‹ La Stèle de Mesa: roi de Moab, 896 av. J.C., lettre à M. e Cte de VogüeChapitre 6 sur 6 · Yahas, et y demeura (jusqu'à?) mon combat avec lui || Et · texte numérisé non relu

Yahas, et y demeura (jusqu'à?) mon combat avec lui || Et

Ghamos le chassa de

20. Je pris de Moab deux cents hommes en tout || Et je les (it mon-

ter (les comptai) à Yahas, et je

21 sur Dibon || • G'est moi qui ai construit l'esplanade (?), les murs de Yearim (?) et les murs de

22 Et c'est moi qui ai construit ses portes^ et c'est moi qui

ai construit sa forteresse || Et c'est

23. moi qui ai construit Bet-Moloch || Et c'est moi qui ai fait les deux.»

24 Qir II Et il n'y avait pas de puits dans l'intérieur de

Qir^ sur son esplanade. Et je dis à tout le peuple : Fasse

25. chaque homme un puits dans sa maison || G'est moi qui ai offert l'holocauste , sur l'esplanade (?) dans

26 Israël. Il G'est moi qui ai construit Aroër (?), et c'est moi qui

ai fait la route de l'Arnon.

27. G'est moi qui ai construit Bet-Bamoth, qui était détruite (?) || C'est moi qui ai construit Bosor, qui

28 Dibon, des chefs militaires (^WDîl), pour que tout Dibon

fût soumis II Et moi j'ai

29 avec les villes que j'ai ajoutées à la terre || Et c'est moi

qui ai construit ....

30 Bet-Diblathaïm || Et Bet Baal-Meon , et

j'ai érig'é là le

31 la terre || Et Horonaïm , où résida

32 Ghamos me dit : Gombats à Horonaïm || Et

je..

33 Ghamos sur

Il me reste maintenant à justifier cet essai de traduction et à faire rapidement ressortir les faits nouveaux fournis à la science par la stèle de Dhibân.

Ch. Clermont-Ganneau.

Ces pages étaient suivies d'une dissertation philologique et historique, dans laquelle M. Ganneau justifiait ses traductions et déterminait la date du monument. Interrompu par le départ du courrier dans la transcription de ce travail, Tauteùr n'a pu m'en envoyer que le commencement, comprenant le commentaire des dix premières lignes; j'aurais pu attendre, pour Uvrer le tout à la publicité, que j'eusse reçu le complément de la dissertation; mais je ne pus me résoudre à une aussi longue attente, et, en faisant imprimer ce travail, même incomplet, je crois avoir mieux servi les intérêts de la science et ceux de H. Ganneau (i). J'assure ainsi à notre jeune et savant compatriote la priorité de sa découverte, et je mets sans retard à la disposition du public éclairé un document du plus haut intérêt. J'ose dire qu'il n'existe pas, dans le domaine des antiquités hébraïques, un seul document qui puisse lui être comparé. C'est le seul monument biblique authentique et original qui ait été trouvé jusqu'à présent. On pourrait presque dire de notre texte que c'ejt une page originale de la Bible. En effet, suivant M. Ganneau, le roi Mesa, auteur de la stèle de Dhiban, n'est autre que le roi de Moab, dont la Bible a raconté les luttes sanglantes, et qui était contemporain des rois d'Israël Acbab, Ochozias et Joram. Je partage entièrement cette opinion; je crois même que l'on peut, à l'aide des documents bibliques, déterminer l'année dans laquelle notre inscription a été gravée; sans vouloir anticiper sur le travail de M. Ganneau, ni préjuger ses conclusions que j'ignore, je dirai en quelques lignes comment il me parait possible de fixer cette date. Elle ajoute une trop grande valeur à la découverte pour ne pas la joindre à ce premier essai.

La comparaison des textes bibliques (IT R$g.^ I et ni; II Par.^ XX) et des passages de Josèphe {AnL Jud.^ IX, 2 et 3), relatifs au roi Hesa, fournit une histoire dont voici les traits saillants : Moab était tributaire d'Israël. Après la mort d'Achab et sous le règne très-court du faible Ochosias, Mesa résolut de secouer le joug. II se révolta d'abord contre son suzerain immédiat, le roi d'Israël, et lui refusa le tribut annuel de deux cent mille moutons et agneaux. Puis il se tourna contre le roi de

(1) Aussitôt complet, ce travail sSra puhiié dans un recueil spécial.

