PETITE-FILLE
alK'il v.\yz
blance avec son père. (Il a pu d'ailleurs ressembler ou non à sa mère selon que celle-ci était déterminée par mnop comme lui, ou par les Idantes qrs t qu'elle ne lui a pas légués, mais cela n'a pas d'intérêt dans la question actuelle.) Le fils a éliminé par la division réductrice, précisément les Idantes mnop qui le déterminaient et a légué au petit-fils les idantes abcd qu'il tenait de son père et qui déterminaient celui-ci, mais qui ne le déterminaient pas lui-même. Si donc il se trouve (|ue le petit-fils soit déterminé par les Idantes o.b cd. il ressemblera à son grand-père, par son père, sans que celuici ait aucun trait commun avec son père ou avec son fils.
- On voit, par là, que les Idantes lègues
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Il est inutile de multipliei" ces exemples. Ils suffisent pour montrer que rien n'est inexplicable. D'ailleurs ce sont là des cas extrêmes qui ne se présentent jamais. Pour se conformer à la réalité, il suffirait d'imaginer que la distribution et la transmission des Idantes est moins exclusive et de tenir compte des Ides elles-mêmes. Quant aux cas de ressemblance avec des ancêtres éloignés, nous les examinerons en étudiant la Réversion (V. p. 700)'.
Arrivés au point où nous en sommes nous pouvons résumer ainsi la constitution du Plasma germinatif. Il est formé d'un certain nombre, fixe et caractéristique pour chaque espèce, d'Idantes (les chromosomes ou bAtonnets) dont chacun est un chapelet de petites masses sphériques, les Ides (microsomes). Ces Ides sont de petits édifices à structure fixe et très
par le firand-père à ses filles ont été ah c d pour l'une comme pour l'autre, tandis qu'il était déterminé lui-même par les Idantes efgh éliminés par la division réductrice, en sorte qu'il n'a légué aucun de ses traits à aucune des deux. Ces Idantes a b c d reçus par les deux sœurs ont déterminé la tante de la petite-fille et non la mère de celle-ci, en sorte que les deux sœurs n'ont eu aucune ressemblance ni entre elles ni avec leur grandpère. (La tante ne pourra pas ressembler à sa mère, puisqu'elle est déterminée par des Idantes que celle-ci n'a pas, mais la mère de la petite-fille pourra ou non ressembler à sa mère selon que celle-ci aura été déterminée par grsi ou par m nop, ce qui n'a d'ailleurs aucun intérêt dans le cas présent.) Si la mère lègue à sa fille les Idantes ab cd, ces idantes se trouveront avoir fait partie du Plasma germinatif du grand-père, de la tante, de la mère et de la petite-fille. S'il se trouve qu'ils déterminent celle-ci, comme ils ont déterminé la tante, il y aura ressemblance entre la petite-fille et sa tante ; et, comme ils n'ont déterminé ni la mère ni le grandpère, la petite-fille n'aura les traits d'aucun des deux, pas plus d'ailleurs que ceux de sa grand'mère dont elle n'a rien hérité. Ainsi se trouve expliqué le cas l)roposé.
' La Force héréditaire. — Cette conception des Déterminants homodynames, luttant ensemble dans les cellules et l'emportant sur les autres s'ils ont seulement la majorité relative, permet de donner une expression objective à cette entité obscure qu'on appelle la Force héréditaire. Le faciès des César, le nez Bourbonnien, la lèvre des Habsbourg sont des exemples historiques de ce fait bien connu d'un caractère spécial persistant dans une famille en dépit des alliances variées qui devaient le détruire en le fondant dans la masse. Il suffit, pour expliquer sa persistance, d'admettre ([uil a été exprimé, chez un ancêtre donné, par une forte majorité absolue des Déterminants homodynames correspondants, par une puissante vitalité de ces Déterminants qui leur permet de se multiplier et de vaincre, enfin, peut-être, par une disposition particulière qui retient certains Idantes toujours les mêmes dans l'œuf, au moment de la division réductrice. Ces diverses causes peuvent permettre aux Déterminants homodynames du caractère en question de conserver, pendant une longue série de générations, la majorité relative par rapport aux Déterminants fortement hétérodynames du même caractère dans les Plasmas germinatifs avec lesquels r.\mphimixie le met en lutte.
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMIXANTS.
compliquée, composés (au moins chez les êtres supérieurs) de centaines de milliers de Déterminants dont chacun correspond à une cellule ou à un groupe de cellules absolument et forcément identiques. Les Déterminants sont formés d'un nombre modéré de Biophores représentant les caractères élémentaires des cellules. Ceux-ci sont l'unité vitale la plus simple : ils sont composés eux-mêmes d'un grand nombre de molécules chimiques. L'idioplasina contient seul tous les Déterminants de l'individu. Tandis que tous les Déterminants des cellules susceptibles de variation indépendante sont différents les uns des autres, des Biophores identiques peuvent se rencontrer dans des Déterminants différents : cela arrive toutes les fois que deux cellules, différentes d'ailleurs par leurs caractères concrets, ont un on plusieurs caractères élémentaires identiques. Les Déterminants se partagent, pendant l'ontogenèse, entre les cellules embryonnaires, dont chacune reçoit, à chaque division , tous et les seuls Déterminants des cellules qui dériveront d'elle dans les divisions ultérieures. Les cellules définitives de l'adulte contiennent encore le même nombre d'Idantes et d'Ides que le Plasma germinatif, mais ces Ides ne renferment plus qu'une seule espèce de Déterminants, celle de la cellule elle-même. Les Ides représentent les Plasmas ancestmux.
Les Déterminants homologues des diverses Ides d'une même cellule ne sont pas identiques; ils peuvent présenter entre eux des différences qui correspondent aux variations individuelles qu'ont subi les organes chez les ancêtres de l'individu.
Complication de la structure de ridioplasma.
Cette constitution, en somme assez simple, permet d'expliquer la plupart des faits biologiques; mais pour en expliquer certains autres, elle est obligée d'admettre une certaine complication que nous devons maintenant faire connaître.
Bourgeonnement et Plasma germinatif accessoire de bourgeonnement. — D'après ce que nous avons exposé jusqu'ici, on croirait que chaque cellule de l'animal développé n'a besoin de contenir que les Déterminants dont elle a besoin pour se déterminer elle-même.
L'examen des faits de reproduction asexuelle montre qu'il n'en est pas ainsi.
Le cas le plus simple est fourni par le Bourgeonnement chez les végétaux. La cellule terminale d'un bourgeon doit contenir la totalité des
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Déterminants de la plante, puisque cVelle doivent naître des rameaux comportant toutes les parties de la plante y compris les cellules sexuelles.
Cette cellule terminale détache d'elle des cellules somaticpies auxquelles elle livre le lot de Déterminants dont elles ont besoin pour elle et leur lignée, et, de temps en temps, détache une cellule terminale d'un rameau collatéral qui pourra peut-être porter des fleurs et des fruits et qui doit, par conséquent, contenir du Plasma germinatif complet outre les Déterminants dont elle a besoin pour les cellules non sexuelles de sa lignée.
Chez les animaux, la chose est la même, avec cette différence que le bourgeon ne provient pas toujours d'une cellule unique. Lors donc que le bourgeon, provient d'une cellule unique, comme chez les Cœlentérés, l'explication ne comporte pas d'autre difficulté que chez les plantes. Mais lorsque deux cellules (Bryozoaires) ou plusieurs (Tuniciers) prennent part à sa formation, il faut admettre que, lors du premiei" développement, du Plasma gex'minatif complet a été confié à une cellule somatique (tout comme cela arrive normalement pour les cellules de la lignée des sexuelles) et que cette cellule, en se divisant, au lieu de léguer ce Plasma germinatif accessoire à certaines de ses filles l'a partagé en deux ou plusieurs lots dont certaines de ses filles ont pris chacune un. Il faut et il suffit, dès lors, que les cellules qui contiennent ces parts du précieux dépôt se rencontrent au point où doit naiti'e le bourgeon, et que là ces dépôts, passant de l'état d'inactivité à celui d'activité, poussent les cellules qui les portent à se diviser pour donner naissance au bourgeon. Le fait que ces cellules initiales du bourgeon, comme on pourrait les appeler, arrivent à se rencontrer au point voulu et entrent en activité au moment convenable, est de même ordre que celui qui transporte chaque cellule au point voulu, dans l'ontogénèse ordinaire, et dépend du sens et du rythme des divisions dont les causes déterminantes sont contenues dans l'Idioplasma de chacune d'elles.
Génération alternante. — La génération alternante se rattache étroitement au Bourgeonnement. C'est un bourgeonnement dans lequel il y a alternance régulière entre Voozoïte et le bourgeon et dans lequel aussi, le plus souvent, le bourgeon nait d'une seule cellule, à apparence d'oeuf, mais non susceptible de fécondation.
Il est donc nécessaire ici d'admettre deux Plasmas germinatifs complets, l'un, celui de l'oozoïte, et l'autre, plus ou moins différent, celui de la forme d'origine asexuée. De plus, comme on ne peut admettre que l'un puisse être absent à un moment donné du cycle évolutif et être reformé par
THÉORIE I)K WEISMANX. —
DÉTERMINANTS
l'autre, il faut que ces deux Plasmas existent concuiTemment, côte à côte, dans l'œuf sexué et asexué. Ainsi clans les Pucerons, par exemple, il faut admettre que l'œuf d'hiver contient le Plasma germinatif de la forme asexuée à l'état actif et celui de la forme asexuée à l'état latent; que le premier est capable de conserver pendant plusieurs générations l'activité exclusive, mais qu'à l'entrée de l'hiver, il passe à l'état d'inactivité tandis que le Plasma, jusqu'alors inactif, de la forme sexuée entre en activité et donne naissance à la forme sexuée. L'œuf d'été, comme l'œuf d'hiver, conliennent l'un et l'autre, côte à côte, les deux Plasmas, et ceuxci sont alternativement actifs et inactifs suivant un rythme déterminé.
Hégrnération. — Voici un processus très répandu dans les organismes et dont l'explication exige une complication dans la structure de l'Idioplasma bien autrement grande que le Bourgeonnement.
Ici encore allons des cas les plus simples aux plus complexes.
La Régénération normale et continue, comme celle de l'épiderme, des ongles, des poils, etc., s'explique sans difficulté aucune. Il suffit d'admettre que les cellules de la couche de Malpighi, des bulbes pileux, etc., ont conservé le pouvoir de multiplier l'unique Déterminant qu'elles contiennent encore. C'est plutôt un processus ontogénétique normal qui se continue jusqu'à la fin de la vie, qu'un phénomène nouveau ayant besoin d'une explication particulière.
La Régénération accidentelle par des éléments similaires ne demande non plus aucune complication particulière de l'Idioplasma. Lorsque, par exemple, du derme, du muscle, de l'os, se régénèrent après une blessure, le cas est le même que pour de l'épiderme ou de la corne; la seule différence est que la force régénératrice était arrêtée par le fait de l'intégrité de l'organe et a été mise en mouvement par l'avulsion de certaines parties.
Sur cette force, que d'ailleurs toute théorie est obligée d'admettre, nous ne savons absolument rien.
La chose se complique lorsque le corps répare une partie sans ressemblance avec celle qui est chargée de la régénéi'er, ainsi lorsque le bras coupé d'une Salamandre est reformé par un moignon tout à fait différent de la partie amputée. Nous savons, il est vrai, que chaque tissu est reformé par le tissu correspondant, l'os par l'os, le nerf par le nerf, etc.; mais il ne suffît pas néanmoins d'invoquer un fait de multiplication cellulaire car, dans ce cas, l'os de l'humérus formerait un bourrelet osseux quelconque, tandis qu'il reforme au complet un radius, un cubitus et tous
LES THÉORIES GÉNÉRALES
les osselets du carpe et de la main. Cela oblige à admettre que chaque cellule participant à la régénération contient tous les Déterminants des cellules qu'elle est chargée de reproduire à nouveau i.
Ainsi, dans tout organe capable de se régénérer, chaque cellule (ou peutêtre seulement certaines cellules) reçoit pendant l'ontogénèse, outre ses Déterminants propres, un lot de Déterminants des cellules qu'elle aura à reformer si l'occasion d'une régénération se présente pour elles. Ces Déterminants de réserve sont à l'état d'inactivité et n'entrent en activité que lorsqu'un traumatisme vient les tirer de leur torpeur ou supprimer la force inhibitrice qui les maintenait inactifs
Mais la complication peut aller plus loin.
