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SOLUTION DES PROBLEMES COMMERCIAUX ET INDUSTRIELS

Pendant longtemps, on a vécu sur cette pensée que le commerce s'apprenait tout seul , par la pratique de la vie ; que l’on devenait commerçant comme on devient nageur, en se jetant à l’eau, et qu’il était indispensable, pour réussir dans cette carrière, d’|n avoir parcouru toutes les étapes, à commencer par la plus humble, jusques et ^ y compris le balayage du magasin.

Cette théorie, ou plutôt ce mépris de la théorie, s’appuyait d’ailleurs sur des exemples de grands succès, sur les noms estimés et respectés de commerçants de premier ordre, qui s’étaient faits eux-mêmes, étaient exclusivement les enfants de leurs œuvres et n'avaient eu d'autre école que celle de la pratique. Occupant les situations les plus hautes et les plus méritées, membres des conseils électifs, qui parlent au nom du commerce , il était naturel que ces hommes fussent convaincus que leur système était le meilleur, et que rien ne valait, comme préparation commerciale, la mêlée des intérêts et la V lutte pour l’existence.

Ce n’est pas, cependant, avec le succès de quelques individualités * brillantes, — toujours sûres de se tirer d’affaire, — qu’on peut jus- 5 tifier un système, mais par les résultats de son application à la masse q douée d’aptitudes moyennes. Or, envisagée à ce point de vue, la thèse de l’initiation spontanée des commerçants est une véritable erreur,

à ce point funeste à l’essor de l’enseignement commercial, que malgré d’honorables efforts locaux, presque tout, reste encore à faire de ce côté.

Cet enseignement n’est pas seulement indispensable au commerce : il l’est également à l’industrie. J’aurais certes mauvaise grâce à médire de la préparation technique; mais, si bien comprise et si essentielle qu’elle puisse être, elle ne saurait suffire à l’industriel qui a de plus en plus besoin de se doubler aujourd’hui d’un commerçant. L’ingénieur aura beau déployer tout son talent pour améliorer l’outillage, la qualité, le rendement et pour diminuer le prix de revient : ses efforts resteront impuissants, si, à côté de lui, l’on achète mal les matières premières et si l’on vend mal les produits finis ; si on lui donne à fabriquer des objets désavantageux ; si l’on ne sait pas conserver les anciens débouchés et en conquérir de nouveaux ; en un mot, si la direction commerciale vient paralyser la direction technique.

Telle est, en général, notre situation en France. Nous sommes d’habiles fabricants, mais, — il faut avoir le courage de le dire, — Jes commerçants médiocres, et c’est là en partie le secret de l’avance que prennent en ce moment nos concurrents sur les divers marchés du monde.

Si c’est un devoir de faire cet aveu et de sonder nos plaies pour chercher à les guérir, il serait injuste d’en accuser nos commerçants: ils ne savent pas ce qu’on ne leur a pas enseigné.

Les procédés techniques se propagent et se vulgarisent rapidement grâce à leur transmission par l’enseignement et la publicité. Le lendemain du jour où une invention a surgi quelque part, elle est partout connue et partout appliquée, de sorte que ce n’est plus guère l’avantage technique qui peut constituer une cause permanente ou même durable d’inégalité dans le champ de la concurrence internationale.

Il n’en va pas de même pour les connaissances et les méthodes commerciales. Elles restent pour ainsi dire personnelles à ceux qui les exploitent. Il semble que ce soit lâ un outillage individuel, que chacun conquière pour son compte, pièce à pièce, et qu’il emporte avec lui le jour où il se retire de la lutte.

C’est là méconnaître gravement le rôle et l’efficacité de l’enseignement commercial. A coup sûr, il ne donnera pas au commerçant qui en serait dénué le coup d’œil, la décision, l’application, la prudence, la sagacité, c’est-à-dire toutes ces qualités maîtresses qui font le succès professionnel. Mais on n’a jamais soutenu que l’école rendît inutile et suppléât les dons naturels, pas plus chez les commerçants que chez les ingénieurs, les professeurs et les magistrats. Ce qu’elle peut et ce qu’elle doit faire, c’est développer ces dons, les affiner, les régler, les coordonner en vue du but et les fortifier par des méthodes où se condense l’expérience d’autrui. Muni de ce bagage que lui

fournira l’école, le commerçant sera bien mieux armé que celui qui devra tout tirer de lui-même, s'instruire à ses dépens et demander à l’expérience des leçons qu’elle met toujours à très haut prix.

C’est en me plaçant sous le patronage de cette alliance si nécessaire et si féconde entre la science et le commerce, que je viens présenter aujourd’hui une méthode destinée à faciliter la solution des problèmes commerciaux, et dès lors appelée, dans ma pensée, à rendre de réels services à ceux qui voudront et sauront la mettre en œuvre.

I. — Cette méthode est ce que j’appelle la Statistique géométrique. Mais, malgré son nom un peu rébarbatif, que j’expliquerai dans un instant, elle n’est pas une abstraction mathématique, une pure curiosité de l’esprit, accessible à un petit nombre d'initiés. Elle est destinée, sinon à la totalité des commerçants et des industriels, du moins à cette élite, qui remorque la masse après elle. La pratique est à la fois son point de départ et son point d’arrivée. Elle m’a été inspirée, il y a plus de quinze ans, par les exigences du métier, et si je me décide à la produire aujourd’hui, c’est après en avoir depuis lors vérifié les avantages par des applications variées, aussi bien dans l’industrie privée que dans les fonctions publiques.