Juda, Josaphat, et, entraînant avec lui des Ammonites et des Édomites, il attaqua ses États par le sud; il poussa jusqu'à Engaddi, où la division se mit dans les rangs de ses troupes ; les alliés se prirent de querelle et s'entr'égorgèrent sous les yeux de Tarmée de Josaphat. L'année suivante, Joram, étant monté sur le trône d*Israel, voulut reprendre Toffensive; il fit alliance avec Josaphat, avec le roi d'Édom, et les trois rois, contournant la mer Morte par le sud, vinrent attaquer Mesa au cœur de ses États. Refoulé de partout, le roi de Moab s'enferma dans sa capitale Qir-Hareset; serré de près, il essaya en vain une sortie à la tête de sept cents de ses plus braves soldats; enfin, pour fléchir la colère de son Dieu sanguinaire, il immola son fils atné sur le rempart, et.rofTrit en holocauste à Chamos. Cet affreux spectacle remplit d'horreur et de pitié les rois alliés, qui levèrent le siège et quittèrent le pays après l'avoir dévasté.

La seule période de cette tragique histoire dans laquelle puisse se placer l'heureuse campagne mentionnée par la stèle de Dhibân, me p<iratt être la première révolte de Mesa. Dans les passages déchiffrés par M. Ganneau, le roi de Moab n'a qu'un seul adversaire, le roi d'Israël, Ochozias sans doute; les faits de guerre et de conquête sont concentrés dans un seul pays, le territoire situé au nord de l'Ârnon, ancienne dépendance de Moab, occupée alors par la tribu de Uuben. 11 me paraît probable que Mesa, non content de refuser le tribut, aura envahi la province isolée et mal défendue qui était à sa proximité. Vainqueur à Yahas, à Dibdn, il fit élever la stèle comme un monument de sa victoire, puis, enhardi par ses succès, il aura entrepris contre le roi de Juda la campagne qui devait avoir un si lugubre dénoûment.

Si nos conjectures sont fondées, la stèle aura donc été gravée'pendant la deuxième année du règne d'Ochozias, roi d'Israël, c'est-à-dire, suivant la chronologie généralement adoptée, l'an 896 avant l'ère chrétienne.

On conçoit donc l'immense intérêt historique, archéologique et paléographique qui s'attache à la découverte de ce monument; je me contente de le signaler, pour faire ressortir en même temps l'importance du service rendu à la science par M. Ganneau. On me permettra seulement, au seul point de vue de la paléographie, de faire remarquer que la stèle de Dhibân est écrite à l'aide de cet alphabet phénicien archaïque que j'ai soutenu avoir été, avant le septième siècle, commun à tous les peuples sémitiques, les Phéniciens, les Hébreux et leurs congénères. Cette opinion, basée sur des inductions, sur l'étude de pierres gravées dont la date ne pouvait être déterminée d'une manière absolue, a été très-vivement combattue; elle reçoit aujourd'hui, d'un monument original et incontestable, une éclatante confirmation. Nous avons enfin sous les yeux un exemplaire authentique de l'alphabet hébraïque du neuvième, on peut même dire du dixième siècle; de ces caractères archaïques, dp/aîa aTor/cla, d'Origène et de saint Jérôme, à l'aide desquels étaient écrits les plus anciens manuscrits de la Bible.

Le monument du roi Mesa nous fournira bien d'autres confirmations plus importantes au sujet de l'exactitude historique et géographique de nos livres saints, de la langue et de la philologie. Pendant longtemps encore on discutera sur la pierre de Dhibân; il me suffit aujourd'hui d'avoir contribuée la faire connaître rapidement; associé, pendant mon dernier séjour à Jérusalem, aux péripéties de ce petit roman archéologique, ayant constaté les efforts de M. Ganneau, les difficultés de déchiffrement et autres qu'il, a dû vaincre, j'ai tenu à lui apporter ce concours et ce témoignage. Le monde savant s'associera aux regrets qu'inspire la destruction de la stèle de Mesa, et en même temps aux félicitations que nous adressons au jeune savant, sans lequel cet inestimable document eût été à jamais perdu.

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