‹ La sottie en FranceChapitre 16 sur 18 · Jacobin, la chosse tant douiccte... (v · texte numérisé non relu

Jacobin, la chosse tant douiccte... (v

L'origine normande de la sottie, attestée déjà par les formes en oue pour 0/, est confirmée encore par la chanson n" ^ Knfin le Badin (v. 178) donne à l'un des Galants le nom de « Raul le Mal Pencé », et l'un des dignitaires des Conards de Rouen portait précisément le titre d' a abbé de Maupencé » (Triomphes de l'abbaye des Conards^ éd. Montifaud, 1874, p. 35).

Bibliographie :

A. Biblioth. nat., ms. franc, n" 24341 (olim La Vall. 6^), fol. 81/7- 86/7.

B. Le Roux de Lincy et Michel, I, n" 17.

Les trois Gallans et Phlipot, farce joyeuse, [par Philippot Platier??].

Personnages.

Le premier Gallant, Le troisième Gallant,

Le deuxième Gallant, Phlipot.

[Rouen y vers 1 54$.]

Nous ne croyons pas que cette pièce ait pu être composée avant le milieu du xvi" siècle. Sans nous arrêter plus que de raison aux arguments que l'on peut tirer de la langue et du style , nous ferons observer que la sottie, par ses transformations successives, est devenue ici une véritable comédie. Bien que le fond de la pièce soit toujours un dialogue entre des « sots », des « badins » ou des « galants », ce dialogue est combiné avec plus d'art que par le passé ; ce ne sont plus seulement certains bons mots qui ont le don d'exciter l'hilarité du public, ce sont en même temps des situations et des effets vraiment dramatiques. On verra plus loin qu'une allusion aux guerres entre la France, l'Espagne et l'Angleterre rend la date de i $44 assez vraisemblable.

Voici le début de la sottie :

Le premier Gallant commence.

Je m'esbays de ce sotart, Qui ne veult, ne matin ne tart, Rien aprendre, ne rien sçavoir.

Le deuxième Gallant.

Y n'a garde de rien avoir,

S'aprendre ne veult quelque chose. ^

Le troisième Gallant.

Mais ou est il .?

Le Deuxième.

Il se repose Le Premier.

C'est un innocent innocent ; Si le roy Herodes le sent,

Y luy fera couper la teste;

Y fault solennyser sa feste... lo

Arrive Phlipot, qui n'a jamais rien fait et ne veut rien faire. Les Galants lui conseillent de choisir un métier ; ils profitent de l'occasion pour décocher un trait contre l'Eglise : Je te donne telle puissance, dit

le Premier,

Qu'en tous mestier que tu vouidras Incontinent maistre seras. 70

Si tu veulx estre homme d'Eglise, Tu seras remply de clergise, Sans a jamais docteur parler.

Phlipot se décide pour l'état de cordonnier, mais, tandis qu'il s'épuise

à « empougner le lygnou », les Galants se déguisent en gens d'armes

et viennent enrôler le pauvre diable qui n'ose résister. Il lui faut

coucher sur la dure, faire le guet, sans parler des coups que l'on peut

recevoir. Le métier ne va guère à Phlipot, qui coud sur son habit la croix

blanche de France et la croix verte de l'ennemi, afin d'échapper aux

deux partis. Au moment où il se croit en repos, les Galants le trompent

encore. Ils fondent sur lui à l'improviste, comme s'ils appartenaient à

l'armée opposée.

Le Deuxième.

Je luy voys donner une taille.

Car tant endurer me desplaist.

Phlipot.

Et nenin, Monsieur, sy vous plaist. 480

Le Premier.

A ! vilain, tu viens mal a poinct.

Phlipot.

[A!] Monsieur, ne me tués poinct ; Vous seriez excommunyé.

Le Deuxième.

Le procès vous est [desjnyé.

Phlipot.

Gardés, [gardésj ; vêla ma grongne. 48 j

LA SOTTIK IN KKANCK 7^

Lk I'KKMIKK.

Kl torche '

Lk I)I^^XII^ME.

Kt lorgne ' !

Le I^hkmikr.

l'!t dorme, donne !

Qui vive ?

Plll.lI'OT.

Vive!

Le Deuxième.

Qui ?

Phlipot.

La guerre !

Le Premier.

Vilain ! criés vous Engleterre ?

Phlipot.

Vive Engleterre !

Le Deuxième.

Et Espaigne ?

Le Troisième.

Y m'est avys que je me baigne. 490

Dict : Vive France.

Phlipot. Et France ausy!..