Certains Vers, coupés en deux, peuvent se régénérer en double, la tête forme une queue et la queue une tête. Ce qu'il y a de remarquable ici, c'est que ce sont, en somme, les mêmes cellules qui, entamées d'un côté, forment ceci et, entamées de l'autre, forment quelque chose de tout à fait différent. Cela oblige à admettre deux nouvelles hypothèses. Il faut d'abord que chaque cellule contienne deux groupes de Déterminants correspondant aux deux formations que la cellule est capable de régénérer d'un côté ou de l'autre ; et il faut aussi que ces deux groupes, également inactifs en l'état d'intégrité de l'organe, puissent entrer en activité, soit l'un soit l'autre, selon le sens où le traumatisme les intéressera. Chez les Vers, il n'y a que deux directions de régénération possibles, car, coupés en long, ils ne se régénèrent pas; mais chez les Actinies, par exemple, où un fragment quelconque est capable de ré-
' Voici comment on peut se représenter les phénomènes. Limitons-nous à l'axe squelettique du membre. Soit A la cellule mère de cet axe pendant la première ontogenèse. Elle contenait tous les Déterminants de tous les os du membre, mais elle s'est divisée en deux cellules B et G superposées représentant, je suppose , l'une la cellule mère de l'humérus, l'autre la cellule mère du reste de Taxe squelettique; et, en se divisant en B et C, elle leur a partagé ses Déterminants et a disparu, en sorte que nulle part on ne retrouve plus réunis en une seule cellule tous les Déterminants de cet axe squelettique. On • doit supposer alors que A a commencé par doubler son ldiopla.sma;
et qu'il a en donné à B un échantillon complet et partagé le second échantillon entre B et C selon leurs besoins ; en sorte que, si le bras est amputé, les cellules actuelles du périoste huméral auxquelles B a légué son dépôt auront ce qu'il faut pour régénérer non seulement l'humérus, mais tout le reste de l'axe squelettique.
De même ont fait les autres cellules mères des parties successives de cet axe, en sorte que le bras, coupé n'importe où, régénérera ce qui manque et rien de plus ni rien de moins. De même ont fait les cellules mères des autres tissus.
^ [Darwin avait déjà proposé une explication toute semblable (V. p. 540)].
THÉORIE DK WEISMAXN.
DÉTERMINANTS
générer l'animal entier, il faut au moins trois groupes de Déterminants, excitables séparément, selon qu'ils sont atteints suivant l'une ou l'autre des trois directions de l'espace '.
Ce n'est pas tout encore. Dans certains cas, la partie régénérée a une structure , une composition déterminées, mais différentes de celles de l'organe primitif. Ainsi la queue régénérée du Lézard ne contient pas de prolongement médullaire et ses vertèbres sont remplacées par un petit tube osseux continu. Cela ne peut s'expliquer qu'en admettant que les Déterminants de réserve ne sont pas identiques à leurs homologues de la première ontogénèse. La partie régénérée se comporte, en somme, comme un organe capable de variations indépendantes; il faut donc que le Plasma de remplacement existe dans l'œuf fécondé, à côté du Plasma germinatif. Il faut donc admettre qu'il y a, dans l'œuf fécondé, un Plasma de réserve à côté du Plasma germinatif normal, que ce Plasma répartit ses Déterminants entre les cellules de l'ontogënèse d'une manière qui peut être toute différente de celle du Plasma germinatif, de façon à ce que, finalement, se trouve dans chaque cellule le ou les lots de Déterminants qui lui permettront de régénérer telle ou telle partie de tissu.
' [Ces cas de Régénération réciproque ne s'expliquent plus dans la tliéorie sans admettre une complication de plus que celle ([ue Weismann concède. Supposons, pour reprendre l'exemple précédent, que la Salamandre regénère son bras et que le bras puisse régénérer la Salamandre. C'est en somme ce qui se passe chez l'Actinie.
Dans ce cas , la cellule A n'a pu léguer à la cellule B les Déterminants du squelette de l'épaule, du tronc, de la tête et des membres inférieurs puisque, dans l'hypothèse, elle ne les contientpas elle-même. Il faut imaginer en plus qu'elle les a reçus de la cellule initiale du squelette entier (à supposer qu'il y en ait une!). 11 faut imaginer ({ue chaque cellule du squelette reçoit en naissant un lot complet des Déterminants squelettiques, divisé en deux parts, une contenant tous ceux de sa lignée ascendante l'autre tous ceux de sa lignée descendante. 11 faut imaginer encore, qu'avant de se diviser, elle double ces deux parts et les transmet
THÉORIES DE l'hÉRÉDITÉ.
toutes deux à chacune des deux cellules ses filles et que cela continue ainsi jusqu'au bout de l'ontogënèse. Mais ce n'est pas tout encore, il faut imaginer de plus, (ju'au fur et à mesure que l'ontogénèse progresse, ces deux parts se modifient, et qu'à chaque génération un Déterminant passe de la part représentant la lignée, descendante à celle qui représente la lignée ascendante, de manière que ces deux parts restent toujours complémentaires et que leur ligne de démarcation se déplace d'un mouvement continu et corresponde toujours au Déterminant delà cellule où on les considère.
[La complication va même plus loin encore.
[Mais on peut s'arrêter là et, si l'on songe que dans tous les autres ti.ssus, les mêmes manipulations de Déterminants doivent se produire avec un parallélisme rigoureux, on accordera qu'il n'y a rien d'exagéré à qualifier (V effroyable la complication de la théorie.]
LES THÉORIES GÉNÉRALES
11 faut admettre, en outre, que ces Déterminants restent inactifs tant qu'une lésion n'intervient pas à leur niveau, et enfin que, s'il y a plusieurs groupes différents dans la cellule, ils peuvent entrer ou non en activité selon la position de la cellule par i^apport au point où a porté le traumatisme.
On voit que la complication n'est pas légère ; elle devient même si grande, dès qu'il s'agit de la régénération d'un organe important d'un organisme élevé, qu'il y a là une explication de l'absence de régénération dans ce cas.
Une patte de Salamandre peut se régénérer, mais une aile d'Oiseau ne le peut pas , d'abord parce que l'Oiseau no peut se passer de son aile pendant le temps que durerait la réparation, ensuite et surtout, parce que les Déterminants d'une aile d'Oiseau sont en nombre si grand qu'ils exigeraient une combinaison de Déterminants de réserve impossible à réaliser.
Reproduction par 'scission . — La Reproduction par division peut se ramener exactement à une régénération. La Division peut se ramener à une régénération d'une partie enlevée par mitotomie normale, avec préparation de la régénération avec l'accomplissement de l'autotomie. Elle s'explique en admettant que certaines cellules ont reçu, pendant l'ontogénèse, des De terminant s de remplacement qui ont permis à chacune de fournir les séries cellulaires qu'elles produisent dans le processus.
Ici encore il faut admettre que les Déterminants de remplacement sont difl'érents des Déterminants primitifs et existent à part dans le !*lasma gcrminatif, dans les cas où l'individu né de la division n'est pas identique à l'individu primitif, comme cela arrive chez certains Syllidiens par exemple.
DimorpJiisme et Pohimorphisme . — Aux degrés les plus inférieurs de la sexualité, le mâle ne diffère de la femelle qu'en ce qu'il produit des spermatozoïdes et celle-ci des œufs. Dans ce cas, il suffit d'admettre que la cellule germinative contient, outre le Plasma germinatif, deux Déterminants, l'un ovogène et l'autre spermatogène et que les circonstances qui décident du sexe placent l'un ou l'autre en état d'inactivité.
Mais d'ordinaire le dimorphisme est plus étendu. Il porte sur les glandes sexuelles, sur leurs canaux vecteurs, les organes copulateurs, s'il y en a, et peut s'étendre aux sens, aux organes d'attaque ou de défense, aux parures, au cerveau (différence des instincts), etc., etc. Dans quelques cas il peut s'étendre à presque tout l'organisme (Bonellie, Rotateurs, etc.). Cela
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMINANTS
conduit à admettre qu'il existe, pour un nombre variable de parties et d'organes, des Déterminants doublas dont l'un ou l'autre reste à l'état passif.
D'autre part, on sait que la castration opéi^atoire ou séuile fait apparaître les caractères du sexe opposé ; il faut donc bien que les Déterminants de ces caractères aient existé.
Ces Déterminants doubles sont beaucoup plus nombreux qu'on ne saurait tenté de le croire. La comparaison des jumeaux identiques en donne la preuve. Tandis que ceux de même sexe ne diffèrent que par des détails minimes, ceux de sexe opposé diffèrent, non seulement par les attributs de leur sexe, mais par le système pileux, la finesse de la peau, la stature, le développement des muscles, du squelette, entin par le système nerveux révélant en eux une excitabilité et une manière de penser toute différente
Les circonstances qui décident du Sexe déterminent en même temps quels Déterminants deviendront actifs et quels resteront passifs dans les paires formées par les Déterminants doubles
' Il est inutile de supposer que ces Déterminants soient géminés, c'est-à-dire liés mécaniquement l'un à l'autre, car il ne leur est pas plus difficile de rester unis, qu'à ceux de deux cellules voisines. Par contre, on ne peut admettre qu'ils ne soient pas doubles et que chaque sexe ne possède que ceux correspondant à ses caractères propres. Lorsqu'une mère transmet sa voix de soprano à la fille de son fils doué d'une voix de basse, lorsqu'un père transmet sa barbe noire et épaisse au fils de sa fille qui peut être est blonde, il faut bien que ce fils à voix de basse et cette fille à duvet blond aient contenu à l'état passif les Déterminants opposés qu'ils ont transmis.
[Celaprouverait seulement qu'il a transmis quelques Ides qui étaient en minorité d'homodynamie chez lui, et sont devenus majorité chez la fille.]
2 Lorsque le Dimorphisme se traduitpar l'existence chez un sexe d'une partie qui, n'existe pas chez l'autre, ou par le développement beaucoup plus grand chez l'un d"une partie commune aux deux, les Dé-
terminants ne peuvent .s'opposer un à un comme dans le cas où une même partie revêt deux caractères différents. L'hypothèse des Déterminants doubles ne suffit plus. Il faut admettre que les Déterminants des deux organes s'opposent par groupe l'un à l'autre, en sorte que l'on a deux groupes inégaux dont un seul pourra entrer en activité. Lorsque, par exemple, on voit, chez un Crustacé, l'antenne du mâle beaucoup plus grande et tout autrement conformée que celle de la femelle, il faut admettre, dans le Plasma germinatif, deux groupes de Déterminants qui sont transportés à la fois au point où naîtra l'antenne dans la cellule mère de celle-ci, et que , là , l'un ou l'autre groupe est déposé dans quelque cellule de la base de l'antenne où il reste indéfiniment .sans servir à rien.
^ Le moment où se décide le sexe est variable. Chez le Phylloxéra, il précède la fécondation, l'œuf qui doit donner un mâle étant tout différent de celui qui donnera une femelle. Chez les Abeilles, c'est la fécondation qui le détermine, les œufs
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Au moment où la cellule mère des cellules germinativcs prend naissance, selon qu'elle reçoit un Déterminant ovogène ou spermatogène, la cellule somatique jumelle reçoit une disposition connexe qui détermine laquelle, de la partie mâle ou femelle des Déterminants doubles, sera active ou inactive ^
Enfin , dans le cas de Pohj^norphùme, la complication va encore plus loin. Certains cas ne sont que du Polymorphisme apparent mais d'autres sont bien réels et obligent à admettre une complication nouvelle.
Ainsi , chez les Abeilles , il y a évidemment des Déterminants doubles pour les mâles et les femelles. Mais ceux des femelles doivent être doubles de nouveau, car ces femelles peuvent être reines ou ouvrières. S'il n'y avait entre ces deux formes d'autres différences que celles des organes sexuels, on pourrait croire que leur évolution dépend du plus ou moins de nourriture accordé à la larve, d'autant plus que c'est la quantité de nourriture qui détermine l'état neutre ou sexué. Mais il y a des
lion fécondés étant mâles, les fécondés femelles. Mais, dans la plupart des cas, il ne se décide que plus tard. Nous ne savons pas ce qui le décide, mais nous pouvons avancer que tout ce qui dépend de lui se détermine en même temps que lui et ne résulte pas d'une action ultérieure du sexe sur l'organisme.
^ [Si les choses se passaient ainsi, il en résulterait que les cellules filles du blastomère jumeau de la cellule sexuelle mère seraient les seules à pouvoir présenter des différences sexuelles. Lors donc que la première division sépare une cellule ectodermique d'une endodermique, il en résulterait que l'un ou l'autre de ces tissus ne pourrait présenter de différences sexuelles.]
En tous cas, le sexe n'estpas héréditaire et une fille ne tient pas plus son sexe de sa mère que de son père, car la sexualité femelle est représentée aussi bien dans le Plasma germinatif mâle que dans celui de l'ovule, comme le prouve bien la transmission des particularités inhérentes au sexe de la mère, à la petite-fille, par l'intermédiaire du fils.
