Kii amours n'a synon bien
Nul mal qui ne i'(u)y pense (v. 103-104).
Voy. Gaston Paris, Chansons du A'K" siècle^ n" 1 ^
La môme chanson se retrouve dans le Vieil Amoureux et le Jeune Amoureux (Le Koux de Lincy et Michel, I, n" 7, p. 6 ; Foumier, 38^ ; Mabille, II, 261), pièce que nous rangeons parmi les dialogues dramatiques et qui est peut-être du même auteur.
On remarquera que les cinq chansons qui nous sont connues sont de la fm du XV" siècle et concordent avec la date approximative que nous avons indiquée.
Bibliographie :
A. Bibl. nat., ms. franc, n" 24341 (olim 3304; La Vall. 63), toi.
B. Le Roux de Lincy et Michel, I, n" 12.
Farce de Folle Bobance.
Personnages :
Folle Bobance, Le second Fol, marchant,
Le premier Fol, gentilhomme, Et le tiers Fol, laboureux.
[Lyon y vers 1 500.]
Folle Bobance, qui est la mère des sots, appelle tous ses enfants
autour d'elle.
Folle Bobance commence :
Ou estez vous, touz mes folz affolez ? Sortez trestous et [sij me venez voix.
Et qu'esse cy ? N'oyez vous point ma voix? Despechez vous ; (bien) tost icy avollez; Raiïolée suis que cy je ne vous voix. 5
Borgnes, bossus, rabostez et follez, Folz folians, de folie fault pourvoix; Folz lyonnoys, mylannoys, genevoys...
Les couplets qui suivent continuent sur ce ton, puis la pièce devient plus sérieuse. Les trois fous veulent à tout prix bannir le travail, la peine, le souci et le chagrin ; ils veulent s'abandonner entièrement à Bobance, dont ils énumèrent les bienfaits. Ils espèrent que la belle dame les mènera u au chemin de prospérité «, mais celle-ci leur répond qu^elle les conduit au contraire « au chemin de mendicité ». Les fous réfléchissent alors que Bobance dit vrai et que ses prétendus bienfaits ne peuvent que les ruiner.
La Farce de Folle Bobance exprime donc la même idée morale que le petit livre populaire de Robert de Balsac, intitulé le Chemin de l'Ospital (voy. Allut, Étude biographique et bibliographique sur Symphorien Champier; Lyon, 1859, gr. '^^-^^ 119)7 le Chasteau d'Amours de Gringore et le Catholicon des Maladvisez de Laurens des Moulins ; nous la croyons du même temps que ces diverses compositions. Il est vrai qu'elle ne contient pas une seule date, mais le v. 8 nous permet de la placer vers 1 500. Les « folz lyonnoys )> tiennent la tête de l'énumération des fous (preuve que Folle Bobance a été jouée à Lyon), puis viennent les fous de Milan et de Gênes. Ces mots prouvent, croyonsnous, que la sottie a été composée alors que Milan et Gênes appartenaient à la France, c'est-à-dire entre 1499 et 15 12. Les « folz genevoys » reviennent une seconde fois plus loin (v. 16), mais le poëte ne les considère pas comme des étrangers ; il semble que, par une intention satirique, il n'ait pas voulu aller chercher des fous en dehors des limites de la France. Nous croyons donc que notre pièce a été écrite entre 1499 et I $ 12, mais plus près de la première date que de la seconde. L^occupation de Milan et de Gênes devait être encore un fait récent.
Les costumes élégants dont les trois fous nous donnent la description sont ceux des premières années du xvi^ siècle :
.. robe a large manche, 80
Et soliers carrez en morchant (.?) ...;
.. fines robes, noyres, grises.
Vermeilles, vertes, coulourées,
Et chauses de toutes devises,
Par hault et par bas bigarrées... ; 105
robes fourrées ;
.... velours ; 11 o
De satin pourpoins a grans manches,
Et hocquetons pareillement
Bien cours, que ne passent les hanches ;
De Hollande chemises blanches
Froncées devant la poytraine, 1 1 j
Et au colet chemises blanches
A la mode napolitaine, etc.
Folle Bobance se termine ainsi :
Le second Fol, marchant.
Par ce point tout va meschamment, 5^0
Car tel veult maintenir bobance
Le tiers Fol, laboureux.
Qui ne scet façon ne comment D'y gaigner la folle despense.
Folle Bobance.
Pourtant, seigneurs, chascun y pense :
LA SOTTIE EN FRANCE Jl
Qui prent de moy gouvernement ^^^
Rantes luy fault ou gr.int chcvance ï^rcncz ni gré l'csbalcmcnt.