Ce passage, dont on remarquera le haut comique, semble imité d'un monologue dramatique composé à Angers au carnaval de 1 524 et qui était encore célèbre trente ans après, le Franc Archier de Cherré (Montaiglon et Rothschild, Recueil, XIII, 26). Les expressions : « Torche, frappe, tire » se retrouvent dans la Farce de Colin filz de Thevot le maire (Viollet le Duc, II, 595). Les détails du combat livré au pauvre Phlipot ont d'ailleurs la valeur d'une allusion historique. La pièce a dû être écrite au moment où l'Espagne avait l'Angleterre pour alliée contre la France. Elle appartient par la langue et par le style à l'époque de François I" ; on peut donc choisir entre les campagnes de i $22 à 1 52^ et celles de 1 544 à 1 546. La date de 1 545 nous paraît la plus probable.

La sottie se termine ainsi :

Je prye a Dieu qu'i vous octroyé Sy et lasus parfaite joye.

En prenant congé de ce lieu, Phlipot, chantons pour dire a Dieu. ^35

Ce qui donne à cette pièce un intérêt particulier c'est que le nom du I- Sur Texpression torche lorgne voy. Littré, ad v.

principal personnage, Phlipot, est très-probablement le nom de l'auteur lui-même, il y avait à Rouen, au milieu du xvi" siècle, un acteur populaire, nommé Phlipot, que nous retrouvons dans le Sermon joyeux des quatre Vens (écrit vers 1 530) :

Dam Phlipot vous fera la queste, et dans la Vie de treshaute et trespuissante dame Gueline (écrite vers i $ ^o) :

Un vieil docteur, frère Phlippot.

Dans d'autres poèmes, Phlipot est associé à Gautier ; ainsi dans les Ténèbres de Mariage (^Montaiglon et Rothschild, Recueil, I, 29), on lit ce

qui suit :

11 ne luy faut point de courtier, Car, fust Phelippot ou Gautier^ Il s'obligera par nisi.

Ces deux noms, qui étaient passés en proverbe, se retrouvent dans les

Complaintes des Monniers aux Apprentifz des Taverniers (Montaiglon et Rothschild, Recueil , XI, GG] :

Les enfants sans ordre et raison Avec Gautier ou Philipot Robent le bien de la maison, Pour l'aller jouer au tripot.

Les deux pièces que nous venons de citer sont toutes deux des productions rouennaises du milieu du xv!*" siècle. La plus ancienne édition connue des Ténèbres de Mariage est de 1 546 ; les Complaintes sont exactement de cette année. Une troisième pièce, dont nous ignorons la date précise, mais dont il a existé une édition gothique sans date ÇCatal. de La Vallière par De Bure, II, n° ^095) et une édition de 1 537 (^Cat. de Richard Heber, VII, n° 1 380) , la Grand Confrairie des Saouls d'ouvrer^, nous fait connaître le nom exact du farceur normand et de son compagnon Gautier. On lit à la fin de cette curieuse facétie ; « Les témoins sont : Jean Gueneau, Thibault l'Enflé, Yvon Pied de Vache, Philipot Platier, Jean Sonyn, Gauthier Garguille, Guillot Malcontent, Pierre Jamais Saou, Martin Grongnant, Philebert le Ventru, Girard Manuet et Guillaume Mausoupa. »

L'auteur, ou tout au moins l'acteur de notre sottie, le farceur dont la vieille gaieté avait fourni aux Rouennais le type des « Enfans Maugouverne » s^appelait donc, croyons-nous, Philippot Platier. Cet acteur excellait à représenter les paresseux, les poltrons, les gourmands, tous les personnages qui ont le don d'exciter le rire du public ; aussi n'est-il pas étonnant qu'il ait occupé une place d'honneur dans la « Confrairie des Saouls d'ouvrer ». Quant à son compagnon, Gauthier Garguille, on

1. Nous parlerons avec détail de cette pièce dans le dernier livre de notre Répertoire bibliographique et critique^ à l'article Rouen.

i,A SOTTIK KN KKANCK ' S

ne doit pas s'étonner de le rencontrer au milieu du xvi' siùcle. Il est établi aujourd'hui qu'Hugues Guéru, qui a donné au nom de (Jarguille une renommée durable, n'avait fait que s'affubler du nom d'un farceur connu avant lui.

