SCÈNE XII
Mais comment allez- vous faire ?
JULIEN
Voici : Valneige, par un hasard qui nous sert à merveille, est très-près d’ici.
MORAND
Au château de Beaumeillant, je gagerais ?
JULIEN
Ne cherchez pas à deviner.
MORAND
En effet, depuis quelque temps, il y a là un monsieur... un élégant de Paris... Je jurerais que c’est ce Valneige... cette statuette lui ressemble. Mais votre plan ?
JULIEN
11 est bien simple. Je connais Valneige de longue date; je le sais par cœur, et en le faisait connaître à votre fille. (Mouvement de Morand ) Ecoutez donc... que voulez-vous? que Lucile me choisisse? qu’elle préfère üaubrée à Valneige? Eh bien, laissez moi libre, et j'espère que j’aurai bientôt ruiné le grand homme et brisé son piédestal !
MORAND
Bien... très-bien! ruinez -moi , plumez-moi ce bel oiseau chanteur; c’est une idée magnifique... magnifique., mais...
JULIEN
Je me charge de tout.
Et à quand l’attaque ?
JULIEN
A l’instant... si vous me laissez seul.
MORAND
Combien de temps ?
JULIEN
Une heure.
MORAND, tirant sa montre.
Je vous en donne deux.
LA STATUETTE D’UN GRAND HOMME
JULIEN
A merveille... et en avant!
MORAND
En ayant ! (a part.) Car moi aussi j’ai mon idée. Daubrée est pacifique, il ferait de la diplomatie. J'aime mieux la guerre... A Beaumeillant... morbleu! à Beaumeillant, et à nous deux... monsieur de Valneige... à nous deux !
(Il soi t par la droite.)