Certaines maladies dites de sang, qui se transmettent seulement à un sexe et
parfois par l'intermédiaire de l'autre, comme Y hémophilie (il en est de même de certains cas de polydactylie et autres affections similaires), s'expliquent aussi par des Déterminants doubles. Elles ne sont en somme que des caractères de dimorphisme sexuel accidentel. Lorsfju'un hémophile transmet sa maladie au fils de sa fille restée indemne, cela tient à ce que les Déterminants dont résulte la solidité des parois vasculaires, sont doubles et correspondent, les uns à une solidité normale, les autres à une fragilité pathologique. Ces derniers sont latents chez les filles; ils sont actifs chez les garçons.
2 Ainsi le Papilio Turnus (^f a, en Amérique, les ailes jaunes, et la 9 le^ a tantôt jaunes, tantôt noires. Mais comme les 9 à ailes noires ne se rencontrent que dans l'Amérique du Sud et celles à ailes jaunes que dans l'Amérique du Nord, il en résulte que l'on a là simplement deux races, l'une monomorphe, l'autre dimorphe. Si elles arrivaient à habiter le même pays, on les prendrait pour une race unique trimorphe.
Si les aussi étaient dimorphes, on aurait l'illusion d'une race quadrimorphe.
THÉORIE J)E WEISMANN. DÉTERMINANTS
difTérences dans presque toutes les parties du corps, le dard, les ailes, les brosses des pattes, les glandes de la cire, le cerveau, à instincts si différents, etc.; il faut donc, là encore, des Déterminants doubles, en sorte qu'il y a en tout trois Déterminants pour la plupart des caractères. Chez les Termites où les mâles sont, en outre, ouvriers ou soldats, les Déterminants triples ne suffisent plus, il en faut de quadruples.
D'ailleurs, comme chaque partie à déterminer a besoin d'un Déterminant complet, il faut se représenter ces Déterminants doubles, triples ou quadruples comme deux, trois, quatre Déterminants homologues mais hétérodynames et liés entre eux par une relation telle qu'un seul d'entre eux devient actif et maintient les autres en état d'inactivité ' .
Résumé. — En somme, le Bourgeonnement, la Régénération, la Reproduction par scission, le Dimorphisme et le Polymorphisme obligent à compliquer fortement la conception assez simple del'Idioplasmaquenous avons établie tout d'abord. Ils obligent à admettre : 1° que chez tous les animaux capables de se reproduire par scission ou bourgeonnement ou de régénérer quelqu'une de leurs parties, certaines cellules de l'organisme contiennent, outre les Déterminants dont elles ont besoin pour elles-mêmes, des Déterminants parfois très nombreux et très variés qui ne doivent entrer en activité qiî'à un moment donné ou dans des conditions particulières; 2° que lorsque les produits delà Scission, du Bourgeonnement ou de la Régénération sont tant soit peu différents des parties correspondantes de l'organisme primitif, dans le Plasma germinatif lui-même, doivent se trouver, à côté des Déterminants ordinaires, des Déterminants spéciaux pour les parties qui pourront avoir à se former plus tard ; 3° enfin que, chez tous les animaux, les parties qui ne sont pas identiques dans les deux sexes sont représentées dans le Plasma germinatif par des Déterminants doubles dont un reste à l'état latent
^ Certains cas de Dichogénie , chez les plantes, nécessitent aussi des Déterminants doubles. Ainsi pour les jeunes bourgeons du Thuja, il faut bien en admettre de tels. C'est un vrai dimorphisme d'éclairage. Mais d'autres cas que l'on rattache à la Dichogénie s'expliquent sans cela. Ainsi le Lierre pousse des racines du côté de l'ombre et des feuilles du côté de la lumière. Cela ne veut pas dire que les mêmes cellules qui donnent des racines à l'ombre donnent
des feuilles à la lumière, car les feuilles sont bien moins nombreuses que les racines. Cela veut dire seulement que la cellule terminale, en détachant d'elle les cellules qui contiennent en puissance soit les racines soit les feuilles, est influencée par la lumière et donne des Déterminants foliaires du côté éclairé et des Déterminants radiculaires du côté obscur.
^ Avant d'admettre une si grande complication de détails, on pourrait se de-
LES TUÉOKIES GÉNÉRALES.
Il reste maintenant à montrer comment la constitution du Plasma germinatif à laquelle nous sommes arrivés permet d'expliquer les grands phénomènes biologiques relatifs à la race et aux rapports entre la race et l'individu.
La Variation et ses causes. — Nous avons vu, dans la théorie des Essais (92i), que l'Amphimixie était une cause active de variation'. Mais elle ne peut cependant que combiner des variations déjà acquises, car les Ides des deux sexes ne se fusionnant pas dans la fécondation, a fortiori les Déterminants restent-ils indépendants et semblables dans l'œuf fécondé à ce qu'ils étaient chez les parents. Il faut pourtant que les Déterminants varient pour qu'une variation se produise. Donc la variation des caractères doit, en dernière analyse, reposer sur celle des Déterminants.
Celle-ci se produit de deux façons, d'abord parce que, dans leur multiplication, ils ne se reproduisent pas identiques à eux-mêmes; ensuite
mander s'il ne serait pas plus simple d'admettre simplement que tout Idioplasma contient les éléments nécessaires pour faire de sa cellule un élément quelconque et que ce sont les conditions extérieures et les influences de voisinage qui déterminent ce que celle-ci deviendra.
Mais divers faits l'empêchent d'admettre cette hypothèse.
Comment, s'il en était ainsi, un naevus delà joue droite passerait-il chez le fils à la joue du même côté. Les conditions extérieures et les influences de voisinage sont les mêmes pour les deux joues. D'autre part, on ne comprendrait pas que les faits de régénération soient aussi limités qu'ils le sont. Lorsqu'un œuf de Grenouille, réduit à un de ses deux premiers blastomères, produit une demilarve, tandis que, dans les mêmes conditions, un œuf d'Ascidie produit une larve entière, il faut bien qu'il y ait quelque chose de plus dans le blastomère restant chez l'Ascidie que chez la Grenouille et, comme toute propriété repose sur la matière, il faut bien qu'ilyaitquelque matière de plus dans l'œuf de l'Ascidie que dans celui de la Grenouille. Cette matière ce sont les Déterminants de remphicement.
' Hatscheck objecte que la Variation est un phénomène trop exceptionnel dans les espèces pour reposer sur une fonction permanente comme l'Amphimixie. Mais l'Amphimixie n'a pas pour fonction (jue de produire des variations. Elle a aussi pour effet de modérer les effets de la Variation individuelle et de maintenir la fixité de l'espèce en lui donnant une certaine inertie. Les effets que nous constatons demandent, pour être expli(jués, à la fois une source très riche de variation et une utilisation modérée de ces richesses.
C'est bien ce qui résulte de la théorie.
Les Biophores et les Déterminants sont en voie continuelle de variation, mais l'espèce ne subit pas d'oscillations correspondantes, car ces changements ne se réalisent que lorsqu'ils ont atteint dans le Soma, avec ou sans le secours de l'Amphimixie et de la division réductrice, la majorité des Déterminants. La plupart de ces variations sont supprimées par un mouvement nutritif inverse ou noyées dans la masse; elles ne se manifestent que si elles atteignent la majorité et . parmi celles qui y arrivent, celles-là seules sont conservées (pie protège la Sélection.
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMINANTS
parce qu'ils sont sensibles, dans une certaine mesure, aux modifications des conditions ambiantes.
Supposons qu'un Déterminant soit unique de son espèce dans un Plasma germinatif. Il passera unique à travers des stades plus ou moins nombreux de l'ontogénèse jusqu'à la cellule mère des cellules sexuelles; mais, à partir de là, il se multipliera à chaque division et, pour être représenté une fois dans chacune des innombrables cellules sexuelles du produit, il a fallu qu'il se reproduisit un nombre énorme de fois. Or, pendant toutes ces reproductions par scission, il est presque impossible qu'il soit resté identique à lui-même. Tel Biophore aura rencontré des conditions plus favorables dans telle cellule, plus fâcheuses dans telle autre ; ici il n'aura pu se diviser, là il se sera multiplié avec plus de force , en sorte que, finalement, ce Déterminant se trouvera, dans les diverses cellules sexuelles, avec des caractères quelque peu différents.
D'autre part, supposons qu'un ensemble de conditions extérieures soit capable de modifier un caractère somatique, comme le prouvent de nombreux faits, ces mêmes conditions auront une action semblable sur les Déterminants du Plasma germinatif.
Déjà, dans la théorie des Essais (92,), nous avions indiqué ce fait, mais l'explication un peu vague donnée alors devient, dans la théoi'ie nouvelle, absolument claire et précise; elle prend corps et s'impose presque comme une nécessité.
Lorsqu'un ensemble de conditions extérieures modifie un organe, c'est en agissant sur ses Déterminants. Cela prouve donc que ces conditions sont capables d'influencer les Déterminants contenus dans les cellules de cet organe de manière à provoquer la modification observée. Mais des Déterminants identiques existent dans le Plasma germinatif des cellules sexuelles qui donneront naissance aux produits de cet individu. Ces Déterminants , soumis aux mêmes conditions extérieures, subiront la même modification, et cette modification imprimée au Plasma germinatif est, par cela même héréditaire. En somme, cela revient à montrer que les circonstances capables d'imprimer une modification au Soma impriment nécessairement une modification identique au Plasma germinatif. Lorsqu'on se représente le Plasma germinatif, comme dans toutes les autres théories, y compris celle des Essais, comme essentiellement différent du Soma, il est impossible de comprendre que le Plasma germinatif et le Soma puissent recevoir d'un même changement dans les conditions extérieures des modifications parallèles; mais dès qu'on admet que le
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Plasma germinatif est composé des mômes Déterminants qui donnent à l'organe son caractère, il devient évident que, si ces Déterminants sont modifiés d'une certaine façon dans le Sonia, ils seront modifiés de la même façon dans le Plasma germinatif, puisqu'ils ne diffèrent en rien d'essentiel dans ces deux parties. D'ailleurs, en raison de sa situation profonde, l'Idioplasma ne subit l'influence des conditions modificatives qu'à un degré fort affaibli, et cela explique pourquoi les variations ainsi acquises ne sont que lentement et faiblement héréditaires. Ainsi l'hypothèse d'une réaction du Soma sur le Plasma germinatif devient superflue '.
' Un exemple frappant à l'appui de cette idée est fourni par l'étude des variations des Polyommatus Phlœas.
[Le cas du Polyommatus Phlœns est si remarquable et donne une notion si claire de la manière dont Weismann débrouille les difficultés de cet ordre qu'il mérite d'être cité en entier bien qu'il soit un peu long.
'Le Polyommatus Phlœas est un Papillon de la famille des Lycœnides qui habite à la fois les pays chauds (Asie, etc.) les pays tempérés (Allemagne, etc.) et la région intermédiaire (Grèce, etc.). Partout il a deux générations par an, une de printemps et une d'automne. En Allemagne, les deux générations ont les ailes rouges ; dans les pays chauds, elles le sont l'une et l'autre fortement tachées de noir; dans la région méditerrannéene, la génération de printemps les a rouges, celle d'automne tachées de noir. En Allemagne, dans les étés très chauds , surtout dans certaines vallées abritées, la génération d'automne présente aussi des taches noires. J"ai fait incuber des pupes allemandes à une forte chaleur et des pupes de Grèce à une température fraîche. Les premières ont donné des papillons tachés de noir mais bien moins que dans les pays chauds, les dernières ont donné des papillons plus clairs que ceux de Grèce mais bien plus foncés que ceux d'Allemagne, et ces résultats ont été trop nets pour que la différence soit imputable à l'imperfection de l'expérience. Donc il est démontré que les variétés sont foncière-
ment différentes et que ce n'est pas l'action directe de la chaleur sur l'incubation de la pupe qui, en une seule génération, produit les taches noires. Donc il a fallu que les résultats s'accumulassent pendant plusieurs générations et cela semble prouver l'hérédité du caractère somatique.
Eh bien il n'en est rien et la" théorie expli(|ue si nettement les faits qu'il y a là. au contraire, une preuve en sa faveur.
L'espèce est regardée par les entomologistes comme ayant habité le Nord avant l'époque glaciaire et s'étant répandue de là dans les contrées plus méridionales. Elle avait donc les ailes rouges à l'origine. L'expérience faite sur les pupes a montré que l'action de la chaleur pendant l'incubation déterminait des taches noires. Il y a donc une action directe sur les ailes. Mais ce n'est pas une action directe dans le genre d'une modification chimique de la couleur, car si la chaleur n'agit que pendant le développement des ailes, elle n'a pas d'action. Son effet ne se produit que si elle est appliquée quand les ailes ne sont pas encore formées. Elle agit donc sur les Déterminants de ces ailes pendant leur évolution.