Hugues (luéru mourut à Paris A la fm de 16^3 , il avait, il est vrai, rapporte Sauvai {Hist. et Antiq. de Paris, II, 57), joué sur le théâtre pendant plus de quarante ans. Il aurait pu, û ce compte, débuter en Normandie i\ la fin du xvi" siècle, mais il n'était pas né en 1546. Or Gautier Garguille était célèbre avant celte époque. Il est cité dans la Farce de Colin, jilz de Tlievot le maire, dont nous possédons une édition datée de 1 542 (Viollet le Duc, II, 404), et son nom ne tarda pas à passer en proverbe. « Riez seulement, dit Bonavcnture des Feriers (éd. Louis Lacour, 1, 9), et ne vous chaille si ce fut Gaultier ou Garguille. )> La Comédie des Proverbes (Viollet le Duc, IX, 31) a recueilli un dicton presque semblable : « S'il eust pris Gautier pour Garguille, j'en aurois belle verdasse. »

Il y a pourtant une difficulté. Le passage de la Grand Confrairie des Saouls d^ouvrer que nous avons cité est tiré des réimpressions populaires exécutées au xviii" siècle à Rouen et à Troyes. Il nous a été impossible de consulter la première édition gothique ; le recueil dont elle faisait partie fut acheté par la Bibliothèque royale à la vente du duc de La Vallière, mais il ne se trouve plus aujourd'hui dans notre grand établissement national. Nous ne savons non plus ce qu'est devenu le volume possédé jadis par Richard Heber. Nous ne pouvons donc affirmer d'une manière positive que les noms de Philippot Platier et de Gaultier Garguille aient été dès l'origine mentionnés parmi ceux des fondateurs de la confrérie. Il est remarquable en effet que ces noms ne figurent pas dans une édition de Lyon, 1593, qui reproduit le texte d'une édition beaucoup plus ancienne de François Juste (Bibl. <îe Rouen, fonds Leber, n" 250^), ni dans une édition imprimée à Rouen, chez Nicolas Lescuyer, à la fin du xvi^ siècle (Bibl. de M. le comte de Lignerolles), ni dans une édition de Paris, « sur la coppie imprimée à Lyon )>, 1620 (Bibl. nat., Y. n. p., Rés.), On lit simplement à la fin de ces trois réimpressions : « Tesmoings Jehan Gueneau, Thibaud l'Enflé et Guillaume Mausoupé. »

Malgré le doute que les trois éditions que nous venons de citer peuvent inspirer, nous sommes portés à croire que les imprimeurs du siècle dernier n'ont fait que reproduire une édition ancienne et que Gaultier et Philippot figuraient à l'origine parmi les « saouls d'ouvrer ». Les éditions de Lyon 1 S95, de Paris 1620 et même celle de Rouen vers 1600 sont calquées sur celle de François Juste; or l'on comprend sans peine qu'à Lyon, où les acteurs rouennais étaient inconnus en 1535, François

Juste n'ait vu dans les signataires des statuts de la confrérie que des personnages imaginaires et qu'il ait supprimé une partie de ces noms auxquels il n'attribuait aucun sens. Les seuls qu'il ait conservés sont les deux premiers et le dernier.

Nous serions heureux de restituer au théâtre de Rouen le nom de Philippot Platier, mais nous reconnaissons sans peine que, pour changer notre hypothèse en certitude, il faudrait découvrir d'autres renseignements sur ce personnage. Peut-être le trouverait-on cité dans quelque document local; par malheur la ville de Rouen, jadis Pune des capitales politiques et littéraires de la France, considère aujourd'hui comme un luxe inutile le classement de ses archives et l'entretien d'un archiviste !

Bibliographie : . '

A. Biblioth. nat., mss. franc, n*" 24341 [olim La Vall. 63), fol. 393 b- 401/7.

B. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n^ 71.

Sottie nouvelle a six personnaiges.

Personnages :

Le Roy des Sotz, Sottinet,

Triboulet, $ Coquibus,

Mitouflet, Guippelin.

[Lyon ? vers i $4$.]

Cette pièce nous ramène aux sotties primitives ; c'est-à-dire que l'intérêt dramatique y est à peu près nul. C'est un simple dialogue entre le Roy des Sotz, qui veut passer une revue de ses suppôts, et cinq personnages qui se rendent à son appel. Il est curieux de rencontrer ici le nom de Triboulet. Le fou qui rendit ce nom célèbre mourut avant 1 5 14 (Joly, La vraie Ëpitaphe de Triboulet; Lyon, 1867, in-8 ; Montaiglon et Rothschild, Recueil, XIII, 2) ; mais, comm.e l'a montré M. Joly, le nom resta légendaire ; on l'appliqua communément aux fous. Le nom de Quoquibus (équivalent de quiproquo] était aussi une appellation anciennement donnée aux fous^ témoin les passages suivants :

Et je suis bien un coquibas De si longuement séjourner.