Bibliographie :
A. Farce nouuelle n tresbonne de folle Bobance || a quatre personnaigcs. |j Cestassauoir. Il ^ Folle bobance. || 1 Le premier fol gentil homme, n ^ Le second fol marchant. Il ^ Kt le tiers fol laboureux. — ^ C y fine folle \\ Bobance. S. l. n. d. [Lyon, en la maison de feu Barnabe Chaussard, vers 154$!, in-4 goth. allongé de S ff. de 48 lignes ù la page pleine, impr. en grosses lettres de forme, sign. A-li.
L'édition n'a qu'un simple titre de départ et le r" du i'"' f. contient 36 lig. de texte.
Les grosses lettres de forme avec lesquelles ce volume est imprimé ont été employées par les héritiers de Barnabe Chûussard pour la Farce nouvelle moralisée des Gens no uveau l x {woy . p. 257), pour la Farce de Colin, filz de Thevot^ etc., et pour les titres de plusieurs farces dont le texte est d'ailleurs imprimé en caractères gothiques ordinaires.
Mus. ont.,
B. Viollet le Duc, II, 264-291.
Sottie, par Pierre Gringore.
Personnages.
Le premier Sot 10 L'Abbé de Frevaulx,
Le deuxiesme Sot, L'Abbé de Plate Bource,
Le troisiesme Sot, Le Prince des Sotz,
Le Seigneur du Pont Alletz, Le Seigneur de Gayecté,
5 Le Prince de Nates, La Sotte commune,
Le Seigneur de Joye, i $ La Mère Sotte,
Le General d'Enfance, Sotte Fiance,
Le Seigneur du Plat, Sotte Occasion,
Le Seigneur de la Lune, Croulecu.
[Paris, mardi 25 février i $ 12.]
Il n'est pas dans tout notre ancien théâtre de pièce plus connue que la Sottie qui précède la représentation donnée par Gringore aux Halles de Paris, le mardi gras de l'année 1 5 12. Nous-méme nous avons déjà parlé de cette représentation qui nous fait connaître l'ordre dans lequel se succédaient la sottie, la moralité et la farce (voy. ci-dessus p. 239). A
ce que nous avons dit précédemment nous ajouterons une seule réflexion. Si le Jeu du Prince des Sotz ne contient pas de monologue, c'est sans doute à cause des proportions inusitées que l'auteur a données à la sottie et à la moralité. De plus, ces deux pièces se complètent l'une l'autre, et il eût été difficile de les séparer par un morceau étranger au sujet.
Gringore se proposait d'intéresser les Parisiens à la querelle de Louis XII et de Jules II, en représentant le pape comme un personnage ridicule et odieux. Il est probable qu'en attaquant ainsi la superstition populaire, il obéissait aux ordres secrets de la cour. Nous avons cité, au début de nos observations sur la sottie en général (p. 236), un passage de Jehan Bouchet, qui montre que Louis XII se rendait compte de la place importante réservée au théâtre dans toute société policée. Brantôme nous apprend également que ce prince ne craignait pas de voir les acteurs se livrer à des allusions politiques. Voici ce qu'il raconte dans la vie d'Anne de Bretagne :
« Le roy l'honoroit de telle sorte, dit-il, que, lui estant raporté un jour que les clercs de la basoche du Palais et les escolliers aussi avoient joué des jeux où ils parloient du roy, de sa court et de tous les gràndz, il n'en fist autre semblant, sinon de dire qu'il falloit qu'ilz passassent leur temps et qu'il leur permettoit qu'ilz parlassent de luy et de sa court, non pourtant desreglément, mais surtout qu'ils ne parlassent de la reyne sa femme en façon quelconque, autrement qu'il les feroit tous pendre. » Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, publ. par Ludovic Lalanne, Vil (Paris, 1873, g''- i^-S)> 3i6-
Gringore usa largement de la permission qui lui était accordée de représenter je roi et sa cour. Le Prince des Sotz , qui personnifie Louis XII, doit passer une revue générale de ses suppôts. Au premier rang des courtisans on voit divers prélats grotesques, qui ont pour cortège l'Ignorance, la Dissipation, la Paillardise. Les trois Sots et Sotte Commune, qui figurent le peuple, reçoivent ces hauts dignitaires ecclésiastiques. Mère Sotte arrive à son tour, revêtue des attributs de la papauté et suivie de ses ministres Sotte Fiance et Sotte Occasion ; elle pousse les Sots à la révolte contre le Prince, mais ceux-ci veulent rester fidèles à leur chef. Seuls les Abbés grotesques sont entraînés à la trahison ; alors a se fait une bataille de prelatz et de princes ». Mère Sotte est dépouillée de ses ornements sacrés ; on la reconnaît et tout le monde l'abandonne.