Mais des Déterminants identi(pies existent aussi dans le Plasma germinatif des cellules sexuelles, et la même cause qui agit sur les Biophores des Déterminants de l'aile en voie de développement de manière à provoquer la formation d'é-
THÉORIE DE WEISMANN. —
DÉTERMINANTS
Il résulte de là que les seuls cas avérés de prétendue hérédité des caractères acquis (ceux causés par les conditions de vie) s'expliquent par un tout autre moyen que cette hérédité au sens où on la comprend d'ordinaire. Quant aux autres cas qui hii sont attribués , ils ne sont pas plus démontrés aujourd'hui qu'ils ne l'étaient au moment où ils ont été réfutés dans les Essais.
Majoration d\m caractère. — Lorsqu'un mâle et une femelle présentent un certain caractère a au degré 2 a, il semblerait au premier abord que le produit doit avoir ce caractère au degré 4 a. Mais, si l'on approfondit la chose, on voit que, grâce à la division réductrice le produit aura en moyenne ce caractère au degré i (2 « h- 2 «) = 2 a. Cependant l'observation de tous les jours nous montre que ni l'une ni l'autre de ces conclusions
cailles noires, doit agir de la même façon sur les Biophores correspondants du Plasma germinatif. Ainsi, à la génération suivante, avant toute action de la chaleur sur l'aile, il y aura quelque chose de fait.
Ainsi s'expliquent les effets cumulatifs sans recourir à une réaction du Soma sur le Plasma germinatif. Mais, à mesure que les Déterminants du Plasma germinatif répondent à l'action de la chaleur, ils deviennent plus lents à y répondre ; au bout d'un certain temps, l'action est épuisée et il faut le complément de l'action de la chaleur sur les Déterminants de l'aile en formation pour que le résultat soit obtenu. C'est pour cela, que les pupes incubées au frais ont produit des papillons à ailes plus claires. C'est pour cela, cj[ue l'éclosion de printemps a les ailes rouges et celle d'automne les ailes tachées de noir dans les pays tempérés. Tout dépend du nombre des Déterminants modifiés dans le Plasma germinatif et du degré où ils sont atteints. Dans la variété grec- (|ue, l'action de la chaleur n'est complète sur aucun Déterminant, aussi l'éclosion de printemps n'a-t-elle pas de taches noires, mais, comme il ne manque que peu à bon nombre d'entre eux pour que la détermination noire triomphe, l'action de la chaleur pendant l'incubation, quand
ces Déterminants ont passé dans le rudiment de l'aile, suffit pour compléter le résultat.
L'action sur les Déterminants de l'aile est beaucoup plus forte que sur ceux du Plasma germinatif. Il faut qu'il en soit ainsi, sinon on ne pourrait avoir en Grèce une variété de printemps sans taches noires, car l'addition ou la soustraction de la chaleur d'une seule saison sur le nombre immense qui a été nécessaire à travers tant de générations pour arriver au résultat voulu serait négligeable si toutes ces actions étaient égales. La chose se comprend, au contraire, très bien si l'action sur les Déterminants, dans l'aile en voiededéveloppèment, est chaque fois une fraction notable de l'action totale. Or cette différence est facile à concevoir, car les Déterminants sont plus mûrs et plus dégagés de liaisons gênantes dans l'aile que dans le Plasma germinatif. Les différences de cet ordre sont bien réelles, car l'action de la chaleur sur la couleur de l'aile est toute différente selon qu'on l'applique sur la pupe à tel ou tel moment du développement de l'aile. Chez la Vanessa levana-prorsa , tout l'effet est obtenu par Tapplication à un moment précis; et, appliquée même plus longtemps, après ou avant le moment criticjue, la chaleur a des effets très diminués.
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n'est juste. Le caractère n'est, dans le produit, ni au même degré que chez les parents ni à un degré double. Il est augmenté dans une proportion faible et très variable. Pour se rendre compte de ce qui doit se passer, prenons un exemple. Supposons un Papillon qui ait normalement une tache noire sur des ailes rouges et supposons que, chez un màle et une femelle, cette tache soit blanche. Il n'y a aucune raison pour que le produit ait cette tache blanche plus large, car les Déterminants de la région voisine n'ont aucune raison d'être modifiés. Si, au contraire, ces taches sont, dans le père et dans lanière, à deux places différentes, le produit pourra posséder une tache double d'un blanc plus ou moins rabattu de gris.
La cause vraiment efficace de la majoration des caractères, c'est l'action continue des conditions extérieures. Cette action, s'exerçant à chaque génération sur les Déterminants du Plasma germinatif, finit par les modifier complètement et faire apparaître un caractère nouveau, comme nous l'avons expliqué dans l'exemple du Polyommatus'.
D'ailleurs, la modification ne s'exprime pas dans le Soma au fur et à mesure qu'elle progresse dans le Plasma germinatif et proportionnellement, car nous avons montré qu'un caractère ne s'exprimait que lorsqu'il affectait les Déterminants correspondants dans la majorité des Ides du Plasma germinatif. Or les Déterminants ne sont pas identiques dans toutes les Ides ; ils sont tous homologues, mais ne sont homodynames que par groupes. Lorsque l'action modificatrice commence à s'exercer, elle se fait sentir d'abord sur les Déterminants les plus sensibles, puis peu à peu, par sa persistance, elle finit par atteindre ceux qui sont moins excitables, puis ceux qui sont encore un peu plus réfractaires, en sorte qu'elle n'aura modifié la majorité requise qu'après un nombre plus ou moins long de générations, et alors seulement le caractère s'exprimera dans le Soma.
Les variations fortes et rapides produites par certaines conditions de culture s'expliquent j)ar le fait que ces conditions sont appliquées par l'homme avec beaucoup plus d'intensité que par la nature.
Paralh'-lhme <U lOntoyénèse et de la Phijlogénèse. — Lorsqu'une espèce se forme par modification d'une autre, elle diffère d'elle par les caractères de certains Déterminants seulement. Les Plasmas germina tifs des individus de ces deux espèces sont bien différents dans l'œuf niênie, mais, tant que
' Elle s'exerce aussi bien sur le nombre (jue sur la qualité des Déterminants.
Ainsi un organe pourra aussi bien grandir ou se multiplier par le fait que ses
Déterminants auront reçu une impulsion dans leur activité reproductrice , que revêtir un caractère nouveau par le fait qu'ils auront été modifiés !
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DÉTERMINANTS
les Déterminants correspondant aux caractères différentiels ne sont pas arrivés dans leurs cellules définitives, ils sont transmis de cellule en cellule, sans exercer aucune influence sur la foi'me des divers stades embryonnaires. Il est donc naturel que ces stades embryonnaires restent identiques jusqu'au moment où se dessine le caractère différentiel. A mesure que les espèces divergent, leurs caractères différentiels s'accentuent et remontent plus loin, mais toujours leur ontogénèse reste identique jusqu'au stade où les Déterminants des caractères différentiels entrent eu activité
Condensation du développement. — A mesure qu'une espèce acquiert un perfectionnement nouveau, un stade correspondant à la formation de ce perfectionnement s'ajoute à son ontogénèse et celle-ci s'allonge par son extrémité terminale. Mais, en même temps, elle peut se raccourcir dans ses stades moins avancés par le seul fait que la différenciation marche plus vite que la multiplication des cellules, en sorte que celle-ci ne peut suivre celle-là. Alors un stade se trouve sauté par le fait que la division suivante reçoit les Ides à un deg-ré de différenciation identique à ce qu'il serait si ce stade avait eu lieu".
Corrélation de croissance. — Les faits de corrélation de croissance qui reposent sur des nécessités physiologiques, comme la longueur des pattes et du cou chez la Girafe, les bois et les apophyses épineuses cervicales chez le Cerf, s'expliquent d'elles-mêmes par le fait que la variation qui a produit l'une aurait été supprimée par la Sélection si celle qui a produit l'autre ne s'était manifestée en temps utile. Mais les corrélations indépendantes, comme la surdité des Chats à yeux bleus (Darwin), ne sont pas aussi claires. Elles s'expliquent, dans la théorie, par le fait que deux organes éloignés et indépendants de l'adulte peuvent avoir leurs Déterminants rapprochés dans le Plasma germinatif, et ces Déterminants
' [Une explication semblable a déjà été fournie par Darwin et par N.e-
GELI.]
- [Cela souffre une objection, car la- différenciation des Ides repose sur la division longitudinale. Or on ne voit pas de division longitudinale non accompagnée de division cellulaire. '
[De plus, soient A, B, C trois stades successifs. Supposons que A ait n cellules, que B en ait 2re et C An. Si B est sauté, G n'a plus que 2n cellules : il ne peut donc être identique à
ce qu"il aurait été si B avait existé.
[Mais , dira Weismann , il pourra n"en différer que par le fait que les groupes identiques seront représentés chacun par un nombre moitié moindre de cellules.
Pour que, dans C, autant de différenciations soient exprimées que si B avait eu lieu, il faudrait que la division de A en B eût été homogène , c'est-à-dire que B n'eût différé de A que par le nombre des cellules, ce qui est insuffisant pour expliquer la disparition d'un vrai stade.]
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peuvent avoir subi ensemble un accroissement nutritif ou une détoriation ou modification quelconque.
Atavisme. — La Réversion vers un parent peu éloigné a été expliquée à l'occasion delà détermination du produit. Il faut expliquer maintenant l'Atavisme, c'est-à-dire la réversion vers un ancêtre très éloigné.
La première condition pour qu'un Cfiractère ancestral reparaisse, c'est que Fancêtre en question soit encore représenté dans le Plasma germinatif. Or il semblerait que cela ne peut avoir lieu. En effet, lorsqu'une espèce se forme par transformation d'une autre, les Déterminants des nouveaux caractères ne se rencontrent pas tout de suite dans toutes les Ides. Nous avons vu qu'un petit nombre d'Ides d'abord revêt les caractères nouveaux et que ce caractère ne s'exprime que lorsque la moitié des Ides a été transformée. A partir de ce moment, la Sélection intervient et conserve toujours les individus qui ont le plus d'Ides transformées , en sorte que le nombre des Ides transformées s'accroît rapidement. Mais l'action sélective a une limite. Lorsque les Ides anciennes sont en minorité assez faible pour n'avoir plus d'influence sur la détermination du produit, celui-ci devient indépendant du nombre d'Ides anciennes restant dans son Plasma germinalif, et la Sélection cesse d'agir. A partir de ce moment, le nombre des Ides anciennes diminue beaucoup plus lentement , et seulement selon les hasards de la division réductrice. A la longue, elles doivent finir par disparaître toutes, mais il n'est pas impossible qu'il en reste pendant longtemps, un nombre plus ou moins grand selon les individus , que le hasard a laissées là. Or ce petit groupe peut aussi bien se trouver favorisé, pendant quelques générations, parla division réductrice qui les respectera et, s'il arrive qu'un mâle et une femelle chez lesquels les Déterminants anciens se trouvent avoir été portés à 1/4 du nombre total, se rapprochent, ce nombre deviendra 1/2 et le caractère ancestral pourra s'exprimer. Les hasards d'une multiplication plus avantageuse peuvent intervenir aussi.
C'est ainsi que peuvent reparaître les trois doigts de l'Hipparion chez le Cheval, des mamelles multiples chez l'Homme, des individus à fleurs régulières dans des espèces irrégulières
^ Darwin cite le cas suivant : une Gueule de Lion {Antirhimum majus) ordinaire, c'est-à-dire irrégulière, donna un jour une fleur régulière. La graine de cette fleur, fécondée par elle-même et en-
semencée, donna IG pieds iows composés de fleurs régulières. Ceux-ci, fécondés par des fleurs irrégulières, firent tous retour à la forme irrégulière sauf que, parfois, lepetit rudiment de la5^étamine était un ])eu plus,
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DÉTERMINANTS
Même chez les animaux parthénogénétiques des faits d'atavisme peuvent se produire. Ici c'est la division réductrice du globule polaire unique qui fait le triage et donne la majorité à des Ides ancestrales provenant
ou même complètement développé. Les fleurs ainsi obtenues, abandonnées à ellesmêmes, se fécondèrent entre elles et il en résulta environ deux fois plus d'irrégulières que de régulières, et celles-ci étaient toutes incomplètement régulières. Tout cela est aisé à expliquer dans la théorie. La forme régulière est sûrement ancestrale.
