LES MÊMES, HENRI
CHOEUR
aie de la Bonde de M. Botte.^ Oui , c'est lui-même , en vérité 1 Il a r' trouvé la liberté.
HENRI
Amis , les hasards de la guerre y
Long-temps m'ont séparé de vous j
L'humanité , la bienfaisance En vain m'accueillirent en France; Point de plaisirs , point de gaité , Quand on n'a pas la liberté I
CHOEUR
Point de plaisirs, point de gaité, Quand on n'a pas la liberté ,
HENRI
Mais puisqu'une main protectrice , Qui voulut cacher ses bienfaits , Abrège enfin mon long: supplice, Ah! je n'aurai plus de regrets, Plus de tristesse, plus de peines , Le sort a fait tomber mes chaînes!
Revenez , plaisirs et gaité, Compagnons de la liberté !
CHOEUR
Bevenez , plaisirs et gaité, Compagnons de la liberté!
BETTY
Oh! Jenny a-t-elle l'air vexe'e !
henri , àNigel qui s'approche de lui.
Ah ! vous voilà , mon oncle?... ce n'est pas pour vous que je reviens. ( vivement à madame JVilliams , lui serrant la 'main) Madame Williams, bonjour... Bonjour., Jennv...mais, quoi ! vous ne me dites rien ?
JENNY
Pardon, M. Henri... tout le inonde ici est heureux de vous revoir.
henrï, à part.
M. Henri !.... quelle froideur' (haut.) Jenny, ne me reconnaissez-vous pas ?,.,. nesuis-je plus Hençi.... votre ami, le compagnon de votre enfance..- l'époux de votre choix?...
JENNY
Votre absence a été bien longue !
Pour moi, trop longue, sans doute!... mais pour vous....
JENNY
Henri, que dites-vous là?
HENRI
Morbleu! ce que je commence à croire... la ve'rite'.
retty , à part.
Ah ! dame , quand on est absent long-temps... voilà !
belton , à part.
lia raison, le canonnier.... çà prouve qu'on est observateur, dans l'artillerie... (haut. ) Ecoutez-moi, mon brave , je vous dirai que la belle Jenny....
HENRI
Et de quoi vous mêlez-vous , Monsieur ?.,. qu'y a-t-il de commun entre Jenny et vous ?
retty , à part, Il est bon.., il ne }e sait pas.
belton , a part.
Diable ! il a perdu l'habitude des mœurs pastorales.
jenny, à part.
Pauvre Henri !
HENRI
Au reste , j'e'claircirai la cause de l'accueil qu'on méfait.
betty , à part.
C'est tout eclairci , va !
Ali ! çà , Henri , expliquons nous ; parle à ton oncle... Vinstu pour troubler un magistrat dans l'exercice de ses fonctions, et mettre en e'tat de conflagration une commune jusqu'ici paisible et amie des lois?... Depuis un instant te voilà parmi nous, et tout est bouleverse'! moi-même, j'ai l'air d'un... je ne dis pas le mot , par e'gard pour mon caractère public ; mais je demande à tout le monde si je n'en ai pas l'air !
BETTY
Oli! ça, c'est vrai; ce pauvre cher homme, il me fait de la peine!
NIGEL
On n'a pas le droit, parce qu'on est marin par e'tat , et brutal par nature , de venir troubler un pays !..,. C'est que tu vois en moi deux hommes; l'oncle et le fonctionnaire.... comme oncle , je te pardonne , et je te trouve même trèsinte'ressant... comme fonctionnaire , si tu continues à m'ennuyer, je vais envoyer chercher le constable , et te faire coffrer pour un mois... Comprends-tu la différence des sentimens ?
HENRI
Je ne veux troubler personne... peut-être ne vous gènerai- je pas long-temps,.. Madame Williams, j'aurais voulu parler à Jenny... le puis-je encore?
NIGEL
Tu choisis bien ton moment... quand on va fêter la Saint- Valentin. Tu as donc oublie', qu'a partir d'à présent, aucune jeune fille ne peut parler à un garçon, si le sort ne le de'signe pour l'accompagner tout le* jour.
henri, vivement, à part..