{Farce nouvelle du Pasté et de lc{ Tarte^ ap. Viollet le Duc, II, 6; Fournier, 14.)

Tu es entre tous les orfebvres Le plus ort des ors coquibus.

(Farce nouvelle des cinq Sens de l'homme, ap. Viollet le Duc, lîl, 307.)

LA SOTTIK KN FRANCE 77

Je regny Dieu ! J'ay procuray Que vous boyrt'Z, fol quoqinbns.

[Moralité des Blasphémateurs du nom de Dieu^ toi. C 2 b.)

Entre vous, folastres coquars, Meschans gens de liorcie façon, Estourdis, co<juibus, paillars, Entendez a nostrc leçon.

{Le Miroucr et Exemple moral le des Knfans ini^ratz, rcinipr. de Ponlier, loi. A

iij n.)

Voici le début de la sottie :

Le Roy des Sotz commence.

Je suis des solz seigneur et roy ; Pourtant je vueil par bon arroy Maintenant (i)cy ma court tenir Et tous mes sotz faire venir Pour me faire la révérence, j

Et aussi que c'est grand plaisance Quant frères habitent ensemble.

Comme on chante, se me semble :

Ecce quam bonum et qiiam jucundum Habitare fratres in unum. 10

La chanson que le Roy chante ici revient plusieurs fois ensuite

Le dialogue ofïre peu d'intérêt et le jeu de mots sur Coquibus qui « ratz porte « (v. 1 16-142, 320-324) ne vaut guère mieux que le calembour que nous avons vu dans la Sottie nouvelle des Trompeurs (n"* XIV). Le seul passage vraiment curieux de la pièce est celui qui contient une allusion à Pantagruel (v. 207, 208) :

SOTTINET. Il a donc quelque aultre mal.

A il point le panthagruel ?

Les bibliographes croient que les premiers livres de Rabelais parurent en 1532 ; le nom employé par notre auteur pour désigner la maladie des ivrognes semble indiquer que Pantagruel était depuis longtemps connu des spectateurs. Ce motif nous autorise à placer la Sottie nouvelle vers 1 34$. Elle nous paraît être du même temps que Fédition lyonnaise qui nous en est parvenue ; aussi l'attribuons-nous au théâtre de Lyon. En voici les derniers vers :

Adonc Hz chantent tous ensemble Ecce quam bonum et quam jocundum Habitare fratres in unum.

SOTTINET.

Or, je vous requier de cueur fin, 380

Attendez vous au tabourin.

Pour l'honneur de la compaignie,

Qu'ilz nous pardonnent no folie,

Vous plaise de dire une notte.

A Dieu vous dy trestous et toute. 385

Bibliographie :

Sottie nouuel || le a six personnaiges. Cestassauoir. || ^ Le Roy des sotz. Sottinet. || *[ Triboulet. Coquibus. || ^ Mitouflet. Guippelin. — ^ Cy fine la Sottie du roy des sotz || Et aussi de ses suppotz. S. l. n. d. [Lyon, en la maison de feu Barnabe Chaussard, vers 1545], in-4 golh. de 6 ff. de 46 lignes à la page pleine, impr. en gros caract., sign. A par 4, B par 2.

La pièce n'a qu'un simple titre de départ et n'est ornée d'aucun bois. — Le recto du i^^ f. contient 37 lignes de texte.

Mus. bnt.,

B. Viollet le Duc, II, 223-24^

Pour le Roy de la Bazoche es jours gras mil cinq cens

quarante huict.

Personnages :

La Bazoche, Le troisiesme Supposr,

Le premier Suppost, Mireloret, 5 Monsieur Rien. Le deuxiesme Suppost, Rapporte Nouvelle,

[Paris, février 1 548.]

Voici une pièce qui nous donne une idée précise de ce qu'étaient les représentations des clercs du Palais à Paris au milieu du xvi^ siècle. C^est une sorte de revue de l'année où les bazochiens s'expriment avec la liberté dont ils paraissent avoir eu le privilège. Le début est solennel :

La Bazoche commence.

Non sans propos l'on dict que la justice A faict et faict régner princes et roys ; Non sans raison fault que force juste isse Pour corriger les rebelles desroys Et mètre aux champs les martiauix arroys... 5

La Bazoche récite ainsi une sorte de prologue, puis les Suppôts entrent en scène :

la sottik kn france 79

Le premier Sui'post, Mireloret.

C'est le temps de me resvciller P't sur joyoïisete/ veiller Pour danccr cl mot/, joyeulx dire.