Les Déterminants de la régularité se sont trouvés par hasard amenés à devenir majorité dans un cas exceptionnel, d'où la première fleur régulière observée. Celle-ci, fécondée par elle-même, donna naturellement des fleurs semblables à elle. Mais il est singulier que foiis ses produits aient été réguliers et certainement si l'expérience avait porté sur plus de 16, il s'en .serait trouvé que la division réductrice aurait ramenés à l'irrégularité. Quant au fait que tous les produits du croisement de ces 16 fleurs avec des fleurs irrégulières furent tous irréguliers, il résulte de ce que tous les Déterminants de la régularité étaient en faible majorité dans ces fleurs , et que cette faible majorité est devenue minorité après l'apport du contingent de déterminants irréguliers amenés par Tamphimixie.
[Qu'est-ce que ces Déterminants de la régularité ancestrale n'apportant pas leurs autres caractères ancestraux? Cela ne peut s'expliquer que si l'on admet que cette fleur régulière était identique à l'ancêtre régulier.]
Un phénomène semblable peut se produire chez les plantes .sans le secours de l'Amphimixie. C'est ainsi qu'on a vu un Acernegtindo panaché produire un rameau vert. Ici le hasard de la répartition des Déterminants entre les filles de la cellule terminale joue le rôle de la division réductrice dans la reproduction sexuelle.
Cet Acer negundo panaché descendait de l'espèce verte, il contenait donc des
Déterminants verts, peut-être en minorité importante. Lorsque la cellule terminale du rameau panaché s'est divisée pour donner la cellule terminale du rameau vert, celleci s'est trouvée recevoir une majorité de déterminants verts.
[S'il en est ainsi, la branche dont le rameau vert est né a dû se montrer notablement plus panachée. Cela est forcé. Or, cela n'a sans doute pas eu lieu, sans quoi l'auteur n'eût pas manqué de faire valoir un si bon argument.]
La reproduction par graine des variétés nées capricieusement sur un rameau d'une plante normale est difficile à obtenir. Les Frênes pleureurs donnent toujours, par leurs graines, des Frênes ordinaires. Une seule fois un d'entre eux a donné des graines dont quelques-unes ont reproduit la variété pleureur. Cela s'explique aisément en se reportant à la manière dont les choses se passent d'après la théorie. Lorsc^ue le premier rameau de la variété pleureur s'est montré sur un Frêne ordinaire , cela est provenu de ce que les Déterminants de cette forme se sont répartis inégalement entre les deux filles d'une cellule terminale, en sorte que ces Déterminants se sont trouvés en majorité dans la cellule terminale d'un rameau latéral. Mais cette répartition inégale n'a porté que sur le Plasma qui devait immédiatement continuer à se diviser pour former le Soma. Le Plasma germinatif de réserve destiné aux cellules germinatives du rameau a été transmis intégralement, en sorte qu'il n"y avait aucune raison pour ([ue les produits des graines de ce rameau fussent de la variété nouvelle. Il a fallu les nouveaux hasards d'une division réductrice et d'une amphimixie favorables pour que la variété apparaisse de nouveau.
[S'il en était vraiment ainsi, il n'y aurait même aucune raison de comprendre
LES THÉORIES GÉNÉRALES
de l'époque où la reproduction était sexuelle dans l'espèce. Toujours, en effet, la parthénogénèse est secondaire.
Tératogéaèse. — Par contre, certains faits que l'on rattache à tort à un atavisme extrêmement lointain et qui appaiiiennent en réalité à la Tératolog-ie s'expliquent très aisément d'une toute autre manière. Ainsi l'hexadactylie de l'Homme ne peut provenir de la réversion vers l'ancêtre hexadactyle hypothétique des Mammifères, car on ne saurait admettre que des Ides anciennes aient pu rester dans le Plasma germinatif après un nombre aussi formidable de divisions réductrices. D'ailleurs ce doigt supplémentaire ne porte pas la griffe dont étaienl armés sans doute les doigts de cet ancêtre. La chose s'explique tout simplement en admettant que certains g-roupes de Déterminants, favorisés par une nutrition exceptionnelle, peuvent se doubler et provoquer la formation d'un organe double,
Phrnomènes présentés par les Hybrides ^. Variabilité extrême de ces êtres. — On sait que lorsqu'on féconde une espèce A par une espèce B les produits sont d'ordinaire exactement intermédiaires entre A et B. Mais, si on allie les produits Pj entre eux, aussitôt apparaît une grande diversité dans les produits Po. Quelques-uns rappellent A, d'autres B, absolument ou partiellement, et les autres présentent tous les degrés "intermédiaires possibles.
Si on allie les produits P, avec A, le type moyen des produits se rapproche de A, mais il y a encore une grande variété et certains des produits pourront reproduire encore tous les caractères de B. Si l'on continue ces croisements des produits toujours avec A, on peut rapprocher autant que l'on veut le produit moyen de l'espèce A, mais on ne peut empêcher une grande variabilité et un retour parfois surprenant vers l'espèce B
La théorie rend cela très clair.
Il se produit là , pour les caractères spécifiques, à peu près ce que nous avons vu se produire pour les caractères individuels dans les races pures,
pourquoi cette variété ciurait reparu plutôt par les graines de la variété semblable que par celles de la plante normale.] ' [Nous laisserons de côté la distinction ici sans importance entre Hybride et Métis, car les phénomènes ont la même cause dans les deux sortes de produits de croisement.]
^ Dire avec Liebscher qu'il se produit, dans ces cas, un relâchement de la structure du Plasma germinatif, ou avec Yines ({u'il se produit une combinaison tout à fait libre des tendances héréditaires, c'est se payer de mots, c'est fournir une explication (|ui demande elle-même à être expliquée.
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMINANTS
avec cette différence que tous les Déterminants des Ides d'une espèce sont homodynanies sous le rapport du caractère spécifique. Le produit AxB est forcément intermédi,aire à A et à B puisqu'il contient autant du Plasma germinatif de l un que de l'autre et il n'y a aucune raison pour qu'une grande variabilité se montre dans cette première génération. Dans les produits Pi,la cellule germinative non mûre contient autant de Plasma germinatif de A que de B. Supposons, pour fixer les idées, que les espèces A et B aient 16 Idanfes. Les cellules germinatives non mûres de Pi contiendront 8A + 8B. Au moment de la division réductrice, il pourra rester de 0AH-8B à 8A-hOB avec toutes les combinaisons intermédiaires possibles. Si (0A-+-8B) Q s'unit à (0A-j-8B) çj^, le produit 16 B sera identique à l'espèce B; si (8AH-0B) 9 s'unit à (8A-f-0B) çf, il sera identique à A. Ce sont là les cas extrêmes, et toutes les combinaisons intermédiaires, qui donneraient naissance à des produits à caractères intermédiaires, s'expliquent non moins aisément. Or, comme il n'y a aucune raison pour qu'une combinaison soit plus fréquente que les autres, la variabilité des produits Pi se trouve expliquée. Il en sera de même tant qu'on mariera ces produits entre eux.
Si maintenant on unit le produit A dont la cellule sexuelle mère a pour formule en Idantes Pi = 8 A à 8B avec l'espèce A dont la formule est 8 A, les constitutions extrêmes des produits seront 8A-h8A = 16A et 8A-f-8B. Donc les produits Po pourront ressembler exclusivement à A, mais non à B. Les plus semblables à B auront seulement la moitié des caractères de B (à supposer, ce qui n'est pas toujours exact, que les caractères soient toujours proportionnels au nombre des Déterminants de chaque espèce et à lui seul). Mais, entre ces deux extrêmes, toute combinaison a autant de chances de se produire que n'importe quelle autre , d'où la variabilité. Ces formules extrêmes 16 A et 8A-I-8B restent d'ailleurs les mêmes indéfiniment tant que l'on continue à allier les produits P,, Pg... Pn à l'espèce A, car le produit P„, qui a pour formule 8A-h8B peut à la n" génération devenir 8B par la division réductrice et, uni à 8 A, il sera encore 8A -I-8B à la {n -h D" génération. Mais le type moyen se rapprochera sans cesse de A et les chances pour qu'un produit 8AH-8B se réalisent iront en diminuant sans cesse'.
Atavisme chez- les Hybtndes — Les phénomènes d'Atavisme sont
' [La règle de Focke, ([ue les caractères difficilement son explication dans la théose juxtaposent chez les Métis, tandis qu'ils rie; or cette règle, sans être absolue, se se fusionnent chez les Hybrides, trouverait vérifie souvent.]
LES THÉORIES GÉNÉRALES
beaucoup plus fréquents et accentués chez les Hybrides que dans les produits de race pure. Ainsi l'Ane et le Cheval descendent d'ancêtres rayés. On observe parfois, surtout sur les épaules et chez les individus gris, mais bien rarement, quelque indice de cette rayure ancestrale. Mais chez les Mulets elle est bien plus fréquente. Cela s'explique aisément.
Chez le Cheval ou l'Ane, les Déterminants du pelage zébré doivent arriver à la majorité absolue pour déterminer un pelage zébré dans le produit. Or, comme ils sont peu nombreux, épars dans quelques rares Ides ancestrales, il faut qu'ils soient singulièrement avantagés par la nutrition, la division réductrice et l'Amphimixie pour arriver à devenir égaux en nombre à ceux de toutes les autres Ides réunies, même pour un point restreint du corps. Dans le Mulet, au contraire, les Déterminants du pelage ne sont pas tous homodynames, la moitié vient du Cheval, la moitié de l'Ane; ils forment donc deux groupes héterodynames entre eux, luttant chacun pour leur compte contre les Déterminants zébrés ancestraux. Ici donc, les Déterminants ataviques homodynames de la zébrure n'ont qu'à atteindre la majorité relative de 1/3 pour l'emporter sur les autres et exprimer leur caractère dans le produit'.
Dans les cas où deux croisements successifs sont possibles, la majorité relative tombera à 1/5 et l'Atavisme sera encore plus facile. Cela s'observe pour le retour des Pigeons à la couleur ardoisée du Bizet^.
Hi/brides de greffe. — Les cas bien connus dont le Cytims Adami est
' [Darwin avait proposé avant Weismann une explication toute semblable où les termes sont changés (V. p. 543, note )].
2 Mais voici un cas plus difficile. Les produits de croisement du Datura ferox et du D. lœvis, l'un et l'autre à fleurs blanches, ont toujours des fleurs bleues.
Les Datura ayant souvent des fleurs bleues, il est très admissible que le D. ferox et le D. lœvis descendent d'ancêtres à fleurs bleues. D'autre part, l'ancienneté de ces espèces n'est peut-être pas bien grande et il est possible qu'elles aient conservé, non seulement dans quelques Ides, mais dans plusieurs Idantes entiers, les Déterminants bleus de l'espèce souche. Supposons que sur seize Idantes de Datura ferox et Ut'vis, il y en ait dix à
Déterminants blancs et sixàDéterminants bleus de l'espèce souche, cela suffira pour que la couleur blanche soit exprimée.
Après la division réductrice, il y en aura trois bleus et cinq blancs. Le produit hybride contiendra 3 + 3=6 Idantes à Déterminants bleus de l'espèce souche, 5 Idantes à Déterminants blancs du D. ferox et 5 à Déterminants blancs du D. Lœvis. Or ces deux groupes de cin<i, bien que blancs l'un et l'autre,, ne sont pas homodynames , car dans les cellules ils ne déterminent pas la couleur seulement, mais les autres caractères qui sont différents dans les deux espèces. Les 6 Idantes à Déterminants bleus auront donc la majorité relative et la couleur bleue s'exprimera dans le produit.
THÉORIE DE WEISMANN
— DÉTERMIXANTS.
le type, étant très exceptionnels, on a le droit cVinvoquer des faits exceptionnels pour les expliquer.
Nous admettrons qu'au poirit de soudure, deux cellules cambiales appartenant, l'une au Porte-greffe, l'autre au Gretfon, se sont soudées et fusionnées, et que cette cellule mixte a été le point de départ d'un bourgeon hybride'. Le rameau nouveau a bien eu les Plasmas nécessaires pour former des fleurs panachées, mais cela ne suffît pas pour expliquer l'extraordinaire différence des fleurs entre elles. De la proportion des Déterminants a pu résulter un certain état panaché d'une fleur, mais toutes les autres fleurs devraient être semblables, comme c'est le cas pour les Hybrides ordinaires. 11 faut donc quelque chose de plus , il faut que chaque cellule, en se divisant, au lieu de donner à chaque cellule fille une moitié de chaque Idante fendu longitudinalement, puisse donner à l'une et à l'autre une combinaison quelconque des Idantes des parents.
Or cette faculté tout à fait opposée aux faifs ordinaires peut résulter de ceci : La fusion des deux cellules cambiales n'a pas été précédée d'une division réductrice, en sorte que le Cytisus Adami doit contenir un nombre d'Idantes double de celui des espèces mères ^ ; or l'appareil des centrosomes et du fuseau, n'étant pas approprié à ce nombre double d'Idantes, peut ne pas se trouver en état de produire une division rég ulière, et cela suffit pour expliquer l'irrégularité constatée.