Ah! quel souvenir !... eh bien , si je tentais... (àson oncle.} Vous avez raison, mon oncle ; c'est la Saint-Valentin !... je veux la fêter aussi, moi.
Quant à ça, je n'ai pas le droit de t'en empêcher... mais , je t'en prie, sois aimable ! on doit être gai... il y a une ordonnance de she'rif à cet e'gard-là ; et jy tiendrait la main.
HENRI
Pourquoi donc serais-je triste ? je retrouve ici tout ce que j ai laisse'... l'amitié de mes camarades d'enfance... (ilrsgard& Jcnny avec intention.) personne ne m'a oublie'... Je veux
prouver que je ne suis point un ingrat... Je suis de îa fête.
( 77 ote son sac et son chapeau ; et les remet à un des paysans. )
BETTY
Ça fera un de plus.
NïGEL.
Allons, allons, jeunes filles, que toutrentre dans l'ordre... et suivez mes instructions.
belton , bas à Jenny.
Jenny, vous savez... (bas à Nigel.) la rose...
henri, qui î observe.
Ils se parlent bas... je saurai tout.
Reprise du chœur.
Filletfs, jusqu'à d'main Essayons d' llunen , Etc. , etc. {Elles entrent dans le bosquet.)
BELTON, NIGEL, HENRI, garçons du village.
NIGEL
Allons, en place, mes administre^.... Les jeunes filles vont choisir leurs bouquets... c'est à moi de vous distribuer les vôtres, avec mon impartialité' connue. ( Un paysan est allé chercher la corbeille où sont les bouquets qu'il présente à Nigel.) belton , à part.
C'est ça; la phrase banale, quand on veut tricher.
henri , à part.
Si Jenny a trahi son serment, je le saurai parla fleur qu'elle choisira.
air : Fragment des noces de Gamache (de Mercadante.)
NIGEL
Suivant l'antique usage Garçons de ce village , Recevez de ma main La fleur de Valentin.
CHOEUR
Suivant l'antique usage , Garçons de ce village, Recevons de sa main La Heur de Valenlin.
( Pendant ce chœur les garçons ont reçu tour-à-tour une fleur des mains de Nigel , qui ne garde à la main que les Muets et les roses. )
NIGEL
Sir Belton , je vous propose Le bluet ou la rose, Choisissez.
henri , saisissant brusquement le bluet que tient Nigel. Halte-ià!
Le bluet me restera.
NIGEL , BELTON < t LE CHOEUR.
Quelle étrange conduite ! y
Qu'est-ce donc qui l'irrite?
Pourquoi cette fureur En prenant cette fleur ?
Quelle crainte m'agite ?
Mais je saurai bien vile ,
ENSEMBLE
Par le choix de sa fleur ,
Si j'ai toujours son cœur.
Ce bouquet m'appartient; je le veux, je le garde.
nigel, hors de lui.
Henri , ta conduite est perturbatrice et subversive u du bon ordre ; tu es un brutal ! je dirai plus , un radical !
BELTON.
Dans le fait, votre conduite est au moins inconvenante, M. Henri.
HENRI
Monsieur... dont je ne sais pas le nom... je ne prends de leçons de personne; et quiconque voudrait m'en donner une , pourrait la recevoir.
BELTON.
Ce n'est pas mon dessein, je vous assure... je vois seulement que vous tenez aux Muets.
IIENRI,
Si quelq'un veut me les disputer , il est libre.
BELTON.
Personne n'y songe, et d'ailleurs, le bouquet que vous me laissez est celui que j'affectionne le plus. Allons, mon cher M. Nigel, donnez-moi les roses, puisque c'est tout ce qu'on me laisse.
nigel, lui présentant les roses.
Voici , Monsieur.... et soyez sûr d'une chose... c'est que je porte un cœur sensible, et^ue mon neveu me le paiera.
^tknt 10.
les mêmes, Mad. WILLIAMS, JENNY, BETTY,
Paysannes.
air de la Sèmiramide.
les paysans , nigel , belton , les paysannes , tenant chacune un bouquet. Avec ivresse [ Chacun s'empresse ; \ Quel jour charmant !
' Heureux moment !
< HENRI
ensemble, j Mon cœur se presse.
/ Pour ma tendresse [ Que ce moment Est alarmant.