Le DEUXIESME SUPF'OST, RAPPORTE NOUVELLE.

C'est le temps de s'csmerveiller 35

Kt plus que jamais travailler Pour lamenter au lieu de rire...

L'arrivée de Monsieur Rien est une sorte d'intermôde moral^ qui ravive le dialogue des suppôts :

Monsieur Rien.

N'enquerez point que je sçays faire, Qui je suys, ne quel est mon nom ; Je sçay tout refaire et défaire 225

Et transmuer ouy en nom ; J'ay par le monde grand renom, Aussy suis je grand terrien.

Ne demandez point mon surnom ; Je peulx tout et si je suys Rien... 230

La fin de la sottie contient des détails curieux sur la montre générale

des clercs du Palais.

La Bazoche.

C'est assez dict pour ceste foys

Bazochiens, entendez tous;

Je veulx en triumphant arroy

Eslire et faire un nouveau roy

Comme il est coustume de faire; 645

Pourtant chacun pense a l'affaire,

Autant les grandz que les petitz,

Et faire les preparatifz.

Car, ainsi comme liberalle,

Je tendz a monstre generalle, 650

Qui, l'esté qui vient, sera faicte.

En honneur du triumphe et feste,

Ne faillez monstrer voz bons meurs

Qui font de la vertu approche,

Tant que l'on dye par honneurs; 655

Vive l'excellente Bazoche !

M. de Montaiglon a le premier attiré l'attention sur la sottie de i $48 dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de France (1858, $3) ; il est surprenant que depuis lors elle n'ait pas trouvé d'éditeur. M. Favre, l'auteur des Clercs de la Bazoche (2® éd., Lyon, 1875, in-8) n'en a pas eu connaissance, pas plus qu'il n'a parlé de la Mère de Ville (n° XVIII).

8o E. PICOT

Bibliographie :

Bibl. municipale de Soissons, ms. n° 187, in-fol. sur papier de 95 ff. et 3 ff. blancs (xvf siècle), fol. 14^-25 ^.

Dialogue plaisant et récréatif, entremeslé de plusieurs discours PLAISANS ET FACETIEUX EN FORME DE COQtA-L'aSNE.

[Rouent vers 1 5 ^0 ?]

La pièce dont nous venons de transcrire le titre ne nous est connue que par deux éditions des plus fautives. Elle se compose de deux parties que nous croyons d'époques différentes. La première est un sonnet, dont le second quatrain est incomplet de trois vers ; la seconde est un fragment dramatique, que nous croyons tiré d'une sottie.

Le sonnet commence ainsi :

J'ai veu, n'a pas longtemps, la fortune improspére Se jouer de plusieurs et n'espargner nully. N'est ce pas hors saison recevoir de son père, Las, 0 Dieu ! que diray je ? grant tristesse et ennuy !

Quant au dialogue, les interlocuteurs n'en sont désignés que par les lettres P et D, qu'il faut peut-être interpréter par a Premier y^ et c( Deuxième ». En voici les premiers vers :

Je vous dirai présentement Ce qui en est [enj un moment.

Or, dites donc, sans plus tarder.

De ce ne pourrez ignorer.

L'éditeur intercale ensuite six vers décasyllabiques empruntés sans doute à un poëte de la pléiade et plus modernes que la sottie :

Je m'esbahis d'ainsi voir l'ignorant 5

Estre sur tous prisé et révéré

Et plus qu'un dieu le voir mieux adoré.

Or n'est cela pour ce qu'argent comptant

Il a en main? Il en fault donc avoir,

Si voulez estre dit homme de sçavoir. 10

Le reste de la pièce est écrit en vers de huit syllabes ; en voici la fin :

Il n'est que la présence honneste

De l'amie au vray besoin,

Et ne peut il, qui n'en a point.

LA SOTTIE KN KKANCE Xl

A sa mignonne faire feste. i lo

Il sera donc rt'pul/- besle.

Pourcjuoy ? [. 1

Pour n'avoir peu bien satisfaire ; D'avoir aussi mis a ce faire Un gros lourdaut et faint-ncant i i J

Qui n'a puissance de bien faire; Aussi le fait il pour néant.

Bibliographie :

A. Dialogue || plaisant et re H créatif entre- |i meslé de plusieurs Dis- || cours plaisans i\ || facétieux. || En forme de Coq à l'Asne. Il A Rouen. Il Chez Loys Costé, libraire, rue Es-W ciiyae aux trois -[[-l-. Il couronnées. S. d. [vers 1600], pet. in-8 de 4 fï. de 27 lignes à la page, sans sign.

