‹ La source du mal de l'époque au Canada [microforme]Chapitre 30 sur 33 · UE. — QUI "ÊTRE · texte numérisé non relu

UE. — QUI "ÊTRE

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Comme tout le monde gémissait depuis longtemps sur l'abus d'interprétation que fhsaient les libéraux de la loi dite de l'influence indue dans les élections, un zélé religieux entreprit de mettre un terme à ce mal. Il vit la majorité de nos députés au parlement, pendant qu'ils étaient en session, et il obtint facilement d'eux qu'ils modifieraient cette loi, en déclarant que rien de ce qu’elle renfermait ne devrait s’appliquer aux prêtres, agissant comme tels en chaire, au confessionnal ou ailleurs.

Quelque assuré qu'il fut du succès de sa démarche, il crut devoir communiquer à Mgr. Taschereau ce qu'il avait fait, afin de lui expliquer pourquoi il n'avait pas cru devoir en dire davantage dans l'amendement qu'il suggérait de proposer à la loi de l'influence indue. A sa grande surprise, Mgr. Taschereau se montra très-mécontent et lui enjoignit de se tenir tranquille. Il ajouta, pour motiver son injonction, qu'il était bon que pareille loi existäl, et que c'était par son moyen que les prétres seraient maintenus dans leur devoir, à propos de la part qu'ils avaient à prendre dans les luttes électorales.

Et à la dernière session de notre parlement de Québec, laquelle a eu lieu il n’y a guère plus de six mois, Mgr. Taschereau a encore refusé, et cela, malgré la demande de plusieurs de ses collègues, d'intervenir pour solliciter, ce qui eut été de suite accordé, une modification de la loi dite de l'influence indue.

Pourquoi persiste-t-il à agir de la sorte ? Uniquement pour plaire aux libéraux, dont les plus importants font partie de sa maison, du Séminaire de Québec et de l'Université Laval. C’est incroyable, mais tel est le cas : il sacrifie les plus grands ‘ntérêts d’une province, ses intérêts religieux surtout, aux méprisables intérêts de l’amour-propre‘de quelques individus.

Et ce qu’il y a de plus déplorable, c'est de voir, à propos de cette question de l'influence indue, comme à propos de celle de la restitution des biens des Jésuites et de plusieurs autres, comment les choses sont représentées à Rome.

En effet, n'est-il pas surprenant et au-delà de tout ce que l'on peut imaginer, pour nous qui vivons au Canada et qui

voyons ce qui s’y passe, d'entendre Son Eminence le cardinal Siméoni dire ce qui suit à Mgr. Taschereau, dans une lettre en date du 13 septembre de la présente année :

“ Votre Seigneurie devra notifier à chacun des suffragants, “ de la part de Sa Sainteté, que Chacun des Prélats indivi- “ dwæellement ait à s'abstenir d’agiter ou de faire agiter soit “ dans le Parlement, soit dans la presse, la question de la “ modification de la loi concernant la dite influence indue. “ Que s’il arrivait une époque où les évêques réunis jugeassent tous ensemble que le temps opportun est venu de faire la susdite demande, ils devront d'abord recourir à cette Sacrée Congrégation pour en recevoir les instructions “ convenables.”

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Pour que son Eminence le cardinal Siméoni ait donné de telles instructions, relativement à la loi de l'influence indue, il faut de toute nécessité qu'on lui ait représenté que vouloir apporter quelque modification à cette loi serait mettre le pays en danger de passer par une révolution, tout comme on à fait par rapport à la restitution des biens des Jésuites,

Or, quel que soit le respect que l'on ait pour le cardinal Siméoni, jamais il ne parviendra à nous convaincre que nous sommes sur le point de subir les plus grands maux au sujet des questions à régler parmi nous dans un sens vraiment catholique, quand nous savons parfaitement bien que ceux qui s'opposent le plus fort à ce que ces questions soient ainsi réglées, sont des autorités ecclésiastiques qui subissent l’influence très-indue du Séminaire de Québec et de l’Université Laval.

Le seul effet, qu'ait produit la publication de la lettre du cardinal Siméoni, par Mgr. l'archevêque Taschereau, a été de jeter tous les hommes de bien dans un profond dégoût et de leur arracher cette plainte : “ Que de mensonges on fait par- “ venir à Rome et combien facilement ces mensonges sont “ crus !”

Dans la même lettre du 13 septembre 1881, $. E. le cardinal Siméoni-reproche au clergé canadien sa trop grande in-

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gérence dans les affaires politiques, et même de nommer les personnes en chaire au sujet de ces affaires.

Nos accusateurs, à Rome, ont ici dépassé toutes les bornes, car jamais un prêtre en cha're n'a nommé qui que ce soit, Ja-

mais on n'a pu et jamais l’on nv pourra prouver l'ombre d'un tel fait.

Quant à la trop grande ingérence de notre clergé dans les affaires politiques, elle se réduit à avoir prémuni les fidèles contre les fallacieuses doctrines du libéralisme, conformément aux très-sages avis de Pie IX, et voilà tout, Mais d’après les dépositions, données en Cour Civile par des témoins qui n'avaient rien compris aux instructions de leur curé, et qui, ne les ayant pas comprises au moment où elle se donnaïent, étaient encore bien moins capables d'en rendre compte plusieurs mois après les avoir entendues, on a conclu que les curés avaient tort et que leurs paroissiens avaient raison.

C'est ainsi que Mgr. Taschereau procédait, même en retraite pastorale. Il lisait à tous ses curés réunis un rapport imprimé,mais mensonger en tout, de ce qu'avaient fait les curés de Berthier pendant l'élection politique dont nous avons déjà parlé, et il en concluait qu'il fallait éviter d'aassi folles extravagances.

S, E. le cardinal Siméoni dit enfin que la cause des maux qui règnent parmi nous, c'est la division des évêques. Oui, tel est le cas. Mais quelle est la cause de la division de nos évêques entre eux, si ce n'est comme le démontre péremptoirement cet exposé de faits, si ce n’est le seul archevêque Taschereau? C’est bien ici le temps de rappeler ce qu'on disait de lui, avant qu'il fut promu à l’épiscopat : “Si cet homme devient archevêque de Québec, ce sera la “plus terrible épreuve que l’église du Canada ait jamais “ subie.”

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