‹ La Submersion Intra-Utérine Du FetusChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE lil · texte numérisé non relu

CHAPITRE lil

Interprétation des résultats fournis par l'examen histologique des poumons

Lorsqu'on examine au microscope les poumons d’un enfant qui a succombé à la suite de mouvements respiraioires prématurés,ce qu’on voit surtout cesont les cellules cornées et, en moins grande quan-

tité, les poils du liquide amniotique. Quant au méco-

nium, il se rencontre en proportion beaucoup moins abondante. Quelqueiois, malgré la multiplicité des coupes examinées, on ne trouve que du liquide amniotique. Cela tient sans doute à ce que le fœtus n'avait pas perdu son méconium, ou bien que, quand il l’a rejeté, les alvéoles pulmonaires étaient déjà encombrées par le liquide amniotique. En général liquide amniotique et méconium se rencontrent tous les deux, en proportion variable, dans l’apparail respiratoire du même cadavre, mais ils occupent chacun des territoires différents. C’est qu’en raison de sa viscosilé le méconium ne se mélange pasau liquide amniolique danslequel il aétéexcrété. Aussi lorsque ces deux corps étrangers ont été simultanément aspirés,des fragments de méconium s'engagent dans certaines bronches et envahissent des territoires pul-

monaires bien localisés, tandis que le liquide amnio-

tique remplit d’autres points des poumons: Peut-être l'aspiration de très grandes quantités de méconium se rencontrerait-elle surtout dans les présentations antérieures, la face tournée en arrière plongeant dans le méconium qui, plus dense, s’accumulerait dans les parties déclives. L’inertie de l’utérus serait une circonstance favorisante, car normalement les contractions de cet organe ont pour effet de brasser le méconium et de le délayer dans le liquide amniotique.

Quoiqu'il en soit, les conclusions de l'examen histologique des poumons seront très différentes suivant l’abondance des corps étrangers constatés dans les voies aériennes.

Dans une première série de cas, on trouve en grande quantité du liquide amniotique et du méconium dans toute l’étendue des poumons. En l’absence de toute autre cause, il est évident que les mouvements respiratoires prouvent une asphyxie intrautérine très avancée qui suffit à expliquer la mort du 1œtus.

Si les bronches ne sont pas déplissées, si les alvéoles pulmonaires ne sont pas dilatées, et si leur épithélium a conservé sa forme cubique, en un mot s’il est établi que l’air n’a pas pénétré dans les poumons, on peut en conclure que le’fœtus est mort avant sa sortie des voies naturelles de la mère.

Observation 4 (due à l’obligeance de M. le professeur Balthazard). Clinique Baudeloque, le 5 février 1905. Rupture de l'utérus chez une femme au voisinage du terme.

Le fœtus passe dans la cavité péritonéale d’où une laparotomie permet de l’extraire.

Autopsie le 6 février. — Poumon droit : poids 39 gr. 2; volume : 29 centimètres cubes ; densité : 1.042.

Poumon gauche : poids 20 gr. 4 ; volume : 20 centimètres cubes ; densité : 1.021. 5

Examen histologique des poumons. — Pas de déplisse-

ment des bronches et des alvéoles ; les parois bronchiques en particulier sont toutes plissées. On constate une congestion intense dans l’ensemble des poumons ; les gros vaisseaux comme les capillaires sont gorgés de sang. En certains points même, le sang s’est épanché dans le parenchyme

pulmonaire et a formé de petits infactus ayant un diamètre

d’un à deux millimètres.

Les coupes, quiavaient été colorées en 1905 à l’hématéineéosine, ont ététraitées cette année (1920) par la méthode de Gram. On observe dans un grand nombre d’alvéoles la présence de cellules de l’enduit sébacé rassemblées par endroits en gros paquets. Il n’existe pas d’une façon appréciable de

sang aspiré ; on ne trouve pas non plus d’autres corps

étrangers. Pas de méconium.