Titre encadré, au w^ duquel est placé le quatrain suivant :

Q^iatrain.

Lecteur, qui que tu sois, auras pour agréable, S'il te plaist, de bon cœur ce livret et recueil, Qui t'est [cy] présenté comme un mets délectable. Ne luy refuse point ton gracieux accueil. Bibl. nat., Y + 6118. A Rés., dans un recueil qui contient douze pièces imprimées par Costé.

B. Dialogue II plaisant et |] récréatif en- H tremeslé de \\ plusieurs Discours Il plaisans & fa- n cetieux. Il En forme de Coq à L'asne. || A Rouen, \\ Chez Nicolas Lescuyer, près le grand || portail, nostre dame. S. d. [vers 1600], pet. in-8 de 4 fï. de 27 lignes à la page, sans chiffr., réel., ni signature.

Le titre, dont le v" est blanc, est orné d'un encadrement et de la petite marque de Lesciiyer, avec la devise : napovTa xa\ ixéXXovra. Le V" du dernier f. est blanc.

Bibl. de M. le comte de Lignerolles.

C. Dialogue plaisant et récréatif entremeslé de plusieurs discours plaisans et facecieux en forme de coq à l'asne. S. l. n. d. [Rouen., Adrien Morront, vers 1622 .?], pet. in-8 de 8 pp.

Cette édition, dont un exemplaire est conservé à la Bibl. de Rouen, ne nous est connue que par une courte notice de M. Frère {Manuel du Bibliographe normand, I, 216). Elle fait partie d'un recueil qui contient en outre un Chant real faict en forme de dialogue (Rouen, Adrien Morront, 1622) et le Miroir des Moines mondains. Ces pièces paraissent avoir été publiées par le même libraire, aussi M. Frère les a-t-il attribuées toutes trois à David Ferrand, mais le célèbre auteur de la Muse normande n'était certainement pas né quand le Dialogue fut composé. Quant au Miroir des Moines mondains, il remonte à la fin du XV^ siècle (Montaiglon et Rothschild, XIII, 281-288).

D. Montaiglon et Rothschild, Recueily V, 1 5 $-161 .

Farce a cinq personnages, c'est a sçavoir le Pèlerinage de

Mariage.

Personnages :

La viéle Pèlerine, Le viel Pèlerin,

La deuxième Pèlerine, 5 Le jeune Pèlerin.

La troisième Pèlerine,

[Rouen, octobre 1556.]

Cette pièce se rapproche par le sujet de la Farce des Brus. Les « pèlerines » ne se distinguent des « brus » que par le nom. La « vièle Pèlerine », qui remplit le rôle de Mère Sotte, se met en route avec ses compagnons pour accomplir un long voyage :

La viéle Pèlerine comence.

Or allons a nostre voyage, Que l'on apelle mariage ; Jeunes filles en ont désir,

La deuxième Pèlerine.

D'y aller m'est un grand plaisir.

Et pour tant partons de ce lieu. 5

La troisième Pèlerine.

Puys que c'est le plaisir de Dieu, Je m'y veulx mectre par chemin...

Les trois femmes rencontrent un « viel Pèlerin », qui a déjà parcouru la route qu'elles veulent suivre et qui les exhorte à porter ailleurs leurs pas. Survient un jeune homme qui, dans son inexpérience, se propose, lui aussi, de faire le pèlerinage. Les raisons du vieillard ne le convainquent pas ; il se moque de lui et s'apprête à passer outre.

Le vieil Pèlerin admire cette ardeur, non sans témoigner quelque

incrédulité :

Le viel Pèlerin.

II est vaillant comme Roullant.

Saincte dame, qu'il est hardy !... 134

Le jeune Pèlerin.

J'ey bon pié, bon œuil, bonne main 145

Pour bien sçavoir descroter cotes.

Le viel Pèlerin.

Olivier, baille luy ses botes ; Y tura Karesme Prenant!

Ce dernier trait manque au Livre des Proverbes de Le Roux de Lincy.

La dispute se continue (v. 197-254) par des couplets d'une habile facture. Ce sont des quatrains mis alternativement dans la bouche du vieillard et de ses contradicteurs. Le dernier vers de chaque couplet est repris en chœur par tous les personnages :

La im<kmii^;rk Pklkrine.

Un cœur qui d'aiiunir rst espoincl Et peult mariage choissir, Je croy que de douleur n'a poinct,

Y chantent :

Puys qu'il est beau a mon plaisir 200

Le vikl Pèlerin.

