‹ La St-Valentin, ou Le collier de perles, comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 12 · BETTY . HENRI · texte numérisé non relu

BETTY . HENRI

betty, tenant des bluets, et regardant les villageois. Eh bien! où donc sont les bluets ?»... qui est-ce qui a les bluets ?... a-t-on jamais vu un événement pareil à celui-là ? pas seulement un bluet !... moi qui avais choisi cette fleur, parce que je sais que c'est celle de Jenny... j'espérais que M. Belton la prendrait, {elle aperçoit le bouquet que Henri a jeté. ) Eh! mais le voilà i le bluet... c'est vous que je cherche.

HENRI

Qui êtes-vous ?

BETTY

Tiens , qui je suis ?... vous ne me remettez pas ? je

suis Betty, que vous appeliez autrefois la petite bavarde.... la nièce de madame Smith , qui est si méchante... ah ! c'est que je suis changée... pas ma tante, par exemple. Henri , faisant un mouvement pour sortir.

Que m'importe ?

betty, le retenant.

Comment, que vous importe ?... qu'est-ce que c'est qu'un Valentin comme çà ?.,. faites donc attention que je suis votre femme.

la Saint-Valentin. 3

Ma femme !

betty , lui montrant le bouquet.

Pour toute lajourne'e... parole d'honneur... regardez plustôt,

HENRI

En effet... tant pis pour vous... adressez-vous à un autre.

BETTY

Que je m'adresse. eh bien ! voilà un autre genre de

plaisanterie.... si on e'tait fille à suivre des conseils comme ceux-là....

HENRI

J'ai eu tort de prendre part à la fête.

BETTY

C'est ce que j'allais vous dire... quand on ne veut pas.., on s'en va, et on ne fait pas de tort à une jeunesse.

HENRI

Laissez-moi.

BETTY

Ah ! mais un instant , çà ne peut pas se passer comme çà... non , non mon cher, çà n'est plus çà du tout, du tout... j'en suis bien faclie'e; mais vous êtes mon Valentin... il n'y a pas

là à dire j'ai la loi pour moi çà ferait le second que

je perdrais aujourd'hui...,, je ne vous lâche pas, je vous en pre'viens.

HENRI

Cherchez dans le village , vous ne manquerez pas de Valentins,

BETTY

Du tout, du tout,... j'en ai un , et je m'y tiens... c'est çà.,.. que j'aille chercher, à pre'sent qu'ils sont tous pris... il n'y a plus que John Kripton, qui est boiteux , et Partridge , l'ancien Wachman , qui sent la pipe, que c'est une horreur... dansez donc, avec des Valentins comme çà... et puis, pas de cadeaux à espe'rer; toutes ces demoiselles vont en recevoir et Jenny a déjà le sien , quoiqu'elle le cache. henri, vivement.

Qu'est-ce que vous dites ?

BETTY

Oh ! rien... c'est un secret qui regarde Jenny, et comme elle est mon amie, je ne veux pas la trahir. henri , avec feu.

Betty , parlez... je le veux !

betty, effrayée.

Dieu ! quel homme !.. au fait , c'est mon Valentin. M. Henri , je vais tout vous dire... mais aussi, vous le voyez, c'est vous qui m'y forcez.., parce que je n'aime pas à rapporter.

HENRI

Parlez donc, je suis au supplice,

BETTY

Vous 6aurez donc qu'il y a un mois , Jenny est venue chez ma tante , d'un air mystérieux.... ma tante m'a dit de sortir... j'ai obéi; d'abord , moi , j'obéis toujours, sauf... mais j'ai regarde' par la serrure , alors j'ai vu que Jenny lui montrait un superbe collier de perles , qu'elle lui faisait estimer.

H3Nrï , d'une voix très-êmue.

Et de qui le tenait-elle ?

BETTY

Belle demande... de sir Belton, qui fait des complimens aux autres... j'en suis, des autres, moi., mais qui ne fait de cadeaux qu'à elle, puisqu'il va être son mari.

HENRI

Son mari!... si je le croyais...

BETTY

Vous pouvez le croire, elle me l'a dit elle-même... Ah! mon dieu! qu'est-ce que vous avez donc?... eh bien ! eh bien! le voilà qui marche comme un furieux...

Henri, à part , en marchant^ et avec l'accent de la fureur.

Épouser ce Belton !.. la parjure !... non... elle reçoit des présens.. . ah ! je n'avais donne' que mon amour... c'était trop peu pour elle... mais je me vengerai de son mépris... la voilà... je ne sais qui retient ma fureur... ( allant vers Betty. ) La voilà, la perfide , elle est avec lui.

BETTY

M. Henri , vous m'effrayez , dites donc...

HENRI

Ne vous montrez pas.

M.Henri!

BETTY

HENRI

Venez, vous dis-je!

betty, pendant que Henri l'entraîne.

Ah! mais canonnier, vous me faites des violences... canon* nier !,,. canonnier!

( Henri la fait entrer dans le bosquet. )

%cèu& 12.

BELTON , JENNY , HENRI , dans le bosquet

JENNY

M. Belton , nous voilà bien loin de la fête.

BELTON.

