‹ La St.-Jean-Baptiste à Québec [microforme]Chapitre 13 sur 21 · ENT · texte numérisé non relu

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cette épopée d’un peuple dont la célébration de cette fète rappelle quelques-unes des dates les plus glorieuses et des luttes les plus légitimes.

Il ne doit pas être déplacé pour moi de féliciter en cette circonstance la Société St. Jean-Baptiste d'avoir mis de côté, cette fois, l'éternel concert-promenade et adopté à sa place, pour clore le programme de cette fête, une soirée musicale et littéraire ; un spectacle auquel tout le monde peut prendre vart; qui a eu le privilége d'attirer ici une foule considérable d’horimes de toutes conditions et de réunir sur ce parterre, comme un bouquet de fleurs gracieuses et parfumées, toutes ces femmes canadiennes douces et braves à la fois, qui sont le charme de notre existence et l'honneur de notre foyer.

Mais s’il est une chose consolante pour nous surtout, c’est de voir ce spectacle honoré de la présence de l’éloquent prédicateur de ce matin, le Révérend M. Chandonnet, un des membres distingués de ce clergé qui, par la sainteté de sa mission, son esprit d’abnégation et de sacrifice, la pureté de sor enseignement et son invincible persévérance, a été, depuis l’origine de cette colonie jusqu’à nos jours, l’ange gardien de notre peuple ; le protecteur triomphant de ce que nous avons de plus sacré en ce monde, de cet héritage d’institutions, de langue et de coutumes que nos pères nous ont légué et que nous transmet-

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trons, avec la grâce ‘3 Dieu, intact à notre postérité.

‘Si la Société St.-Jean-Baptiste doit être heureuse de l'immense concours de spectateurs réunis dans cette commune réjouissance, que l’on me permette de dire qu’en organisant ce concert, elle a eu un autre but encore, plus grave que celui d’une satisfaction du cœur, quelque durable quelle puisse être—Dans toute entreprise, il est à peu près impossible d'isoler, de séparer complètement l’âme humaine et ses plus poëtiques aspirations des choses matérielles de Ja vie ;—il est impossible qu’il n'existe pas pour les sociétés comme pour les individus un quart d'heure, assez désagréable, selon les circonstances, ce terrible quart d'heure de Rabelais où, après avoir dépensé, il faut payer sa carte—Aussi notre société nationale a-t-elle eu pour but, au moyen de ce concert, d'obtenir une recette suffisante pour lui permettre de payer une dette contractée sous l’empire d’une pensée pleine de patriotisme, par une de ses inspirations élevées qui à fait rejaillir un éclatant honneur non seulement sur elle, mais sur le pays qui en profite.

L' serait superflu, devant vous tous qui connaissez cette épisode de notre histoire ainsi qe l'acte auquel je fais allusion, d'entrer dans

es détails.

Il me suffira de dire qu’un jour des membres de la Société St.-Jean-Baptiste, parcou-

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rant cette partie des hauteurs de Ste. Foye où après la prise de Québec, Levy venait livrer à l’armée anglaise une dernière bataille, inutile quoique bien glorieuse pour les armes de France, et s'apercevant que les ossements humains qui couvraient le sol en différents endroits, étaient les restes des soldats français et anglais tombés sur ce champ de bataille, proposèrent de faire cesser cette profanation en leur donnant une sépulture honorable.

La Société, appréciant cette pensée généreuse, et voulant prouver qu’elle n’entretenait que des sentiments de fraternelle sympathie pour les populations d’origine différente qui existent ici résolut d'élever sur la terre qui recouvrait les restes de ces soldats un monument dont l'inauguration se faisait, il y a dix huit mois, au milieu d’une foule immense et aux acclamations' enthousiastes des hommes de toutes les nationalités.

Ce fut une idée heureuse, chrétienne avant tout. Et cet acte, füt-il le seul accompli par notre Société nationale depuis son existence, devrait lui obtenir l’universelle sympathie des populations. Car ce monument est un puissant et silencieux instituteur ; c’est un de ces livres de granit et de bronze comme les aimait le moyen-âge, toujours ouverts par les temps de soleil ou de tempête, où ceux qui peuvent comme ceux qui ne savent pas lire apprennent de bien grandes et consolantes leçons.