Vostrc plaisir? Quant on a le loisir On ne seroyt meilleur choisir; Mariage est mygnon et gent

Y chantent :

Quant la nuict est venue...

Le vieillard fmit par prendre en pitié les défenseurs du mariage et se met à énumérer les choses nécessaires en ménage, mais cette énumération n'est qu'indiquée ; l'auteur ne lui donne pas les développements qu'elle a reçus dans les Complaintes du Nouveau Marié (Montaiglon et Rothschild, Recueil, I, 22 ; IV, $).

La fm de la pièce est fort curieuse. Le viel Pèlerin ne peut convertir ses adversaires ; il leur dit que,

..premyer qu'entrer au sainct lieu

De mariage, il fault crier

Et a haulte voix Dieu prier

Et, pour prendre posession,

[Y] faire une procession. 370

Après une chanson, dont le texte ne nous est pas rapporté, la procession commence.

Tous ensemble en tournant a la salle : Sancta Bufecta, reculés de nobis ; Sancta Sadineîa^ aprochés de nobis ; Sancta Qaaqueta^ ne parlés de nobis ; 385

Sancta Fachossa^ ne faschés poinct nobis ; Sancta Grondina^ ne touchés nobis...

Les sots font ainsi le tour de la salle en parodiant les litanies du

samedi saint :

De femme plainne de tempeste Qui a une mauvaise teste Et le cerveau contaminé Ensemble.

Libtra nos, Domine.

Les litanies se terminent par un oremus grotesque :

Fil d'estoupe, fil de Lyon,

Fil d'Estampes, fil d'Avignon,

Fil de Gibray, fil de Paris,

Fil noeir, fil vert, aussy fil gris,

Fil d'ozeille et fil de lin, 475

Fil de soeir, fil de matin.

Fil de Rouen, fil de Louviers...

De tous les filz je suys au boult

Or ne parlons plus de ces filz,

Mais resjouyssons noz espritz.

En prenant congé de ce lieu 495

Une chanson pour dire a Dieu.

Telle est cette pièce sur laquelle nous avons la bonne fortune de pouvoir donner des détails inconnus à nos devanciers. Le Pèlerinage de Mariage fut représenté à Rouen, en 1 5 56, par une troupe qui inaugura dans cette ville le premier théâtre régulier.

Au mois d'octobre de cette année, un comédien appelé Pierre le Pardonneur loua sur la paroisse Saint-Étienne-des-Tonneliers un jeu de paume appartenant à Jean Lasne et connu sous le nom de Port-de-Salut. Le Pardonneur avait avec lui cinq autres acteurs : Toussaint Langlois, Nicolas Lecomte, Jacques Langlois, Nicolas Transcart et Robert Hurel, plus « trois petits enfants chantres ». Dès la troisième représentation, alors qu'on jouait la Vie de Job, la salle fut envahie par les sergents et brutalement fermée. Quelle était la cause de cette mesure rigoureuse ^ Une farce appelée le Retour de Mariage. Il ne nous paraît pas douteux que cette pièce ne soit précisément celle dont nous venons de donner une analyse. On remarquera que les sots font leur procession autour de la « salle », autour du jeu de paume dont nous venons de parler; cette indication, rapprochée des allusions normandes que contient Voremus (v. 473 et suiv.), tranche la question d'une manière aussi certaine que possible.

Les documents relatifs à la troupe de Pierre Le Pardonneur ont été découverts par M. Gosselin aux archives du Palais~de-Justice de Rouen (^Recherches sur les origines et Phistoire du théâtre à Rouen avant Corneille ; extr. delà Revue de la Normandie; Rouen, 1868, in-8, 41-43). Ces documents se composent d'une requête adressée à nosseigneurs du Parlement par les malheureux comédiens et de deux arrêts de la cour. Dans la requête Le Pardonneur et ses camarades énumèrent les dépenses auxquelles ils ont été entraînés, s'engagent à ne faire aucun bruit par la ville et se soumettent d'avance à la censure. Le premier arrêt, rendu séance

tenante, dispose que, « comme c'est la première fois qu'une troupe te présente et joue en public moyennant sallaire, la cour ordonne que frère Mathieu des Landes, provincial des ('-armes, et Jehan Lanihcrt, chanoine et pénitencier de Nostre Dame, vont examiner les moralités et farces que les requérants se proposent de jouer. » Le second arr^t, le seul où il soit question de notre sottie, nous apprend que l'examen eut lieu immédiatement, sans doute parce que les censeurs connaissaient déjà les pièces qui leur étaient soumises. Kn effet, dès le lendemain, 2$ octobre, le rapport ayant été déposé, la cour a permet aux suppliants d'achever leur jeu ainsi qu'ils l'ont commencé, parce qu'ils ne feront leurs dits jeux que le dimanche après vespres et ne feront sonner le tabourin ne autre instrument faisant bruict pour assembler le peuple, et aussi qu'ils ne joueront la farce du Retour de Mariage et que en tous leurs jeux, jusqu'à l'achèvement d'iceux, se y conduiront honnestement et modestement )>.