Nous en sommes trop près pour que votre modestie ait à s'allarmer ; et nous en sommes assez loin pour qu'on ne puisse interrompre un entretien que je désire avoir avec vous.

jenny , toujours tremblante

Mais ma mère n'était pas de trop.

VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUSîEL AiïMves - Archief

BELTON,

Je vous demande un million de pardons... ce que j'ai à vous dire , exige que nous soyons seuls,

JENNY

Ce que vous avez à me dire ?

BELTON.

Sans doute ; car je veux vous faire part d'un projet que j'ai conçu... j'ai un défaut moi.... quand je vois quelqu'un qui a du chagrin, je m'intéresse tout de suite à lui... par manie , par originalité,.,, par tout ce que vous voudrez..., mais c'est un sentiment dont je ne puis me défendre,

JENNY

Il vous honore,

BELTON.

Je voulais donc vous dire : ce canonnier de ce matin, ce petit brun, l'homme aux hluets.

JENNY

Oui... je sais de qui vous voulez parler. Ah! Monsieur, il est bien à plaindre.

BELTON.

Je le conçois.... il vous aimait autrefois.... il revient ; il trouve un rival plus favorise' que lui ? sous bien des rapports... ce n'est la faute de personne... cependant , comme je suis la cause involontaire de sa disgrâce , et que d'ailleurs il a sauve' la vie à mon oncle , j'ai re'solu de faire quelque chose pour lui.

JENNY

Pour lui !

Qu'entends-je ?

henri, h 'part*

jenny , vivement.

Ah ! Monsieur, j'ignore quels sont vos desseins ; mais de

tous vos bienfaits , celui-là sera le plus cher à mes yeux

il m'a aimée , oui , Monsieur... je voudrais envain vous le cacher.... j'eus des torts envers lui.... il peut le croire du moins... ah ! que vos bontés m'aident à les réparer.... que je le voie heureux , et puisqu'il ne peut l'être par moi , qu'il doive son bonheur à l'époux de Jenny... quelque chose que vous fassiez pour lui, croyez qu'il en est digne... brave , sincère , fidèle à toute épreuve : il ny a pas en Angleterre un cœur plus généreux que le. sien.

belton, à part,.

L'apologie est complète, (haut ) Eh bien! on prépare en ce moment une expédition pour les Indes Orientales ; je me fais fort de faire obtenir à ce jeune homme, une place dans l'escadre, et de l'avancement.

jenny, à part.

Grand Dieu !

henri , à part.

Le traître!... il veut méloigner.

jekky , avec émotion.

Pour les Indes ?... M. lielton , ne trouvez-vous pas que c'est., bien loin ?

BELTON.

Bien loin ?... il n'y a pas là de quoi effrayer un marin. Mais, fier comme on me l'a de'peint, il refusera peut-être cette faveur... j'ai pense' que de votre Louche, l'offre lui en serait plus agre'abie.

jenny , vivement.

Non... oh! non , je ne dois plus le voir jamais...

BELTON.

Eh bien! soit, je m'en charge.

BELTON, HENRI.

Henri , s avançant tout-à-coup.

Je ne veux pas de votre protection.

JENNY

Ciel ! Henri... ( Elle s enfuit.)

Belton , étonné* Ah .'par exemple... vous m'avez e'coute'... ce n'est pas bien.

HENRI

Oui; j'ai pe'ne'tre' votre dessein. D'accord avec... celle que vous voulez e'pouser... vous cherchez à me'loigner... eh bien! non... je n'accepterai rien.

BELTON.

Ah çà, mais vous êtes un singulier original... qui diable a eu l'idée de vous y forcer ?

HENRI

Si j'obtiens de l'avancement, c'est mon sang qui l'aura paye'. ..je ne veux rien de lafaveur, rien de l'intrigue; et je mourrai sous mon habit de canonnier , avant d'acheter la protection par une bassesse.

BELTON.

C'est très-bien cela, mon bon ami... tout ce que j'y vois, c'est que vous avancerez moins vite que d'autres.

HENRI

air : Un page aimait la jeune Adèle.

Puisque Jenny recherche la richesse , De vos trésors que sa main soit le prix ; Vous méritez mieux que moi sa tendresse ,

Sa froideur ne m'a point surpris.

Mais ce bonheur , que vous pouvez attendre ,

Je suis loin de le regretter ;

Lorsque la tendresse est à vendre ,

Malheur à qui peut l'acheter.

BELTON.

Qu'entendez-vous par là?

Qu'elle sera malheureuse.... et vous aussi.... qu'elle sera punie de inavoir préïe're' un homme.... un homme qu'elle n'aime pas... qu'elle n'aimera jamais.

belton , sévèrement, M. Henri.

HENRI

Sa mère fait violence à ses sentiraens.... e'pouser à cette; condition est une lâcheté indigne d'un galant homme.

BELTON.

Une lâcheté'!

HENRI

Je l'ai dit : je suis prêt à le soutenir.

BELTON.

A l'instant.

HENRI

Où nous trouverons-nous?

BELTON.

Aupetitbois... je vais prendre mes armes... dans un quartd'heure, je vous attends, (Il sort. ) ( Nigel , qui, à la fin de la scène a paru au fond du théâtre et

a entendu le projet de Belton et Henri , s'avance tout- à- coup

vers sonneveu.)

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