Quant aux faits de Xenie et de Télégonie, on pourrait peut-être leur trouver quelque explication, mais ils sont trop mal démontrés pour que la théorie ait à en tenir compte.
Ainsi tout s'explique, non seulement les caractères individuels normaux, non seulement les faits de l'ontogénie, non seulement la biologie des espèces et tous les phénomènes compliqués qu'elles présentent dans leur évolution naturelle et dans leurs croisements, mais encore les faits rares et exceptionnels.
Cette facilité à rendre compte de tous les phénomènes n'est-elle pas la meilleure preuve que l'on puisse fournir à l'appui d'une théorie nouvelle, tant que la technique est encore impuissante à donner les preuves directes de son exactitude ? ,
* [C'est Strasburger (94) (V. p. 36) qui, - Il y a là un moyen de vérifier si Thyle premier, a imaginé cette explication.] pothèse est vraie.
THÉORIES DE l'hÉRÉDITÉ, 45
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Critique.
Dans aucun des articles qui composent ses Essais, Weismann ne s'était préoccupé de la structure intime du Plasma germinatif. Pour lui la question alors n'était pas mûre.
Sa seule hypothèse à ce sujet est que le Plasma germinatif est composé de Plasmas ancestraux distincts dont les uns sont rejetés par la division réductrice, tandis que les autres sont conservés et combinés dans la fécondation. Mais il ne s'était pas demandé sous quelle forme ils étaient représentés; ils n'étaient pour lui rien autre chose que le substratum matériel indéterminé des tendances héréditaires, léguées par les ancêtres sous la forme d'une parcelle de leur propre Plasma germinatif. Cependant, il s'était pénétré peu à peu de la conviction que sa théorie ne serait vraiment forte que lorsqu'elle s'appuierait sur la constitution intime de ce Plasma, constitution hypothétique forcément, mais du moins vraisemblable et sans contradiction avec les faits, aujourd'hui bien minutieux, que nous ont fait connaître l'histologie et l'embryogénie sur la structure intime et sur les fonctions vitales de la cellule et de son noyau.
Le résultat auquel il est arrivé dans cette recherche spéculative n'est pas foncièrement original. Il n'a point découvert de principe nouveau, point fait surgir une de ces conceptions qui n'ont rien de commun avec celles des autres théories. Il est facile de se convaincre qu'il a emprunté à Darwin ses Gemmules, à Naegeli ses facteurs de propriétés éléinenlaires, à de Vries sa migration intracellulaire des Pangènes et à sa propre théorie primitive ses Plasmas ancestraux. Môme l'idée première du Plasma germinatif et de sa Continuité lui vient deNussbaum etde Jseger. Mais il faut reconnaître, par contre, qu'il a admirablement combiné ces conceptions éparses,les a complétées l'une par l'autre, leur a ajouté bien des vues nouvelles, en a tiré bien des résultats inattendus et en a fait, en somme, le faisceau le plus solide qui ait encore été présenté comme théorie de l'Hérédité.
En disant que Weismann a emprunté à divers auteurs les éléments d'une théorie qu'il présente comme sienne, nous ne voulons insinuer rien de malveillant à son égard. Il a pu s'inspirer inconsciemment de ses souvenirs; il a pu même se rencontrer avec d'autres en suivant sa voie propre : il a certes assez d'imagination et d'ingéniosité pour avoir trouvé sans aide toutes ses hypothèses. Nous ne faisons que juger la théorie en
THÉORIE DE WEISMANN. DÉTERMINANTS
elle-même et discuter ses affinités. Or, en nous plaçant à ce point de vue, il est facile de tlémontrer ce que nous avons avancé.
Les Biopliores ne diffèrent' en rien des Pangf'nes. Ils ont les mêmes propriétés générales : nutrition, accroissement, reproduction par division, et les mêmes propriétés particulières en tant que facteurs des caractères élémentaires. Comme eux, ils habitent dans la cellule et n'en sortent pas, sont en grand nombre et à l'état latent dans le noyau, en petit nombre et à l'état actif dans le cytoplasma qu'ils servent à déterminer; comme les Pangènes, ils sont d'abord tous contenus dans le noyau et se transmettent de cellule en cellule par le noyau ; et, dans chaque cellule, il en sort par des trous de la membrane nucléaire, précisément le lot nécessaire à la détermination du cytoplasma. Ils en diffèrent, comme le fait remarquer Weismann, en ce qu'ils sont partie intégrante d'unités d'ordre plus élevé. Mais c'est là une différence toute secondaire, qui porte sur ces unités supérieures plutôt que sur leurs éléments. Par lesPangènes, les Biophores se rattachent aux Facteurs micelliens de NcEgeli.
Les /)6'7e/'m2/ian^.s correspondent aux Gemmules de Darwin. Comme elles, ils représentent les cellules individuellement et, comme elles, sont les facteurs de leurs propriétés concrètes. Ils en diffèrent en ce qu'ils ne sortent pas des cellules et passent de l'une à l'autre par division. Mais cette faculté de circulation n'est pas inhérente aux Gemmules, et Galton a pu établir toute une théorie où les Gemmules sont conservées mais privées de cette propriété invraisemblable. Ce qui est caractéristique, pour elles, c'est qu'elles représentent non des propriétés élémentaires, non des caractères abstraits, mais des parties matérielles, les cellules, avec leurs caractères concrets : c'est aussi le cas pour les Déterminants.
Enfin Weismann lui-même présente ses Ides comme étant les Plasmas ancestraux de sa première théorie.
Mais la manière dont ces unités . se combinent en groupes hiérarchisés est tout entière de lui et elle est aussi ingénieuse que fertile en résultats.
Grâce à cette constitution composite, les unités de Weismann cumulent les avantages de toutes celles des théories précédentes et échappent à plusieurs des objections auxquelles elles prêtaient le flanc. En les formant de Biophores , Weismann rend les Gemmules (= Déterminants) plus aisés à comprendre avec leur multiplicité infinie à laquelle ne paraissait pas suffire la diversité de composition des matières albumineuses ^.
• Nous avons montré que cet avantage n'était qu'apparent, (V. p.646, note).
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En groupant ses Pang-ènes (= Biophores^i et ses Gemmules (= Déterminants) en Ides et Idantes, il rend possible une explication mécanique toute simple des phénomènes les plus complexes de l'Hérédité et de l'Atavisme.
Enfin il faut savoir gré à Weismann d'avoir été jusqu'au bout des conséquences logiques de son système. Il a tenu à tout expliquer et il n'a pas reculé devant la nécessité de compliquer sa conception fondamentale, si simple et cependant déjà si féconde, pour rendre compte des faits de Bourgeonnement, de Régénération, de Polymorphisme, etc. Il aurait, en évitant d'en parler, comme tant d'autres, échappé à de graves objections ; il a préféré les subir que de reculer devant les difficultés.
Son système si vaste, doit être examiné de haut et dans son ensemble, pour être bien compris et apprécié à sa valeur vraie.
La diversité des caractères et propriétés des êtres vivants et de leurs organes est infinie. D'autre part, les caractères et propriétés doivent avoir une base physique et leurs différences doivent reposer sur une différence dans la constitution de leur protoplasma. Or le protoplama est formé de matières albumineuses et le nombre de ces matières est limité. Comment concilier ces restrictions et ces exigences? — Il y a pour cela les Biophores qui permettent par leurs combinaisons, d'obtenir, d'un nombre modéré de différences initiales, des différences finales aussi nombreuses qu'il le veut.
Ce qui constitue l'Hérédité, ce n'est pas la transmission des caractères élémentaires, mais celle de leurs combinaisons qui seule fait les ressemblances. Deux organismes pourraient avoir tous leurs caractères élémentaires communs sans se ressembler par aucun de leurs caractères concrets. Ce sont ceux-ci qui doivent être légués et pour cela ils doivent avoir un substratum physique. — Nous avons les Déterminants.
Mais la transmission des caractères ne porte pas seulement sur les parties microscopiques auxquelles correspondent les Déterminants : elle se fait souvent bloc. Un ancêtre, tout entier ou dans la majeure partie de ses caractères, peut se retrouver dans un descendant. L'ensemble des caractères d'un ancêtre doit donc avoir une base physique. — C'est Vide.
D'ailleurs /f/e et Déterminant sont àécom^os?ih\es, et le Déterminant peut agir diversement par ses divers Biophores ainsi que l'Ide par ses divers Déterminants.
La circulation des Gemmules était invraisemblable et en contradiction avec les processus biologiques connus. Elle seule cependant expliquait la transmission des caractères acquis. Comment concilier cette antinomie?
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMINANTS
En supprimant, pour les Déterminants, l'hypothèse de la circulation, et en montrant que les caractères acquis ne sont pas transmissibles. La Sélection et la Panmixie suffisent à expliquer l'évolution phylogénétique.
Le plasma des cellules germinales, rendu indépendant des variations du Plasma somatique, constitue dès lors une substance à part de constitution beaucoup plus fixe : c'est le Plasma germinal if . Il se transmet d'une génération à l'autre, directement, sans être reformé ni remanié parle Plasma somatique '.W.ç.'sX continu avec lui-même à travers les générations successives.
Mais ce Plasma germinatif, étant identique à lui-même dans toutes les cellules germinales, devrait engendrer des produits toujours identiques. Comment donc les divers rejetons d'un même couple peuvent-ils différer entre eux? — Ici intervient la Division réductrice qui élimine une moitié quelconque des Plasmas ancestraux et laisse l'autre moitié diversement composée dans les diverses cellules sexuelles.
Les différences individuelles ainsi créées se combinent par VAmphi- ?nixie et augmentent ainsi leur nombre dans une proportion plus grande encore.
Composé des Plasmas d'une multitude immense d'ancêtres, tous plus ou moins différents les uns des autres, le Plasma germinatif contient les Déterminants innombrables de tous leurs caractères et il les transmet tous à la génération suivante. Mais le Plasma somatique, identique dans l'œuf au Plasma germinatif, contient aussi tous ces innombrables Déterminants. Or beaucoup, la plupart d'entre eux, commandent des caractères contradictoires : ce front ne peut être à la fois grand comme dans cet ancêtre et petit comme dans celui-là, ce nez ne peut être aquilin comme dans le troisième et épaté comme dans un quatrième.
— A cette difficulté répond la Lutte des Déterminants où la victoire appartient, comme dans les armées, au nombre et à la vigueur.
Ces innombrables Déterminants, réduits à l'impuissance dans le Plasma somatique, font que l'individu n'exprime qu'une minime partie des caractères qu'il est capable de transmettre et explique les Caractères latents et ce fait paradoxal qu'il peut léguer ce qu'il n'a pas.
La combinaison des effets de ces trois phénomènes : présence dans le Plasma germinatif de caractères non exprimés dans le Sonia; expulsion par la division réductrice tantôt des Déterminants qui se sont exprimés dans le Sonia, tantôt de ceux qui sont restés latents en lui ; et inconstance de la victoire dans la lutte des Déterminants, permettant
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aux vaincus de la génération précédente d'être vainqueurs chez le descendant; cette combinaison d'effets, dis-je, donne une si admirable souplesse à la théorie qu'elle explique aisément V Hérédité avec tous les cas possibles de ressemblance'.
La Variation elle-même, non seulement celle qui tient au hasard des combinaisons d'éléments invariables, mais même celle qui porte sur la nature de ces éléments, non seulement s'explique , mais se présente presque comme une nécessité.
V Adaptation elle aussi, ou du moins la transmission des variations produites par les conditions ambiantes, sans laquelle la Sélection serait impuissante, s'explique par l'action forcément identique des conditions ambiantes sur les Déterminants identiques qui composent le Soma et le Plasma germinatif sans nécessiter cette réaction adéquate du Soma sur le Plasma germinatif que rien ne prouve et qui ne peut se concevoir.
Mais cet admii-able agencement où tout ce qui est ordinaire se trouve prévu avec une précision si parfaite ne va-t-il pas se trouver désarmé en face de l'exceptionnel, de l'aberrant, de l'imprévu? Ce mécanisme, précisément parce qu'il est agencé pour produire avec une précision rigoureuse un individu unique, complet, de forme déterminée, rien de moins et rien de plus, ne va-t-il pas se trouver impuissant à produire une seconde fois un membre coupé, à compléter un individu coupé en deux, engendrer les formes successives des générations alternantes ou les formes simultanées et diverses des êtres polymorphes? — La chose est difficile, en effet, mais non impossible. Il suffit de lui ajouter des rouages accessoires, ordinairement immobiles, mais prêts à fonctionner où et quand les circonstances l'exigeront. Il suffit d'ajouter au Plasma germinatif principal des Plasmas secondaires de bourgeonnement, de Régénération ou de Polymorphisme .
