‹ La St-Valentin, ou Le collier de perles, comédie-vaudeville en un acteChapitre 4 sur 12 · MAD. WILLIAMS · texte numérisé non relu

MAD. WILLIAMS

Pourtant il doit ne protéger personne, Et le hasard devrait seul décider.

BELTON.

Je suis certain de réussir, vous dis-je, De l'intérêt on fait toujours la part.

Quand c'est le hasard qui dirige,

L'argent dirige le hasard.

Les mêmes; NIGEL, sortant du bosquet a gauche de facteur» nigel, aux paysans qui sont hors de vue. Que les fleurs de chaque corbeille soient parfaitement identiques, autrement dit , semblables à celles de l'autre... Eh bien ! quand vous me regarderez... ( a part. ) Que ces paysans ont peu d'intelligence ï... a-t-il la tête dure, ce diable de peuple ?.. il semble que tout l'esprit du pays se soit réfugié dans le cerveau des fonctionnaires.

Mad. WILLIAMS.

Déjà les préparatifs delafête , M. Nigel ?

NIGEL

Précisément... quel jour pour moi!... pas une minute de repos... c'est l'inconvénient des places secondaires... mais que je devienne shérif, mon traitement est quadruplé , et je me repose... plus on est payé...

BELTON.

Moins ongagne ses honoraires , c'est la règle. nigel, regardant Belton avec dédain.

Et la règle est juste.

air : Connaissez mieux le grand Eugène. Bans des détails user sa patience , D'agir en grand , c'est perdre le moyen :, L Lorsque l'on a tout sous sa dépendance,

On peut ne s'occuper de rien.

Et c'est alors que tout va bien.

BELTON

Oui , nos hommes d'état modernes Sont des seigneurs ; les bureaux sont leur fief, Et le travail des commis subalternes Est moins payé que le sommeil du chef. nigel , à madame Williams.

Quel est ce jeune homme?... Voilà déjà quelque temps que je le vois dans ce pays... il a une figure qui ne me revient pas du tout.

Mad. Williams , bas.

C'est sir Belton, le neveu de l'amiral Nelson.

nigel, étant son chapeau.

De l'amiral Nelson? diable ! et vous me le dites seulement à présent!., au fond , il a l'air de raisonner très juste. Avezvous entendu, par le peu qu'il vient de dire.?..

La Saint-Valcntin. a

( ta) belton , à Nigel Dites-moi , M. Nigel... un petit mot, tout bas.

NIGEL

Très volontiers , Monsieur.

BELTON.

Approchez... (// lui parle bas à V oreille)

NIGEL

Quoi! Monsieur?... mais songez donc que la corruption... la fraude...

belton , tirant unetabatière.

En usez-vous?

nigel , prenant une prise* Quelquefois... comme tout le monde.

BELTON.

Comment trouvez-vous la boîte ?

NIGEL

Fort belle,... un travail d'une élégance*..

BELTON.

Elle vous plaît donc?... J'en suis désolé...

Comment cela?

BELTON.

Parce que je ne la reprendrai pas..* et que je n'ose plus vous demander le léger service...

NIGEL

Au contraire , Monsieur... un homme délicat peut tout recevoir , sans porter atteinte a son indépendance... je ferai tout ce que vous voudrez... non pas, pour vous faire plaisir, mais parce que c'est dans ma manière de voir... c'est favoriser une sympathie... c'est peut-être accélérer., un mariage , et dans l'intérêt de la morale...

belton , à part.

Quand je le disais...

NIGEL

Cependant... a propos de mariage... il me survient un scrupule; je crois me rappeler, madame Williams, que Jenny était aimée de mon neveu , de ce cher et intéressant Henri.

Mad. WILLIAMS.

Dont vous vous êtes débarrassé en le laissant embarquer comme canonnier de marine.

NIGEL

Débarrassé n'est pas le mot. Il allait servir l'état de son canon , comme moi de ma plume... chacun son arme... Débarrassé!., au contraire : pauvre garçon , je l'ai regretté... le jour qu'il est parti, je l'ai pleuré sincèrement, mais le shérif était là , et il m'a dit que ça l'ennuyait., alors, j'ai essuyé mes larmes.

Mad. WILLIAMS.

Enfin , depuis qu'il est prisonnier en France , on n'a pas reçu de sqs nouvelles.

NIGEL

C'est ce qui vous trompe... et ce qui cause mes scrupules... il a donne' de ses nouvelles , j'en ai reçu hier ; ilae'te' échange , et il arrive aujourd'hui.

Mad. wiixïAMs.

Quoi ! vous avez obtenu ?

NIGEL

C'est-à dire , quelqu'un s'y est inte'resse'... D'après sa lettre,

il n'est pas éloigne' d'attribuer sa délivrance au cre'dit

(à sir Belton). et tenez... parbleu... pre'cise'ment de votre oncle , l'amiral Nelson , auquel il a rendu autrefois un le'ger service... il paraît qu'il lui a sauve' la vie.

BELTON.

Quoi ! ce serait lui !

NIGEL

Moi, dans le temps on m'avait demande' cent guine'es pour le faire comprendre dans un cartel d'e'change... mais on a de la sensibilité', et on n'a pas cent gume'es disponibles; et prêter la main , a ce qu'on lui souffle sa maîtresse... la nature parle, et quand c'est au cœur d'un oncle , elle a une trèsforte voix , la nature !

belton , à Nigeï.

J'en suis fâche , car j'avais pense' à vous faire avoir..!

NIGEL

Quoi donc?

Le she'rif est vieux... on dit qu'il a soixante-dix ans...

NIGEL

Soixante-treize... il est très-vieux, le sche'rif... la tête n'y est plus... c'est moi qui fais tout... et encore , je ne peux pas empêcher que le service ne souffre... Allons, de'cide'ment, l'inte'rêt public parle plus haut que la nature ; sir Belton , voilà qui est dit , je vous protège. Mais taisons-nous, les jeunes filles approchent... je vais faire exécuter les statuts antiques dans toute leur intégrité, sauf les modifications et interprétations que reclame l'inte'rêt ge'néral.

ftc-in* 7.

les mêmes, JENNY, BETTY, paysans, paysannes*

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