Il s’agit ici d’un fœtus mort avant son extraction de l’organisme maternel. On est même en droit de penser qu’il s’est noyé dans le liquide amniotique et non dans la cavité péritonéale. La submersion a dû avoir lieu au moment où s’est produit le décollement placentaire qui normalement précède la rupture utérine et produit une interruption de la circulation

ombilicale.

Si au contraire les alvéoles pulmonaires contiennentde l'air, le diagnostic devient plus délicat et plusieurs éventualités doivent être envisagées :

1° Certains territoires pulmonaires renferment de

l'air en faible quantité. Il en existe aussi dans l’estomac et plus ou moins loin dans l'intestin, Dans ce cas il s’agit d’un enfant qui, après avoir asphyxié dans l'utérus au cours d’un accouchement pénible, a surtout dégluti de l'air à sa naissance, l’encombre-

ment des voies respiratoires mettant obstacle à sa pénétration en quantité suffisante dans les poumons.

Observation 5 (Haberda). — On trouve à la consigne du chemin de fer, dans un paquet, un enfant de 51 centimètres, pesant 3.600 grammes. Cordon : 42 centimètres, arraché à son extrémité. Abe

Fracture des pariétaux. Air dans les poumons et l’estomac. Liquide amniotique en forte proportion dans les voies respiratoires et les poumons.

Haberda attribua la mort à l’asphyxie intra-utérine, avec chute du fœlus sur le sol ayant causé les

fractures.

20 Les poumons sont largement aérés et cependant

on y constate la présence en grande quantité des éléments du liquide amniotique et du méconium. C’est ce qu'on observe quand, au cours de l’accouchement, il s’est produit un obstacle transitoire, une compression passagère du cordon par exemple, à la circulation funiculo-placentaire. Le fœtus souffre alors et fait des efforts respiratoires prématurés. Puis, l'obstacle ayant cessé, la circulation momentanément interrompue à travers le cordon et le placenta se rétablit et la mort immédiate du fœtus se trouve évitée. L'enfant naît donc vivant et tente de respirer. Mais l'encombrement deses al-

SL Do 2e

véoles pulmonaires par le liquide amniotique ne permet pas à la respiration de s'établir d’une manière définitive.

Observation 6 (due à l’obligeance de M. le professeur Balthazard). — Enfant nouveau-né, du sexe féminin, trouvé enveloppé dans un papier dans le canal Saint-Martin.

Taille : 5o centimètres. Poids 3.150 grammes.

Le cordon a été arraché à 5 centimètres de l’ombilicet non

lié

Diamètre transversal{de la tête : 9 centimètres. Diamètre antéro-postérieur : 11 centimètres. Diamètre du point de

Béclard : 3 millimètres. Il s’agit donc d’un enfant né à terme.

L'épiderme présente des signes de macération très modérée. Pas de suffusions sanguines sous l'épicrâne ; pas de fractures craniennes ; pas de lésions des centres nerveux. Aucune

trace de violences sur la surface du corps.

A l’ouverture du thorax on trouve un thymus de volume normal. Les poumons sont largement aérés, marbrés à leur surface externe. Il existe, de l’emphysème assez abondant par places, sans ruptures sous-pleurales. Pas de taches de Tardieu.

Cœur normal, mais le sang s'échappe en bouillonnant par suite de la présence de gaz,qui peuvent être des gaz de putréfaction.

Les viscères abdominaux sont normaux. L’estomac renferme une certaine quantité de mucus non aéré. L'examen microscopique n'y montre pas de corps étrangers provenant de l’eau du canal, mais les Sent y sont extrêmement abondants.

Méconium de coloration jaune dans la première partie du gros intestin, verte dans la dernière partie. L'examen microscopique y montre les éléments habituels : masses de mucus, tablettes de cholestérine, pigments jaune brun devenant verts par l’action de l’acide phénique et formant des masses ovôides de volume variable, nombreuses granulations graisseuses, pas de microbes.

US Te.