Ce monument révèle à ceux qui passent

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que si les restes de soldats ennemis, tombés sur ce champ d'honneur, dans une guerre d’extermination et de conquête, ont été réunis dans une tombe commune par les soins pieux de leurs descendants, c’est qu’à un siècle de distance, l'affection a pris dans les cœurs la place qu’y tenaient des haïines nationales ardentes ;—que le progrès né des idées chrétiennes, a tracé lentement, mais avec force, son sillon dans l'esprit des hommes de ce pays; que la liberté politique, obtenue par nos sacrifices surtout, a produit cette justice qui protége les citoyens sans distinction de croyance et d’origine; qu'enfin l'esprit de conquête implacable, armé,—tourmente qui emportait tout sur son passage, foyer, famille, richesse, —a été remplacé par un autre esprit, paisible et fécond, celui-ci, qui laisse sur son passage de blondes et abondantes moissons, la consolation dans les failles, la richesse et la force dans la patrie.

Aussi avais-je raison de dire que le but de cette soirée avait un portée plus grave que celui d'une simple réjouissance

Mais les difficultés que notre Société nationale rencontre aujourd’hui sous cette forme, disp raitront, et elle continuera son œuvi Car je crois que c’est une des parties sérieuses de sa mission de faire connaître et aimer notre histoire, en la gravant dans le cœur du peuple, afin que celui-ci reste fidèle à la (radition et conserve un légitime orgueil d, race.

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Et elle y parviendraït, avec le temps et de nouveaux sacrifices, en illustrant cette histoire sur la pierre et le bronze; en jetant ‘sur nos places publiques, aux sommets les plus en vue, d’autres monuments qui rappelleraient les époques les plus décisives de notre destinée et les actes les plus dignes de nos pères; en relevant, par exemple, près de notre charmante rivière St. Charles, en l'honneur de Jacques-Cartier, ce petit monument que le temps a détruit; en reproduisant les traits de Champlain, l’immortel fondateur de Québec ; en élevant des statues aux hommes qui ont le mieux servi ce pays par leur génie, leur courage et leur charité, depuis le prêtre qui tombait martyr sous les coups de ceux dont il voulait la rédemption jusqu'aux hommes politiques qui, poussés par un sentiment trop exalté sans doute, n’en tombaïent pas moins victimes de ce qu'ils croyaient être un principe de salut pour leur nationalité.

Il me semble que le souvenir de ces actes et de ces noms, aussi fortement rappelé, devrait produire sur l'esprit du peuple Île même effet que le soleil produit sur une terre féconde et bien cultivé,-—c'est-à-dire, déve- Jopper en gerbes abondantes le germe des vertus que Dieu a déposé dans le cœur de tout homme. Il me semble que le souvenir de ces modèles devrait conseiller à notre peuple l’union dans la lutte et lui faire conquérir l’influence prédominante qu’une natio-

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nalité unie, croyante et fidèle, quelque soit son nombre, exerce toujours sur la civilisation de son pays.

Sans doute, le temps qui m'est donné, mesdames et messieurs, pour parler devant vous ce soir est restreint, et ceci est de toute convenance ;—mais dussé-je prolonger d’un moment encore l'ennui que vous devez éprouver à m’entendre,—ennui que j'apprécie d’autant mieux que la parole et surtout la mienne, j'en suis convaincu, ne peut pas subir de comparaïson avec l'harmonie de la musique des maîtres et le charme de nos airs nationaux que vous avez hâte d’entendre, je ne puis, cependant, m'empêcher d'exprimer une dernière réflexion, de dire qu’il ne serait guère convenable peut-être de donner cette journée à une continuelle réjouissance, sans en consacrer un instant à une méditation plus grave et que soulève naturellement dans notre esprit cette célébration nationale.

Il nous est arrivé aux urs et aux autres malheureusement, —car c’est la condition de rotre existence, —d’avoir perdu un père, une mère, des êtres aimés et, à certain jour, d’avoir porté nos pas au champ du dernier azile pour prier sur leur tombe et nous inspirer du souvenir de leur affection et de leurs vertus. Or quel est l’homme de cœur qui, en sortant de là, n’a pas emporté en lui un sentiment meilleur, un peu plus de charité pour ses semblables et une somme d'énergie

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plus grande pour faire face aux misères de cette vie ?

Or que fesons-nous aujourd’hui par ce retour vers les choses du passé,—avec ce déploiement de nos insignes, de ce drapeau troué, en Jambeaux. de Carillon, des oriflammes de Chateauguay, — glorieuses bannières qui nous rappellent les actes et les épreuves d'autrefois, —que fesons-nous autre x an sinon de parcourir par la pensée Île champ de notre histoire, —espèce de cimetière . où dorment du sommeil éternel des générations d’ancèêtres, où nous apparaissent ça et là des croix plus hautes, des planches funéraires plus larges avec quelques dates et quelques noms d'hommes seulement, mais des dates que l’on n'oublie pas, des noms que l’on conserve parceque ceux qui les portèrent furent bons et grands et sauvegardèrent les uns, avec la croix du prêtre en mains; les autres, l'épée du soldat ; ceux-là, la hache de l’ouvrier et du défricheur, les champs, les foyers, les autels de notre patrie.