Ainsi résumée à grands traits, la
' 0. Hertwig (94) a mal compris la théorie de Weismann, quand il objecte que l'existence de caractères dépendant du concours de plusieurs cellules est incompatible avec la théorie de ce dernier. Il ne saurait pas plus, dit-il, y avoir dans le Plasma germinatif des germes de zébrure ou de bifidité du biceps qu'il ne saurait y avoir dans l'homme solitaire
théorie apparaît avec toute son am-
quelque chose représentant un parlement, une armée ou la magistrature.
Weismann parle, en effet, de Déterminant de zébrure ou de bifidité d'un muscle, mais uniquement au figuré et par abréviation. Et il est entendu que c'est un Déterminant fictif représenté en réalité par certaines propriétés de tous les Déterminants de l'organe.
THÉORIE DE WEISMANX. DÉTERMINANTS
pleur. On comprend qu'elle n'a pu être enfantée que par une intelligence large et précise à la fois. EUe est complète dans le détail comme dans l'ensemble. Elle condense en elle tous les avantages des théories similaires. Elle a tiré de la conception géniale des particules représentatives imaginée par Darwin, tout ce que l'on en peut extraire, et l'on sent qu'après elle, il n'y a plus rien à tenter dans la voie suivie par le naturaliste de Fribourg. Cela est utile à constater, car on en pourra conclure que celte voie devra être abandonnée si, à bout de perfectionnements, la théorie à laquelle elle conduit reste insuffisante et inadmissible.
Or malheureusement il en est ainsi et c'est ce que nous allons maintenant démontrer.
Les Biophores sont des facteurs de caractères élémentaires. Or nous avons démontré dans la critique des théories de Njegeli et de de Vries (V. p. 638 et 662) que de pareils facteurs ne peuvent pas exister. Si ces caractères élémentaires sont concrets, ils restent infinis en nombre et ne simplifient pas la question ; ils n'ont d'utilité que s'ils sont abstraits et il ne saurait y avoir de facteurs matériels de caractères abstraits. Il n'y a pas à sortir de ce dilemme. S'ils sont possibles ils sont inutiles, s'ils sont utiles ils sont impossibles ^ .
L'origine première des Biophores n'est pas moins inadmissible. Darwin supposait les cellules antérieures aux Gemmules et admettait que cellesci étaient formées par celles-là. Weismann, au contraire, admet que les Biophores ont constitué autrefois des organismes indépendants, et qu'ils se sont peu à peu groupés en individus plus complexes, les cellules. Il admet qu'il a existé des êtres formés d'un seul Biophore, les Monobiophorides et d'autres formés d'un groupe de Biophores identiques, les Homobiophorides. Conçoit-on des êtres, n'ayant, outre les propriétés communes se réduisant à la nutrition, à l'accroissement et à la division, qu'une seule propriété spéciale? Ainsi, ceux qui avaient une couleur particulière ne pouvaient ni se mouvoir ni avoir une forme quelconque, ceux qui avaient une forme définie ne pouvaient avoir ni mouvements ni cou-
' Nous avons démontré, en eft'et (p. 646, note), que c'est une erreur de croire que le nombre des matières albumineuses ne serait pas assez grand pour assurer à toutes les Gemmules une composition chimique différente. Weismann peut objecter, il est vrai, que les Biophores ne dif-
fèrent pas tous les uns des autres par leur composition élémentaire, et que certaines différences ont pour origine l'arrangement de leurs molécules constitutives, mais l'arrangement des molécules peut tout aussi bien intervenir dans les différences des Gemmules ou des Déterminants.
leur, et ceux qui avaient des mouvements n'avaient ni couleur ni forme!!!
Passons aux Déterminants. — Dans le calcul qu'il fait de leur volume et de leur nombre, Weismann arrive à ce résultat que l'Ide n'en peut contenir qu'un peu moins de cent mille et il déclare lui-même ce nombre insuffisant en présence du nombre immense de parties susceptibles de variation indépendante que renferme un organisme un peu élevé. Au lieu d'abandonner son hypothèse, il conclut que quelque erreur doit exister dans l'évaluation du volume des molécules par les Physiciens. Cela est tout à fait illégitime, car il n'y a aucune comparaison entre la probabilité d'exactitude de l'évaluation des physiciens et celle de nos hypothèses sur la structure du protoplasma. En présence de ce conflit, il n'y a qu'un parti à prendre, c'est d'abandonner les Déterminants '.
Quant aux Ides elles ne peuvent pas plus exister que les Plasmas ancestraux qu'elles représentent et pour les raisons que nous avons fait valoir à propos de ceux-ci (V. p. 529). L'œuf reçoit par la fécondation juste autant d'Ides, qu'il en avait éliminé par la division réductrice. Il n'en gagne pas
* Weismann , il est vrai , dit que quelque erreur peut porter soit sur la grosseur des molécules soit sur le nombre de molécules qui entrent dans la composition des Biophores ou sur celui des Biophores qui entrent dans la composition des Déterminants.
Mais il n'y a pas grand chose à gagner sur ces deux derniers éléments, même en les réduisant au delà du vraisemblable. Y eut-il seulement cinq cents molécules par Biophore et dix Biophores par Déterminant que le volume du Déterminant rendu dix fois plus petit serait encore trop grand. Cela porterait à un million à peine le nombre des Déterminants de Tlde et cela ne suffit certainement pas. La surface cutanée à elle seule est de 1 1/2 mq. et comprend par conséquent un million et demi de millimètres carrés qui tous sont susceptibles de variation indépendante, car on ne niera pas que l'un quelconque de ces millimètres carrés ne puisse être affecté d'un de ces petits nœvus héréditaires appelés signes. D'autre part le diamètre de 0[j.,8 est un maximum pour les microsomes nucléiniens.ll est plus souvent
0[j.,4, ce qui rend son volume huit fois moindre et ramène à cent et quelques milles le nombre des Déterminants qui pourraient y trouver place, même avec les réductions de volume admises. Il n'y a donc qu'en réduisant le volume des molécules beaucoup au delà des calculs des physiciens que Weismann pourrait sauver ses Déterminants.
Si le nombre des Déterminants que peut renfermer l'Ide dans l'œuf fécondé est insuffisant, par contre celui que renferme l'Ide dans la cellule différenciée à la fin de l'ontogénèse est plus grand qu'il ne faut. A quoi sert cette multiplication des Déterminants de même espèce dans ride pendant les progrès de l'Ontogénèse? A rien puisque un seul suffit. L'Ide arrive à être composée dans les cellules définitives de milliers et de centaines de milliers de Déterminants tous identiques entre eux. Sur cette multitude un seul est utilisé. Tous les autres sont voués à une mort inévitable. Et tout cela pour conserver à l'Ide un volume invariable sans aucun avantage à cela. C'est un gaspillage inutile.
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERiMIXANTS.
une nouvelle. Celles de l'œuf fécondé ne diffèrent ni ipav le nombre ni par la nature de celles qui existaient à la génération précédente dans l'ensemble des individus de l'espèce. La génération remanie sans cesse les mêmes éléments sans modifier autre chose que leurs combinaisons. L'individu n'ajoute donc au Plasma germinatif qu'il lègue à la génération suivante, aucune partie matérielle, aucune Ide de nouvelle formation qui puisse le représenter, à titre de Plasma ancestral, dans le Plasma germinatif de ses descendants. Il en est de même de tous les autres individus et à toutes les générations antérieures. Donc il ne se forme jamais de nouvelles Ides et il ne s'en est jamais formé depuis que la fécondation existe. Donc les Ides n'existent pas. S'il en existait, ce ne pourrait être que celles accumulées dans l'œuf avant l'apparition de la division réductrice, c'est-à-dire celles de nos ancêtres protozoaires. Nous n'avons pas à reproduire ici les conséquences de cette conclusion '.
Enfin les Idantes simples chapelets d'Ides s'évanouissent aussi, forcément^ avec celles-ci et il ne reste que les microsomes et les chromosomes.
Ainsi les Biophores sont inutiles ou incompréhensibles, les Déterminants sont en nombre insuffisant, les Ides et Idantes ne peuvent exister, et, s'ils existaient, ne représenteraient aucun ancêti'e à moins que ce ne soit les Protozoaires antérieurs à la génération sexuelle.
La base entière de la théorie est sapée et détruite. Que peut-il rester de celle-ci?
* Weismann peut répondre que si le Plasma germinatif ne s'accroit pas d'une Ide nouvelle en traversant un individu, du moins les Ides peuvent se modifier en lui par le processus de variation spontanée .ou consécutive à l'action des conditions ambiantes dont il a admis l'existence.
Mais alors cette variation sans ajouter une Ide nouvelle, faite à l'image de l'individu modifié, modifie toutes les autres Ides et altère leur caractère ancestral. C'est la négation du Plasma ancestral défini, limité, localisé matériellement. Avec elle s'évanouissent toutes ces belles combinaisons qui permettaient de léguer par la génération, ou d'éliminer par la division réductrice, tel ancêtre ou tel autre et d'expliquer les ressemblances avec l'un et les différences avec l'autre.
Avec elle s'évanouit aussi l'explication de V Atavisme.
Comment l'Ide de V Hipparion se seraitelle conservée intacte dans le Plasma germinatif du Cheval, quand cette même Ide s'est modifiée dans l'Hipparion à mesure que celui-ci se transformait en Cheval? Les mêmes conditions ambiantes qui ont modifié le Plasma germinatif de l'Hipparion et en ont fait celui du Cheval, auraient nécessairement modifié dans celui-ci l'Ide de l'Hipparion (s'il en pouvait exister une) et l'auraient détruite en tant que Ide d'Hipparion. Si, comme Weisman le concède, les conditions ambiantes, peuvent modifier le Plasma germinatif, elles modifient donc les Ides, puisque le Plasma germinatif n'est composé que d'Ides, et les Plasmas ancestraux n'existent plus.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Nous poumons nous arrêter là.
Mais non.
Tenons pour possible et vraie toute la constitution proposée de ridioplasma et montrons que le sommet de rédifice n'est guère plus solide que les fondations.
Le grand écueil de toutes les théories basées sur les particules représentatives est la DifFérenciation ontogénétique. Dans la Pangénèse de Darwin, c'est l'attraction des Gemmules par les cellules qui nous a arrêtés; dans la théorie micellienne de N.iîgeli, c'est l'explication des états d'activité ou de repos des Cordons dans les divers points de leur longueur ; DE Vries ne nous expliquait pas pourquoi tels Pangènes sortaient du noyau dans telle cellule et tels autres dans une autre.
Weismann invoque la maturité ., comme raison de la sortie des Biophores à tel moment et en tel point.
Mais ce n'est pas là une exphcation. C'est une simple comparaison.
Un fruit est mûr, un organisme est mûr à un moment et non à un autre, parce que cet organisme, ce fruit ont une naissance, une période d'accroissement, une phase d'état, une décrépitude et enfin une mort. Pour les Biophores, il n'y a rien de tel. Ils sont aussi anciens que l'espèce et, immortels par essence, ne meurent que par accident, quand la 'cellule qui les contient vient à se détruire. Quand le Plasma germinatif se dédouble dans l'œuf fécondé, ses deux moitiés sont identiques. Comment donc se fait-il que le Plasma somatique suive une autre évolution que le Plasma germinatif? Admettons que la dissociation des Biophores et leur passage dans le cytoplasma crée pour eux une situation nouvelle. Mais tant qu'ils sont agglomérés en Déterminants et renfermés dans le noyau, lasituation est identique pour eux, qu'ils soientdans les cellules germinales ou dans les cellules somatiques; dans les unes et les autres ils sont latentg et inactifs. Quel mouvement moléculaire s'accomplit en eux qui puisse aboutir à une maturité? Cette propriété doit, comme toute autre, avoir une base physique; les Déterminants appelés à mûrir sont-ils donc différents de leurs homologues des cellules germinales? Où, quand, comment s'est établie cette différence? Il fau t donc admettre que , dans l'œuf fécondé , quand les Déterminants doublent de nombre par division pour former les Plasmas somatique et germinatif, ils subissent une division inégale, et que les deux moitiés diffèrent, en ce que Tune restera inerte, ne mûrira pas, tandis que l'autre mûrira à un moment donné et à une place donnée. Mais cette propriété différentielle devra elle aussi être représentée par un Biophore.