Examen histologique des poumons. : - L'examen microscopique des poumons, après inclusion dans la paraffine et coloration des coupes, montre les alvéoles largement distendues par places, ainsi que les bronches. Par contre la plupart des alvéoles ont leur lumière remplie par des détritus nombreux, qui obstruent également la lumière de beaucoup de bronchioles.

Les corps étrangers ne renferment pas de poussières, pas de particules provenant de l’eau du canal.

Les coupes colorées par le bleudetoluidine phéniquée d’une part et par la méthode de Gram d’autre part montrent que les corps étrangers sont constitués par l'épithélium corné aplati du fœtus, par de nombreux poils et quelques cristaux de cholestériue.

La présence dans les voies aériennes largement aérées de grandes quantités de débris provenant du liquide amniotique a permis au professeur Balthazard de conclure qu'il s'agissait d’un fœtus qui au cours d'un accouchement laborieux a subi un commencement d’asphyxie et a présenté des mouvements respiratoires prématurés, si bien que le liquide amniotique a été aspiré dans les poumons. Le fœtus est venu au monde vivant, mais l’encombrement pulmonaire était tel que la respiration n’a pu s'établir que d’une facon très imparfaite et que la mort est survenue très rapidement ». L'absence tant dans l'estomac que dans les poumons de particules provenant de l'eau du canal prouve que l'enfant était déjà mort quand la mère l'y a jeté. On peut donc écarter toute idée de submersion criminelle.

Il est une cause d’erreur sur laquelle Haberdas a particulièrement attiré l'attention: les corps étran-

se ON =

Û gers que le microscope révèle dansles voies aériennes peuvent n'avoir pas été aspirés au cours de l’accouchement, mais après la naissance de l’enfant. C'est ce qui se produit quand le nouveau-né a été noyé dans un récipient contenant les eaux perdues pendant le travail par la mère, soit que celle-ci l’y ait jeté dans un but criminel, soit qu’il y soit spontanément tombé, en cas d'accouchement rapide, pendant que la femme était sur un seau. On évitera cette cause d'erreur en examinant de nombreuses coupes prélevées dans des territoires très variés des deux poumons. Il est bien rare, quand on procède ainsi, que sur quelques-unes de ces coupes on ne constate Le pas la présence de parcelles minuscules de charbon, de fragments de matières fécales d'origine maternelle, de débris de toute nature, qui permettront d’écarter l'hypothèse d’asphyxie in utero et de rapporter la mort de l'enfant à sa véritable cause. Le plus souvent les mêmes corps étrangers se retrouvent dans l'estomac et dans l'intestin grêle. Mais quelquefois le seau, bien nettoyé, contenait exclusivement les eaux de l'accouchement et l’on pourra se trouver en présence de difficultés insurmontables.

Dans une deuxième Série de cas, on ne rencontre que quelques cellules cornées, quelques rares poils tantôt disséminés un peu partout, tanlôt groupés en certains points seulement des poumons. Aussi est-il nécessaire de toujours prélever de nombreuses coupes dans des territoires pulmonaires variés et de les faire larges et pas trop minces (à 1/r00).

Ru Ace DE

D'importantes discussion sont eu lieu pour savoir quelle était la valeur diagnostique de ces petites quantités de débris de liquide amniotique dans les voies aériennes des cadavres de nouveau-nés.

Hochheim (9) a examiné les poumons de 21 mortsnés et de 22 nouveaux-nés et a fait les constatations suivantes : 23 fois, à un faible grossissement, il a vu des granulations graisseuses provenant du liquide amniotique. Parmi les 20 autres cas, 9 fois il a trouvé des granulations plus petites, visibles à un fort grossissement. Chez les 11 derniers enfants, avec des recherches plus patientes encore, il a toujours trouvé des granulations graisseuses. Sur ces 11 enfants, 5 avaient vécu d’un à plusieurs jours et l’on conçoit | qu'ils aient pu résorber en grande partie ou expulser par la toux les corps étrangers contenus dans leurs voies aériennes ; 2 étaient macérés ; 2 étaient des prématurés ; 2 s’étaient présenté par la face (?). Nous avons dit plus haut pourquoi, en raison de la méthode qu’il employait, les résultats de Hochheim nous paraissaient sujets à caution.