La Sottie de Gringore est trop connue pour que nous jugions utile d'en donner une plus longue analyse. En voici les premiers vers :
Le droit premier Sot.
C'est trop joué de passe passe ; Il nefault plus qu'on les menace ;
LA SOTTIF. KN KKANCK |^
Tous les jours ilz se fortifient.
Ceulx qui en promesse se fient Ne congnoissent pas la falace.
(y est trop |oii('ï de passe passe.
L'iing parboult cl l'autre fricassc , Argent entretient l'ung en grâce, Les autres flatent et pallient
Elle se termine ainsi :
La Sottk commune.
Affin que chascun le cas notte, Ce n'est pas Mère sainctc Eglise 6^^
Qui nous fait guerre, sans tainctise Ce n'est que nostre Mère Sotte.
Lk Troisiesme.
Nous cognoissons qu'elle radote D'avoir aux Sotz dissenlion.
Le Premier.
El treuve Sotte Occasion 660
Qui la conduit a sa plaisance.
Le Deuxiesme.
Concluons.
Le Troisiesme.
C'est Sotte Fiance.
La pièce ne contient qu'une chanson, le célèbre refrain :
Faulte d'argent c'est douleur non pareille (v. 320).
Ce refrain est souvent cité ; on le trouve notamment dans Rabelais (II, xvi), dans la Farce joyeuse du Savetier (Le Roux de Lincy et Michel, IV, n» 7^, p. 5) et dans une ballade de V Amoureux Passeîemps (éd. de 1^82, f. E 5). C'était le premier vers d'une chanson qui commençait
ainsi :
Faulte d'argent c'est douleur non pareille;
Si je le dy,las! je sais bien pourquoy
Var. :
Si je le dy, j'ay bien raison pourquoy...
On en trouve le texte dans le recueil intitulé : Plusieurs belles Chansons nouvelles (Paris, Alain Lotrian, 1 543, pet. in-8 goth., fol. 86 b) ; le premier couplet seul figure dans le Mellange de Chansons publié par Ronsard en 1572 (fol. 32 b, avec une mélodie de Josquin, et fol. 55 b, avec une mélodie d'Ad. Willard]. Eustorg de Beaulieu transforma la chanson profane en un cantique spirituel :
Faulte de foy c'est erreur non pareille ; Si je le dy, j'ay bien raison pourquoy...
Ce cantique, qui fait partie de la Chrestienne Resjouyssance (Genève, 1 $46, in-8, n" 91), avait été imprimé dès 1533 dans les No'éls nouveaulx publiés par Mathieu Malingre à Neufchastel (Chansonnier huguenot, 42 5).
Roger de Collerye (éd. d'Héricault, 22^) a composé sur le même refrain un rondeau, en partie reproduit dans la Vraye Pronostication de M"" Gonin (Fournier, Variétés hist. et litt.^ V, 223). M. Fournier prétend que ce rondeau est devenu une chanson, qu'il dit avoir rencontrée dans un recueil publié à Louvain en 1 554, par Pierre de Phalèse. Il est probable qu'il a confondu le rondeau avec la pièce que nous avons citée d'après le Mellange de Ronsard ; et la date même qu'il assigne au recueil de Phalèse nous paraît inexacte. Il s'agit sans doute de la Fleur des Chansons à trois parties, etc. (Louvain, Pierre Phalèse, et Anvers, Jean Bellère, i $74), collection très-rare, qui ne nous est connue que par la mention de Fétis et dont la Bibliothèque nationale ne possède pas d'exemplaire.
Bibliographie :
A. ^ Le ieu du prince des sotz. Et || mère sotte. (| ^ loue aux halles de paris le mardy || gras. Lan mil cinq cens et vnze. — ^ Fin du cryi sottie! moralité' et farce cô-\\ posez par Pierre Gringoire dit mère sotte. ^= Imprime pour iceluy. S. l. n. d. [Paris, 1 512], pet. in-8 goth. de 44 ff. non chiffr. de iG lignes à la page, sign. A. -F.
Au titre, le bois de Mère Sotte avec la devise : Tout par Raison^ etc. (Brunet, II, 1747).
La sottie occupe les ff. A 2 ^ — C ^ b.
Bibl. nat.. Y, 4429. Rés. — Copies figurées à la Bibl. de l'Arsenal, B. L. F. ^0 et 50 bis.
B. Le ieu du prince des sotz et mère sotte loue aux halles de çis le mardy gras, iiij. — [Au r° du dernier f. :] Nouuellemêt imprime a Paris. Pet. in-4 goth. de i6fï. de 39 lignes à la page, impr. à 2 col.
Bibl. Méjanes, à Aix.