‹ La SorcièreChapitre 6 sur 25 · SUITE - L’AMOUR, LA MORT - SATAN S’ÉVANOUIT · texte numérisé non relu

SUITE - L’AMOUR, LA MORT - SATAN S’ÉVANOUIT

Voilà la foule affranchie, rassurée. Le serf, un moment libre, est roi pour quelques heures. Il a bien peu de temps. Déjà change le ciel, et les étoiles inclinent. Dans un moment, l’aube sévère va le remettre en servitude, le ramener sous l’œil ennemi, sous l’ombre du château, sous l’ombre de l’église, au travail monotone, à l’éternel ennui réglé par les deux cloches, dont l’une dit : Toujours, et l’autre dit : Jamais. Chacun d’eux, humble et morne, d’un maintien composé, paraîtra sortir de chez lui.

Qu'ils l’aient du moins, ce court moment! Que chacun des déshérités soit comblé une fois, et trouve ici son rêve!... Quel cœur si malheureux,

l’amour, LA MORT. — SATAN S’ÉVANOUIT.

si flétri, qui parfois 11e songe, n’ait quelque folle envie, ne dise : « Si cela m’arrivait? *

Les seules descriptions détaillées que l’on ait sont, je l’ai dit, modernes, d’un temps de paix et de bonheur, des dernières années d’Henri IV, où la France refleurissait. Années prospères, luxurieuses, tout à fait différentes de l’âge noir, où s’organisa le sabbat.

Il ne tient pas à M. de Lancre et autres que nous ne nous figurions le troisième acte comme la kermesse de Rubens, une orgie très confuse, un grand bal travesti qui permettrait toute union, surtout entre proches parents. Selon ces auteurs qui ne veulent qu’inspirer l’horreur, faire frémir, le but principal du sabbat, la leçon, la doctrine expresse de Satan, c’est l’inceste, et, dans ces grandes assemblées (parfois de douze mille âmes), les actes les plus monstrueux eussent été commis devant tout le monde.

Cela est difficile à croire. Les mêmes auteurs disent d’autres choses qui semblent fort contraires à un tel cynisme. Ils disent qu’on n’y venait que par couples, qu’011 11e siégeait au banquet que deux à deux, que même, s’il arrivait une personne isolée, 011 lui déléguait un jeune démon pour la conduire, lui faire les honneurs de la fête. Ils disent que des amants jaloux ne craignaient pas dry venir, d’y amener les belles curieuses.

On voit aussi que la masse venait par familles, avec les enfants. On ne les renvoyait que pour le

la sonciÉriE.

premier acte, non pour le banquet ni l’office, et non même pour ce troisième acte. Cela prouve qu’il y avait une certaine décence. Au reste, la scène était double. Lçs groupes de familles restaient sur la lande bien éclairés. Ce n’était qu’au delà du rideau fantastique des fumées résineuses que commençaient des espaces plus sombres où l’on pouvait s’écarter.

Les juges, les inquisiteurs, si hostiles, sont obligés d’avouer qu’il y avait un grand esprit de douceur et de paix. Nulle des trois choses si choquantes aux fêtes des nobles. Point depée, de duels, point de tables ensanglantées. Point de galantes perfidies pour avilir l'intime ami. L’immonde fraternité des Templiers, quoi qu’on ait dit, était inconnue, inutile; au sabbat, la femme était tout.

Quant à l’inceste, il faut s’entendre. Tout rapport avec les parentes , même les plus permis aujourd’hui, était compté comme crime. La loi moderne, qui est la charité même, comprend le cœur de l’homme et le bien des familles. Elle permet au veuf d’épouser la sœur de sa femme, c'est à dire de donner à ses enfants la meilleure mère. Elle permet à l’oncle de protéger sa nièce en l’épousant. Elle permet surtout d’épouser la cousine, une épouse sûre et bien connue, souvent aimée d’enfance, compagne des premiers jeux, agréable à la mère, qui d’avance l’adopta de cœur. Au moyen âge, tout cela, c’est l’inceste.

Le paysan, qui n’aime que sa famille, était désespéré. Même au sixième degré, c’eût été chose

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