eu la prétention de débrouiller ici l’écheveau du merveilleux, dans le domaine delà sorcellerie; mais nous avons pensé qu’avant de faire une tentative de ce genre il était nécessaire de se livrer à une étude générale de ce sujet. Et c’est ce travail de « mise au point » que nous nous sommes efforcé de faire.
Laissant volontairement de côté les devins et les prophètes, qui ont été étudiés par notre camarade, le docteur de Pcrry (*) et par notre ami, M. Maurice Prouvost (“(i) 2), nous nous sommes attaché à l’étude de la sorcellerie proprement dite, ou prétendue science de donner et d’enlever des charmes et des maléfices.
Nous diviserons notre travail en deux parties. Dans la première, nous ferons l’historique de la sorcellerie; dans la seconde, nous ferons l’étude de la sorcellerie actuelle.
Nous subdiviserons la première partie en trois chapitres;
dans le premier chapitre nous étudierons la sorcellerie dans les différentes races du globe.
Dans le second chapitre nous étudierons les rapports de la sorcellerie avec les principales religions : Brahmanisme, Boudhisme, Islamisme, Christianisme. Incidemment, nous aurons à parler des religions de moindre importance (Religion Bon, Taoïsme, Sin-toïsme, etc.).
Dans le troisième chapitre, jetant un coup d’œil rétrospectif sur notre étude historique, nous verrons quelles ontétéet quelles sont encore les conséquences de la croyance au pouvoir des sorciers. Pour montrer combien ces conséquences peuvent encore être graves de nos jours, nous rapporterons en détail deux procès récents dans lesquels la croyance aux sorciers a amené des crimes.
La seconde partie est subdivisée en trois chapitres :
Dans le chapitre I nous étudierons les pratiques de la sorcellerie.
(i) L. de Perry, Les Somnambules extra-lucides .
(*) Prouvost, Le délire prophétique.
Le chapitre II sera consacré aux sorciers.
Le chapitre III sera consacré aux malades qui se croient victimes de sortilèges et que nous désignerons sous le nom de maléflciés.
En parlant de ces maléflciés, nous serons amené à examiner les théories qui ont été données pour expliquer l’action des sorciers.
Après avoir étudié l’état mental des maléflciés, nous rechercherons quelle peut être la responsabilité d’un homme qui, se croyant maléficié, commet un crime sous l’influence de ses idées de persécution.
Dans le chapitre IV, nous rechercherons les mesures qu'il serait bon de prendre pour lutter contre la sorcellerie.
Dans le chapitre V, nous étudierons la thérapeutique des maléflciés.
Nous ferons suivre ces cinq chapitres d’une série d’observations, qui viendront soutenir et prouver nos assertions.