Quels reproches le Parlement pouvait-il adresser à notre sottie ? Il jugeait sans doute inconvenante la parodie des litanies, à un moment où il faisait tous ses efforts pour arrêter les progrès de la Réforme. Quant aux allusions politiques, il lui aurait été difficile d'en découvrir.

Nous ne rechercherons pas les autres pièces qui ont pu être jouées sur le théâtre de Le Fardonneur ' , mais nous ferons encore une dernière réflexion.

La course des apothicaires dont Molière a égayé Monsieur de Pourceaugnac n'a-t-elle pas son origine dans les processions grotesques du genre de celle qui termine notre sottie ?

Bibliographie :

A. Biblioth. nat., ms. franc, n"^ 24541 {olim La Vall. 63), fol. 86^- 95/7.

B. Le Roux de Lincy et Michel, 1, n^ 19.

Les trois Galans, farce nouvelle a quatre personnages, c'est à

scavoir :

Le premier Galant, Le troisième Galant,

Le deuxième Galant, Un Badin [Naudin].

[Vers 1 571.]

1 . Parmi les pièces qui peuvent être attribuées au théâtre du Port-de-Salut, nous citerons seulement Le Discours demonstrant sans feincte comme maints Pions font leurs plainte. Ce Discours, composé comme notre sottie en 15^6, est un monologue dramatique qui paraît seulement avoir subi quelques modifications au moment de l'impression ; on y trouve en toutes lettres (v. ^7) le nom du Port-de-Salut. Voy. Montaiglon et Rothschild, Recueil^ XI, 71.

Les trois Galans sont par ordre chronologique la dernière sottie qui nous soit connue. La pièce débute par un triolet :

Le premier Galant commence.

Qu'est il de faire?

Le deuxième Galant.

Quoy ? De rire Sans avoir espritz endormys.

Le troisième Galant.

Joyeulx, joyeulx.

Le Premier.

Promptz à bien dire.

Le Deuxième.

Qu'est il de faire ?

Le Troisième.

Quoy? De rire.

Le Premier.

Y nous fault chagrin interdire... 5

Les Galants rencontrent un badin et, pour se divertir, se mettent à rinterroger. Le Badin leur raconte des songes ; il a rêvé qu'il était le

pape :

Le Premier.

Le pape? Benedicite!

Le Badin.

Ouy, par ma foy, je l'ay esté, N'en ayez la pensée troublée, Car j'ey faict. faire l'assemblée 80

Des princes : crestiens menoye Sur les Turcs, et les combatoye ; Et, quant m'esveillay au matin, J'jperceuptz que j'estoys Naudin, Et puys après je m'endormys. 85

Comme Ta déjà remarqué M. Fournier, ce passage donne la date de la pièce. Il s'agit en effet ici de la ligue que le pape Pie V forma contre les Turcs et de la bataille de Lépante gagnée, en 1 571, par les flottes combinées de l'Espagne et de Venise.

Le Badin, continuant ses facéties, prétend avoir rêvé qu'il était Dieu le père. Ce beau rêve lui donne l'occasion de dire tout ce qu'il ferait s'il trônait en paradis. Il donne une description assez amusante d'un pays de Cocagne, o\x il ne serait plus nécessaire de travailler, de payer, ni de faire le carême ; où l'on mangerait de bonnes choses et boirait de bon vin ; oh les boulangers ne tromperaient plus sur le poids du pain ; où enfin les femmes ne parleraient plus. La sottie se termine par une sorte de morale :

Le Premiek.

Mais conclues.

Le Radin.

Pour conséquence El du sens avoir la sentence :

I*lusieurs sols de lel propos sont, Si povoient aroycnt plus qu'i n'ont ; Y feroyenl choses impossibles Qui ne sont pas à eulx possibles, Comme avés veu en ceste place.

Or chantons donc de bonne grâce; En prenant congé de ce lieu, Nous vous disons à tous à Dieu.

HO

BiblLOQ,raplne :

A. Bibl. nat., ms. franc, n^ 24^41 {olim La Vall. 63), fol. 2 19 a-226 b.

B. Le Roux de Lincy et Michel, II, n» 39.

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