Pour rendre d’ailleurs à chacun ce qui lui revient, j’ai le devoir d’ajouter que, en étudiant plus tard l’œuvre des économistes, j’ai constaté que, dans plusieurs de ses parties, cette méthode avait des points de contact avec des théories émises: en France, par MM. Cournot, du Mesnil-Marigny, Dupuit, Wolkoff, Fauveau, de La Gournerie ; en Angleterre, par MM. Stanley -Jevons, Whewell, Tozer et Macleod ; en Suisse, par M. Léon Walras; en Allemagne, par MM. Gossen, de Thünen, Rau, Brentano, Launhardt ; en Italie, par MM. Boccardo, Errera, Zambelli; aux États-Unis, par M. Hadley; etc...

En général, ces auteurs, dont quelques-uns éminents, se sont placés au point de vue de l’analyse spéculative pour l’exposition e la dissection des catégories économiques, telles que l’échange, la valeur, la monnaie..., plutôt qu’ils n’ont visé des applications pratiques et la solution des problèmes industriels. Mais ils n’ont pas moins droit à nos hommages convaincus et il est juste de saluer en eux les précurseurs qui ont frayé la voie à la transformation commerciale de la méthode (A).

(i) On ne cite ici que quelques-uns des économistes qui ont appliqué la langue des mathématiques à l’étude des problèmes économiques. Stanley- Jevons a essayé d’en dresser la liste, qui commence en mo à Hutcheson, et bien qu’elle occupe une dizaine de pages, il déclare qu’il n’a pas la prétention de la présenter comme étant complète, même pour ce qui concerne les écrivains anglais.

Dans un mémoire plus étendu qui est en préparation, l’auteur du présent travail s’efforcera de faire l’histoire de la méthode, et d’assigner la part que les principaux économistes, dont les noms viennent d’être cités, ont prise à son développement.

II. — Qu’est-ce donc que cette statistique géométrique ? Quel objet se propose-t-elle? Je réserve pour un moment la première question, et je réponds de suite à la seconde.

A chaque pas, la pratique pose à l’industriel, au commerçant, à l’agriculteur, au financier, de graves problèmes qu’ils ne peuvent pas écarter et dont la solution, selon qu’elle sera bonne ou mauvaise, fera le succès ou la ruine de leur entreprise.

Ces problèmes sont multiples et délicats ; ils concernent, par exemple, l’achat des matières premières et les sources d’approvisionnements, le choix des produits à fabriquer, la détermination rationnelle de l’outillage, la proportion à observer entre le capital fixe et le capital circulant, entre le travail mécanique et la main-d’œuvre, les arbitrages de place à place, les placements immobiliers, les tarifs de vente, les taxes de transport et d’impôt, etc.

De tels problèmes, et bien d’autres encore que l’on pourrait y joindre, réclament impérativement une réponse. Les ajourner, c’est les résoudre contre soi. Ils vous somment, bon gré mal gré, de vous prononcer, de prendre parti, et semblent vous dire, le couteau sur la gorge :

Devine si tu peux et choisis si tu foses.

Placés devant cette sommation brutale, les intérêts s’en tirent comme ils peuvent, par le tact et par l’instinct, c’est-à-dire tant bien que mal, en général plutôt mal que bien, et ceux qui se trompent paient chèrement leur erreur.

N’y a-t-il pas mieux à faire que d’aller ainsi à tâtons ? Est-on désarmé devant des nécessités aussi pressantes ? Je ne le pense pas, La statistique géométrique a précisément pour objet d’indiquer avec sûreté, dans bien des cas, la solution la meilleure et de mettre aux mains du commerçant une sorte de fil conducteur qui l’empêche de s’égarer dans l’obscur dédale des faits.

III. — Avant d’expliquer ce qu’est la méthode, je suis encore tenu, pour prévenir toute confusion dans les esprits, de dire ce qu’elle n’est pas.

Tout le monde connaît les ressources que présente l’application des dessins à la statistique, ce qu’on appelle la Statistique graphique. Elle est aujourd’hui d’un emploi usuel, c’est une langue universelle, un « volapük, « avec lequel chacun de nous est familiarisé.

On traduit ainsi les fluctuations des valeurs de Bourse, celles du baromètre et du thermomètre, les mouvements de la population, ceux des récoltes et du commerce de la France...

Ce procédé n’ajoute rien au fait, si ce n’est la clarté, l’élégance et le relief. Il se borne à le traduire aux yeux, et l’on conçoit que des

esprits très sagaces puissent à la rigueur se passer de son concours, comme un habile danseur de corde peut se passer d’un balancier.

On le fait parfois sortir de cette attitude passive, où il est impeccable, pour lui demander davantage et le lancer dans les aventures. Il se transforme alors en un procédé interpolation ou à’ extrapolation graphique , qui consiste dans le prolongement hypothétique d’une courbe dans l’intervalle ou -au delà de ses éléments connus, en supposant la continuité de son allure. De cette manière, on parvient à combler les lacunes des observations dans le passé et même à sonder les profondeurs de l’avenir.

Ainsi, MM. Juglar et Siegfried, après avoir établi sur les courbes des encaisses et du portefeuille de la Banque de France les inflexions et les particularités qui ont jusqu’ici caractérisé les crises économiques, se croient autorisés à en déduire des prévisions optimistes sur la cessation prochaine de la crise actuelle.

Ainsi, le météorologiste, accoutumé à suivre les ondulations des courbes barométriques, leur demande l’annonce du temps à courte échéance.

Ainsi encore, l’économiste, l’homme d’Etat, qui veulent préjuger la situation respective des diverses puissances, dans un demi-siècle

Mouvement de la population de divers pays de 1800 à 1930

La population de chaque pays a été rapportée à son taux en 1800 pris pour unité.

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