ÉPILOGUE
Mais savez-vous ce qui proteste, ce qui solidement sépare les deux esprits, les empêche de se rapprocher? C’est une réalité énorme qui s’est faite depuis cinq cents ans. C’est l’œuvre gigantesque que l’Église a maudite, le prodigieux édifice des sciences et des institutions modernes , quelle excommunia pierre par pierre, mais que chaque anathème grandit, augmenta d’un étage. Nommezmoi une science qui n’ait été révolte.
11 n’est qu’un seul moyen de concilier les deux esprits et de mêler les deux Églises. C’est de démolir la nouvelle, celle qui, dès son principe, fut déclarée coupable, condamnée. Détruisons, si nous le pouvons, toutes les sciences de la nature, l'Observatoire, le Muséum et le Jardin des Plantes, l’École de Médecine, toute bibliothèque moderne. Brûlons nos lois, nos codes. Revenons au Droit canonique.
Ces nouveautés, toutes, ont été Satan. Nul progrès qui ne fût son crime.
C’est co coupable logicien qui, sans respect pour le droit clérical, conserva et refit celui des philosophes et des juristes, fondé sur la croyance impie du Libre arbitre.
C’est ce dangereux Magicien qui, pendant qu’on discute sur le sexe des anges et autres sublimes questions, s’acharnait aux réalités, créait la chimie, la physique, les mathématiques. Oui, les mathématiques. Il fallut les reprendre ; • ce fut une révolte. Car on était brûlé pour dire que trois font trois.
La médecine, surtout, c’est le vrai satanisme,
une révolte contre la maladie, le fléau mérité de Dieu. Manifeste péché d’arrêter lame en chemin vers le ciel, de la replonger dans la vie!
Comment expier tout cela? Comment supprimer, faire crouler cet entassement de révoltes, qui aujourd’hui fait toute la vie moderne? Pour reprendre le chemin des anges, Satan détruira-t-il cette œuvre? Elle pose sur trois pierres éternelles : la Raison, le Droit, la Nature.
L’esprit nouveau est tellement vainqueur, qu’il oublie ses combats, daigne à peine aujourd’hui se souvenir de sa victoire.
Il n’était pas inutile de lui rappeler la misère de ses premiers commencements, les formes humbles et grossières, barbares, cruellement comiques, qu’il eut sous la persécution, quand une femme, l’infortunée Sorcière, lui donna son essor populaire dans la science. Bien plus hardie que l’hérétique, le raisonneur demi chrétien, le savant qui gardait un pied dans le cercle sacré, elle en échappa vivement, et sur le libre sol, de rudes pierres sauvages tenta de se faire un autel.
Elle a péri, devait périr. Comment? Surtout par le progrès des sciences même quelle a commencées, par le médecin, par le naturaliste, pour qui elle avait travaillé.
La Sorcière a péri pour toujours, mais non pas la Fée. Elle reparaîtra sous cette forme qui est immortelle.
La femme, aux derniers siècles occupée d’affaires