Ungar (9) a examiné les poumons de 11 nouveauxnés ou morts-nés, quelquefois après coloration, plus souvent par la méthode de Richter. Dans 10 cas, la présence de liquide amniotique était évidente : 2 fois à l'examen macroscopique on pouvait déjà affirmer … sa pénétration dans les voies aériennes ; il s'agissait de deux morts-nés extraits l’un par version podalique, l’autre après basiotripsie. Chez tous deux les

poumons contenaient de l'air et Ungar supposa qu'au #

EG

cours de l'intervention de l’air avait pénétré dans la cavité utérine. Parmi les autres enfants, plusieurs avaient vécu quelques heures, l’un même n'avait

succombé qu’au bout de deux jours et demie. Chez

l’un d'eux, mort pendant la naissance, il y avait du liquide amniotique, mais pas trace d'air dans les poumons. Chez un seul cadavre, Ungar n’a pas trouvé de particules de liquide amniotique : il s agissait d’un prématuré né au début du 9° mois. Il y avait cependant une petite quantité d’air dans les poumons et dans l'estomac.

M. le professeur Balthazard et M. Piédelièvre enfin (2), employant la méthode que nous avons exposée, ont trouvé chez tous les morts-nés qu'ils ontexaminés quelques particules de liquide amniotique dans les alvéoles pulmonaires, sauf chez des fœtus ma-

cérés.

On peut donc conclure avec Ungar (9) que la présence de très petites quantités de liquide amniotique dans les poumons des nouveaux-nés est physiolo-

gique. En effet, nous avons vu que, sous l'influence

des mouvements ondulatoires d’Ahifeld, du liquide amniotique pénètre jusqu’au sphincter laryngé, envahissant la bouche, les fosses nasales et le pharynx. C’est du reste un fait de constatation courante et il est presque toujours nécessaire ,aprèsl’accouchement, | de débarrasser avec le doigt le pharynx des mucosités qui l’encombrent. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que des petiles quantités de liquide am-

niotique soient entraînées d’une façon presque cons-

St Ta

tante dans les poumons au moment des premières inspirations. On comprend ainsi pourquoi ces débris de liquide amniotique s’observent en plus grande proportion à la suite des accouchements clandestins où les nouveaux-nés reçoivent des soins insuffisants ou nuls que dans la pratique obstétricale où, dès la naissance, le médecin débarrasse leur pharynx des mucosités qu’il renferme. |

Quelquefois on trouve des débris du liquide amniotique en quantité considérable dans des territoires

bien localisés, tandis que le reste des poumons ne renferme que de rares cellules cornées appliquées contre la paroi des alvéoles. I} s’agit de bouchons

muqueux entraînés dans quelques bronches au

moment où s’est établie la respiration et ici encore on n’est pas en droit de conclure à la submersion intra-utérine du fœtus.

Il ne faut pas oublier qu’un enfant qui a souffert au cours du travail et a aspiré des quantités même considérables de liquide amniotique, peut naîlre vivant, quoique voué parfois à une mort rapide, et être victime de manœuvres criminelles de la part de sa mère. On ne manquera donc jamais, au cours de l’autopsie, de rechercher soigneusement si le cadavre ne présente pas de traces de violences : strangulation, coups sur la tête, etc... Le diagnostic de mort par submersion intra-utérine ne doit être porté qu’en l'absence de toute autre cause. C’est le seul moyen de ne pas attribuer à une mort naturelle ce qui, en réalité, est parfois un infanticide.

On est parfois surpris de la quantité de débris de liquide amniotique qu’on peut rencontrer dans les poumons de nouveaux-nés qui ne paraissent pas avoir souffert outre mesure au cours de l’accouchement et qui ont sûrement vécu. L'observation suivante en est la preuve; mais le nombre des débris amniotiques reste malgré tout très inférieur à ce qu'il est dans l’asphyxie intra- utérine,

Observation 7 (due à l'obligeance de M. le professeur Bathazard). —Enfant nouveau-né, de sexe féminin, trouvé le 15 septembre 1917 sous la banquette d’un re de

chemin de fer.