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMINANTS
Admettrons-nous qu'il y a dans chaque Déterminant un Biophore de la maturation qui passera tout entier, sans se dédoubler, dans le Plasma somatique? Cela ne se peut, car le Plasma germinatif privé de ces Biophores essentiels ne pourrait les reformer au moment correspondant de la génération suivante. Il faut donc que les Biophores de la maturation se doublent comme les autres. Mais alors pourquoi ceux du Plasma germinatif resteront-ils latents? Faudra-t-il des Biophores de Biophores pour déterminer cette différence? La même difficulté se reproduirait pour eux. Cela n'a point d'issue. Dira-t-on qu'il n'y a point de Biophores de la maturation, mais que tous les Biophores somatiques diffèrent de leurs homologues gerrainatifs par une particularité de constitution chimique qui corresponde à cette propriété? Mais cette particularité différentielle devrait être différente aussi pour tous les Déterminants et différente aussi pour les Biophores identiques de deux Déterminants différents, puisque les moments de maturité sont différents pour les différentes cellules. Quelle complication effroyable! C'est alors que toutes les ressources de la chimie organique ne suffiraient pas à fournir le matériel de tant de particularités diverses !
Weismann dira-t-il que la maturation n'est pas due à une différence initiale des Biophores ou des Déterminants, mais aux conditions qu'ils trouvent dans les divers points de l'organisme. En concédant cela, il entrerait enfin dans la bonne voie; mais ce serait abandonner la sienne : une fois pris dans cet engrenage il faudra y passer jusqu'au bout et renoncer toutà-fait à ce système de détermination à outrance, de prévision des moindres détails, et alors ce ne sera plus le Weismanisme, mais VOrganicisme , Y Auto-D('tf'r)iiinotioii . D'ailleurs, dans le cas actuel, la concession ne servirait à rien, car il resterait à expliquer pourquoi, dans les cellules de la lignée germinale, les Déterminants cytogènes du Plasma somatique sortent du noyau pour déterminer le cytoplasma quand dans le même noyau, les Déterminants identiques du Plasma germinatif restent latents et inactifs.
Weismann comme Darwin, comme N.egeli, comme de Vries, fournit les éléments de la différenciation, mais il n'explique pas ce qui les met en œuvre, ce qui les fait entrer en activité en un point et à un moment donnés quand, tout à côté d'eux, des éléments identiques restent inactifs.
Ce n'est pas sa faute d'ailleurs, la chose est impossible dans toute théorie édifiée sur les bases qu'il a choisies.
L'Ontogénèse présente eucore une autre difficulté. Quand une cellule nait, elle reçoit dans son cytoplasma les Biophores qui doivent la déter-
miner. Quand cette cellule se divise, elle partage son cytoplasma entre ses deux filles. Celles-ci reçoivent donc la moitié des Biophores de leur mère et, comme ces Biophores sont représentés, chaque espèce autant de fois qu'il y a d'Ides dans l'Idioplasma, chaque cellule tille recevra, en naissant, un grand nomhre d'échantillons de chacune des espèces de Biophores qui déterminaient la cellule mère. A ces Biophores viennent se mêler ceux qui sortent du noyau de la cellule fille pour la déterminer. La chose s' étant passée ainsi depuis l'œuf, et se continuant ainsi jusqu'à la fin de l'ontogénèse, il en résulte que le cytoplasma des cellules définitives contient tons les espèces de Biophores présentes dans le Plasma gerniinatif. Elles devraient donc assumer tous les caractères de toutes les cellules de l'organisme.
On ne peut dire ici qu'abondance de biens ne nuit pas. Elles ne pour ront être déterminées parce qu'elles auront trop de Déterminants.
Weismann imaginera peut-être que les Biophores de la cellule mère meurent au moment de la division ou qu'ils sont vaincus ou mangés par les nouveaux issus du noyau. Mais pourquoi mourraient-ils ou seraientils vaincus ou mangés? Ce ne pourrait être que par suite d'une décrépitude, conséquence de la maturité et qui, pas plus que celle-ci, ne peut avoir de raison d'être, ni d'expression physique ou mécanique.
L'explication des variations du Plasma germinatif sous l'action directe des conditions ambiantes prête le flanc à quelques objections non moins graves. D'abord, on a peine à comprendre que la variation d'un Biophore puisse se produire dans un Déterminant sans se produire aussi dans tous ceux qui contiennent le même Biophore. Or on sait qu'il n'en est pas ainsi, que les variations sont indépendantes, qu'une couleur peut s'accentuer en un point, une autre dans un autre, qué les poils peuvent devenir en même temps ici plus longs et là plus courts, etc. Weismann croit répondre en disant que les Biophores sont diversement influencés parce qu'ils sont engagés dans des associations différentes. Mais cela est contraire à la notion du Déterminant qui est basée sur l'indépendance des Biophores. Ces réactions de voisinage auraient pour etfet d'altérer leurs propriétés.
En disant que les Déterminants du Plasma germinatif sont influencés dans le même sens que ceux des cellules somatiques, mais plus faiblement en raison de leur situation profonde, et en expliquant par là le fait incontestable que l'influence héréditaire des conditions de vie est à la fois lente et certaine, Weismann n"a pas suffisant analysé le phénomène. Les principales conditions de vie sont la quantité et la nature
THÉORIE DE WEISMAXN.
DÉTERMINANTS
de l'alimentation, la température et la lumière. Or pour aucune de ces conditions les choses ne peuvent se passer comme le dit Weismann. Pour l'alimentation le Plasma gei^minatif est au même rang que le Plasma somatique. C'est toujours par l'intermédiaire des sucs élaborés, sang, lymphe ou sève, que les substances nutritives sont distribuées aux cellules et les germinales sont servies dans les mêmes conditions que les somatiques. Par contre, la chaleur chez tous les animaux à sang chaud et la lumière chez tous les êtres non transparents sont sans influence aucune sur les cellules germinales , tandis qu'elles excercent une action énergique sur les cellules somatiques superficielles. Ainsi, dans un cas les variations héréditaires devraient être fortes et immédiates, dans les autres nulles, dans aucune elles ne .pourraient être lentes et faibles mais certaines, comment elles le sont en réalité.
Weismann n'explique ni n'admet la variation adaptative et la transmission des adaptations. Il fait reposer l'évolution des espèces sur la Sélection seule. Or il désarme la Sélection par son interprétation des Ides et Idantes. Les particularités individuelles sont, d'après lui, représentées non par la totalité des Ides, mais par celles qui ont l'avantage du nombre ou de la qualité. Or la division réductrice éHmine à l'aveugle la moitié des Ides. Il n'y a donc aucune certitude que les descendants de l'individu avantagé par la Sélection seront supérieurs à ceux de l'individu ordinaire
Nous pouvons nous arrêter ici sans insister sur la complication extrême qu'exige l'explication des faits de Scissiparité, de Régénération, de Bourgeonnement, de Génération alternante et de Polymorphisme ^.
Cette complication est, à elle seule , la condamnation de la théorie.
Cet entassement d'hypothèses toujours nouvelles pour chaque fait nouveau à expliquer rappelle ce qui s'est passé pendant l'évolution de nos
^Admettons, comme il le fait, huit Idantes, soient m mop5'?'s<, ceuxdeFIdioplasma d'un individu m n o p , étant ceux qui le déterminent etlui constituent un avantage sur les individus voisins. S'il élimine m n o p ses enfants n'auront aucun de ses avantages et la Sélection, en le protégeant fera fausse route. Or il y a autant de chances pour l'élimination de muopque pour celle de ^'/■s^. Le cas moyen sera celui où deux Idantes avantageux, m m par exemple, et deux ordinaires ou désavantageux, q 1\ je sup-
pose, seront conservés, ce qui diminue de moitié au moins l'avantage. Cette attribution des caractères individuels aux Idantes est d'ailleurs une schématisation. Les caractères appartiennent en réalité aux Ides et sontdispersés dans tous les Idantes, en sorteque l'élimination d'une moitié des avantages individuels est à peu près certaine. Ornons avons vu que déjà ces avantages sont si petits que, neuf fois sur dix, ils ne donnent pas prise à la Sélection.
Que sera-ce après cette diminution?
2 [Voir la note de la page 689.]
LES THÉORIES GÉNÉRALES
connaissances astronomiques. Ptolémée imagina d'abord que les astres décrivaient des cercles dans leur translation autour de la terre et cela suffit pour expliquer en gros l'apparence de leurs mouvements. Mais, quand on entra dans le détail, on vit que ces mouvements n'étaient pas tout à fait circulaires, et l'on imagina un cercle roulant dans un autre, et cela expliqua les irrégularités observées. De nouvelles observations décelèrent de nouvelles aberrations auxquelles on satisfit par un troisième cercle roulant dans le second pendant que le second roulait dans le premier. On continua ainsi à englober des cercles les uns dans les autres et l'on eut continué sans fin, sans arriver à exprimer tous les caractères du mouvement vrai. Un jour survint un homme de génie, Képler, qui rejeta d'un coup tous les cercles et les épicycles et leur substitua une simpe ellipse qui, à elle seule, expliqua tous les phénomènes.
Eh bien, les Déterminants latents et actifs, de bourgeonnement, de remplacement ou de substitution sont des cercles emboîtés. Il faut les rejeter -.
Mais où est l'hypothèse qui sera à la structure du protoplasma ce qu'a été l'ellipse au mouvement des Astres?
Le vice fondamental de la théorie de Weismann est de vouloir tout déterminer d'avance^, en soi, par des forces internes et des structures compliquées quand, au contraire, rien n'est déterminé sans le secours des conditions ambiantes agissant à chaque instant et partout. C'est cela qui l'entraine à ces complications excessives et, malgré toutes ses comphcations et toutes celles qu'il pourrait imaginer encore, il restera toujours des choses que sa théorie ne pourra expliquer. Ce sont celles qui appartiennent à ce que l'on pourrait appeler la Dichogénie accidentelle.
Nous allons le démontrer et c'est par là que nous terminerons la discussion de la théorie.
Nous disons qu'il y a Dichogénie accidentelle lorsqu'une évolution, commencée dans une direction donnée, se continue dans une direction différente, à la suite d'une modification anormale des conditions ambiantes.
Les faits de tératogénie expérimentale et divers cas pathologiques en fournissent des exemples.
Nous en citerons deux seulement : il serait aisé de les multiplier.
Il existe une catégorie de monstres appelés symèles caractérisés par la soudure des deux membres inférieurs en un seul. Dans certains de ces
* 0. Hertwig, dans son dernier ouvrage lutionnisme des anciens. Tout cet article (94), fait remarquer aussi le vice de cette était écrit depuis longtemps quand son Prédétermination qu'il compare à l'Évo- livre a paru.
THÉORIE DE WEISMANN
DÉTERMINANTS
êtres, les membres inférieurs fôrment une colonne unique médiane terminée par dix orteils. Dareste (91) a démontré que cette monstruosité provenait de la soudure des deux bourgeons de ces membres primitivement normaux et indépendants, mais incurvés l'un vers l'autre par le capuchon caudal arrêté dans son développement. Cela prouve que la modification de ces membres n'a pas son origine dans le germe et que leurs Déterminants étaient normaux et au complet. D'autre part, le fait que les dix orteils sont formés prouve que la distribution des Détei-minants a été poussée à peu près jusqu'au bout. Les cellules de la peau des faces internes des deux membres ont donc été formées et ont reçu leurs Déterminants. Elles auraient donc dû , sous l'action directrice de ces Déterminants, former, coûte que coûte, la peau de la face interne de ces membres, sauf à céder sous la pression et acquérir de nouveaux rapports. On devrait en disséquant ce membre impair trouver dans son plan médian deux lames de peau accollées. Il n'en est rien cependant.
Tous les cas de tératogénèse expérimentale fourniraient des exemples de même valeur.
En voici un autre plus frappant encore, c'est celui de Roux.
Un membre, chez un adulte, est fracturé, mal consolidé et il se produit une pseudarthrose. Le cas est fréquent. Or, dans cette pseudarthrose, il se forme une cavité articulaire, une tête, du cartilage, des ligaments, même une sorte de synoviale. Et de quels éléments? De ceux qui, sans la fracture, eussent formé du tissu osseux de toute autre forme, et du tissu conjonctif banal.
L'Hérédité intervient-elle en quelque chose dans cela? Y a-t-il des Déterminants de réserve pour cette fracture accidentelle?
Donc des cellules ont pu former des tissus, prendre des formes des dispositions spéciales sans avoir, sans pouvoir contenir les Déterminants de ces tissus et de ces formes. Si donc elles ont pu faire cela sans les Déterminants correspondants, pourquoi les cellules de l'organe normal n'auraient-elles pu y réussir?
C'est la condamnation de la théorie.
Répétons-le, d'ailleurs, la faute n'en est point à Weismann qui, avec un art infini, a tiré du Système des particules représentatives tout ce qu'on en pouvait obtenir. La faute en est au système lui-même, à son hypothèse fondamentale qui est fausse. Concluons donc : // n'y a point, dans le Plasma germinatif , de particules distinctes représentant les parties du corps ou les caractères et propriétés de l'organisme.
LES THÉORIES GÉNÉRALES