Et après avoir parcouru ces domaines du passé comme nous l'avons fait aujourd’hui, et jeté nos regards sur notre position présente, quel est homme qui, na sortira pas de cette méditation un peu meilleur, beaucoup plus canadien-français, avec plus de détermination pour la lutte st surtout l’âme tranquille sur les destinées de notre nationalité.

Sans doute, cette nationalité entourée,

comm\e elle l’est d'origines différentes et de quelques institutions hostiles à l'influence française et catholique, est placée dans une position assez dangereuse en ce pays. Inévitablement encore, il se fera de grands efforts pour l’amoindrir et saper les colonnes monumentales qui la supportent ; mais, comme le disait avec énergie le révérend prédicateur du jour, la tombe ne se referme que sur les nationalités qui veulent bien mourir, Quant à nous le fossoyeur peut attendre. Nous devons avoir une parfaite sécurité dans l’avenir—et pour nous convaincre de notre invincible force et de notre vitalité, nous n’avons qu’à jeter un regard rapide sur ce que nous avons été, ce que nous sommes et sur les causes de notre développement. :

Il ya à peine trois siècles, une poignée de hardis pionniers venaient par des routes inconnues, au milieu d'immenses solitudes planter sur ce rocher de Québec à côté de la croix qui représentait Dieu, le Drapeau blanc qui représentait la France.

Le drapeau est tombé et disparu de ce jrromontoire ; mais la croix est restée et nous a servi, comme le labarum des anciens, de signe de ralliement, Plantée au bord des chemins, élevée au sommets de chaque village, des villes et cités que nous avons fondés, elle n’a cesser de dominer sur notre existence et nos institutions, de nous protéger dans nos entreprises et les luttes sévères que nôus avons subies et

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retrouve ‘dans les hommes d’aujourd’hui des cœurs aussi croyants et fidèles que ceux d’autrefois.—Voilà l’invincible force.

Il y a un siècle, nous n’étions que soixante mille,—aujourd’hui nous sommes neuf cent mille ; nous n’avions aucune part dans les grands affaires, —à cette heure nous sommes à la tête des grandes industries de cette cité ; — Autrefois notre voix et nos intérêts publics étaient méconnus par les hommes de la conquête, —maintenant, nous avons une large part d'influence dans la direction du gouvernement de cette Province et il n’existe plus de conquérants ni d'hommes conquis, mais des sujets anglais, presqu'indépendants égaux devant la loi et honorés selon leurs œuvres et leurs mérites.

Nous deviendrons, nous sommes déjà moins nombreux que nos frères d’origine différente, mais si vous vouliez me permettre encore une réflexion doublée d’un conseil, cette fois, je vous dirais ; ne craignez pas ! qu'importe le nombre, car ce n’est pas le nombre qui gouverne :

Les origines différentes n’ont pas de liens qui les réunissent ; elles vivent isolées, séparées ; elles n’ont pas de passé dans ce pays, pas d’histoire,—elles ne vivent que par le souvenir de leur berceau, perdu au-delà des mers, souvenir que le temps et la distance effacent de plus en plus. Elles se diviseront. Quant à nous, nous avons une histoire sur ce continent,

une tradition glorieuse, une même croyance religieuse, —une langue que de grands esprits ont appelé ‘“ la langue humaine,”—nous avons un drapeau pour nous rallier et nous unir dans une bonne et grande pensée.

Tout me dit que nous dominerons par notre influence et nous dominerons d’autant plus surement que nous nous rendrons meilleurs, que nous multiplierons au milieu de nous les sociétés d’affaires, de protection mutuelle, de tempérance, d’agriculture, d'industrie, que nous fortifierons enfin par tous ces moyens le grand lien national.

Mesdames et messieurs, je termine en vous remerciant de votre bienveillante attention et en exprimant ce plus cher de mes vœux :

Les peuples, comme les individus, aiment à élever dans leur âme une statue idéale qui re-

résente pour eux le perfectionnement et dont ils cherchent à se rapprocher, à laquelle ils tendent à ressembler par leurs pensées et leurs actions. Nous devons, nous aussi, élever dans notre âme une statue idéale, mais pour qu’elle représente le perfectionnement, il faut qu’elle soit composée et pétrie d’honneur, de charité, de progrès, de liberté, d'ordre, de religion.—Et s’il est une nationalité au monde auquel je souhaite de ressembler à cette statue idéale dans ses pensées et dans ses actes, c’est cette nationalité Canadienne-Française à laquelle nous tenons plus que jamais à honneur d’appartenir.

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