Taille : 49 centimètres. Poids : 2.550 grammes.

Le cordon a été arraché à 17 centimètres de l’ombilicet n’a pas été lié. Les cuisses et les fesses sont souillées de méco- nium. \

La tête mesure 9 centimètres pour le diamètre bi-pariétal, 11 centimètres pour l’occipito-frontal. Le point de Béclard a un diamètre de 3 millimètres.

On relève sur le côté gauche du cou trois stigmates unguéaux : le premier mesure 2 millimètres de diamètre et est situé à r centimètre au dehors de la partie moyenne du maxillaire inférieur : les deux autres sont un peu en arrière du précédent et n’ont que 1 millimètre de diamètre. Suffusions sanguines sous-jacentes très minimes mais nettes. | . Sur le côté droit du cou, on trouve un stigmate unguéal caractéristique, en forme de croissant, mesurant 4 millimètres verticalement sur deux, à concavité tournée en avant, tel que pouvait le laisser l’ongle du pouce dela main droite. Petitesuffusion sous-jacente. Cette lésion est située en arrière

et un peu au-dessous du lobe de l'oreille droite. /

Les lèvres ont une coloration violacée et sont le siège d'une

infiltration sanguine diffuse sur laquelle tranchent quelques suffusions ecehymotiques:

Sur la joue droite, à 2 centimètres en avant dutragus,on relève une ecchymose de 1 centimètre de diamètre, avec plaque parcheminée à la partie centrale.

On trouve dans la profondeur du cou une petite suflusion sanguine, située au niveau du pôle supérieur du corps thyroïde, mesurant 2 millimètres de diamètre.

- Les poumons sont aérés dans toute leur étendue : ils sont congestionnés et remplis de sérosité aérée qui s'écoule sur la coupe par la pression. Les bronches sont remplies de mucosités non sanguinolentes.

Jetés à l’eau avec le cœur etle thymus, les poumonsflottent.

On relève une dizaine de taches sanguines sous-pleurales | à la partie moyenne du bord postérieur du poumon gauche et quelques taches au niveaude la scissure interlobaire. Infarctus disséminés dans le poumon droit, mais un peu diffus et mal localisés.

Pas de lésions cardiaques ; les cavités droites renferment du sang liquide dans lequel nagent quelques petits caillots noirs et mous. ñ

L'estomac renferme une petite quantité deliquide muqueux et est distendu par de l'air. L’intestin est également rempli de gaz dans toute son étendue.

Le gros intestin ne renferme plus de méconium.

Pas de lésions cérébrales, sauf un certain degré de congestion des veines de la dure-mère au vertex. Au même endroit, les deux pariétaux sont fracturés. Sur chacun de ces os,le trait de fracture commence au niveau de la suture sagittaleetse dirige transversalement en dehors sur une longueur de 3centimètres à droite et de 2 centimètres à gauche. Une bosse sanguine a décollé l’épicrâne du côté droit sur une hauteur de 3 centimètres et une largeur de deux. Il existe plusieurs suffusions sänguines au niveau des deux pariétaux, faces externe et interne.

L'examen histologique montre que les poumons renferment d’une façon nette de nombreuses cellules cornées de l'enduit sébacé disséminées un peu partout. Bronches et

marquée et l’on trouve dans nombre d’alvéoles des exsudations en rapportavec l’asphyxie par strangulation.

Il est évident que l’enfant dont nous venons de rapporter l’examen, est né vivant: les poumons largement aérés, flottant sur l’eau avec le cœur et le thymus, les bronches et les alvéoles bien déplissées, l’estomac et l'intestin remplis d’air en font la preuve. Ila même vécu assez longtemps, ainsi qu’en témoigneni l’abondance de l'air dégluti et lévacuation complète du méconium dont on ne retrouve de trace que sur les cuisses du cadavre. Les diverses lésions décrites dans cette observalion ne laissent aucun doute sur la cause de la mort. Celle-ci est due à une asphyxie par strangulation à la main et obturation des voies aériennes. Les fractures des pariétaux ont été faites alors que l’enfant était encore en vie ; la bosse sanguine qui a décollé l’épicrâne permet de l’affirmer. Les débris de liquide amniotique constatés dans les poumons sont d’ailleurs en quantité insuffisante pour justifier l'hypothèse d’une mort consécutive à une asphyxie intra-utérine. La mère à été retrouvée et a avoué avoir donné la mort à son enfant au bout de 36 heures, d’abord en essayant de lui fracturer'e crâne, puis par strangulation-suffocation à la main.

Observation 8 (due à l’obligeance de M. le professeur Balthazard). — Enfant nouveau-né, duexe féminin, trouvé par les vidangeurs dans une fosse d’aisance.

Taille : 47 cm. 5. Poids : 2.950 grammes.

Le cordon ombilical mesure 32 centimètres ‘de longueur.

Il a été arraché et n’a pas été lié. Aucune trace de sillon d'élimination au niveau de l’ombilic.

Le diamètre du point de Béclard est de deux millimètres.

La putréfaction est peu avancée ; elle se traduit par la teinte verte de la face et des muqueuses buccale et pharyngée.

Le crâne est le siège d’une bosse volumineuse, de la grosseur d’une mandarine, située dans la région pariéto-occipitale droite. Cette tuméfaction est formée par du sang coagulé épanché sous le cuir chevelu.

On trouve une fracture du pariétal droit, très irrégulière, avec enfoncement d’un fragment de deux centimètres de largeur et cinq centimètres de longueur. Ce fragment a dilacéré la dure-mère et la substance cérébrale qui, par suite de la pression, a fait hernie sous le cuir chevelu.

Il existe un épanchement sanguin important dans les méninges et dansl’hémisphère cérébral droit.

Malgré l'absence de putréfaction gazeuse, les poumons flottent à la surface de l’eau. L'examen microscopique établit la présence de l’air dans les alvéoles et le déplissement des bronches, au moins dans la plus grande partie des poumons, car il existe encore des zones vides d’air. Dans nombre d’alvéoles on trouve, en quantité assez importante, des éléments provenant duliquide amniotique : cellules desquamées de j’épiderme fœtal, poils fœtaux, mais bien moins que dans les asphyxies intra-utérines.

Pas d’autres corps étrangers dans les voies aériennes.

Aucune trace de violences sur le corps autre que celles constatées à la tête.

Il s’agit donc d’un enfant qui a souffert pendant le travail, qui a fait des mouvements respiratoires prématurés et qui a aspiré du liquide amniotique. Cet enfant est né vivant et a respiré, puisque les alvéoles pulmonaires renferment de l’air et que les bronches sont déplissées, mais il n’a pas dû vivre

longtemps, car l’air n’a pas pénétré dans toute l’étentendue des poumons. L'absence dans les voies aériennes de corps étrangers autres que les débris de liquide amniotique permet d'affirmer que l'enfant était déjà mort lorsqu'il est tombé dans la fosse d’aisance. Pour la même raison, les cellules cornées

et les poils contenus dans les alvéoles pulmonaires ont bien été aspirés dans l’utérus maternel et non dans la cuvette des cabinets au-dessus de laqgnelle la mère aurait accouché.

Enfin la volumineuse bosse sanguine située sous le cuir chevelu prouve que l’enfant était encore vivant lorsque s’est produite la fracture du crâne. La violence qu’ont nécessitée les lésions décrites dans cette observation permet d’écarter l'hypothèse d’une fracture obstétricale par compression de la tête dans le bassin osseux. Ici encore on doit donc rejeter le diagnostic de mort par submersion intra-utérine et le professeur Balthazard, chargé de l’enquête médicolégale, a conclu dans son rapport que « la mort était due à unefracture du crâne produite au moment où l’on a fait passer de force la tête du fœtus par l’orifice trop étroit de la lunette ».

Enfin dans quelques cas la présence de liquide amniotique infecté dans les poumons pourrait faire soupçonner unavortement provoqué.

Observation 9 (due à l’obligeance de M. le professeur

Balthazard). — Enfant mort-né du sexe féminin, découvert le 27 janvier 1920.

Taille : 46 cm. 5. Poids : 2.300 grammes.

La putréfaction n’est pas commencée. Il existe un épais enduit sébacé sur le dos et au pli des aines, avec des traces légères de gonflement de l’épiderme.

Le cordon a été arraché à 9 centimètres de l’ombilic.

Le diamètre bipariétal mesure 82 millimètres ; le diamètre occipito-frontal 107 millimètres.

La masse thoracique : poumons, cœur, larynx et langue, plonge au fond de l’eau ; il en est de même pour les poumons séparés et même pour tous les fragments prélevés en divers points des poumons.

Coloration normale des poumons. — A leur surface aucune tache de Tardieu, mais seulement quelques zones étalées d’un rouge plus vif.

Pas de lésions du cœur, du foie, des reins.

L estomac contient du mucus non aéré, l'intestin grêle est vide, le gros intestin est rempli de méconium.

Pas de fracture du crâne, pas d’hémorrhagie méningée où cérébrale. On relève quelques ecchymoses sous-épicraniennes. ;

Examen histologique des poumons. — Pas de trace d'air dans les alvéoles ou dans les bronches. Cependant bronchioles et alvéoles sont partiellement déplissées par un liquide assez abondant contenant des corps étrangers. On reconnaît du mucus, des coupes de ‘poils du fœtus, quelques granulations ovalaires petites, de coloration jaunâtre, passant au verdâtre sous l’action de l'acide phénique, des cellules du tube digestif du fœtus, en un mot tous les éléments qui se trouvent dans le liquide amniotique.

La pénétration du liquide a été très abondante, car beaucoup de bronches renferment des amas de matière sébacée, qui leur donnent une forme ovalaire etune lumière impor-

tante. Les cellules de l'épithélium bronchique sont si bien

conservées qu’on aperçoit par places des cils vibratiles. |

De plus on constate la présence d'innombrables bactéries de toutes espèces dans les bronches et dans les alvéoles, accompagnant tous les corps étrangers introduits dans les à voies aériennes, alors que les cloisons alvéolaires, Le tissu

Dr dt

conjonctif et les vaisseaux sont dépourvus de tout germe infectieux.

Dans le cas présent, le cadavre est celui d’un fœtus parvenu à la fin du huitième mois de la vie inira-utérine. L'absence de toute trace de violences permet de rejeter l'hypothèse d’un infanticide. L’abondance des débris de liquide amniotique dans les poumons qui ne contiennent pas de trace d'air impose le diagnostic de mort par submersion intrautérine au cours de l'accouchement. Mais ce qu’il y a de particulier ici, c’est la présence de bactéries en quantité considérable, Leur constatation uniquement dans les alvéoles au milieu des corps étrangers qui les remplissent, leur absence complète dans les cloisons interalvéolaires et dans les vaisseaux permet de conclure qu'elles out été apportées dans les poumons par le liquide amniotique infecté. Or l’infection du liquide amniotique peut être d’origine sanguine, mais c’est rare et nous ne trouvons:pas ici de bactéries dans les vaisseaux. Le plus ordinairement les germes infectieux sont introduits dans la cavité utérine par un instrument septique ayant servi à perforer les membranes lors de manœuvres abortives. Il est donc probable, sans qu’on puisse l'afir-

mer, qu'on a affaire dans le cas présent à un avor-

tement provoqué. L’infection du liquide amniotique consécutive aux manœuvres abortives aurait été la cause de la souffrance du fœtus. De là ses mouvements respiratoires prématurés qui 6nt amené sa mort par submersion intra-utérine,

Page 1