I. — COMPOSITION CHIMIQUE ET EXTRACTION
Cet exposé nous a été inspiré par Mme Coignerai-Devillers, pharmacien-sérologiste de la Faculté de Paris. C'est Mme Coignerai-Devillers qui a préparé toutes nos substances et fait toutes les recherches d’ordre chimique. Qu'elle trouve ici l'expression de notre gratitude et nos remerciements.
Nos substances P ont été préparées suivant la techni-
que modifiée de Thiers. Toutefois nous avons été conduit à apporter les changements suivants à cette méthode. Nous avons supprimé la phtaléine qui était utilisée comme indicateur de virage. Nous avons en effet remarqué que le maximum de précipitation avait lieu lorsque la couleur jaune ambrée du liquide passait au jaune pâle. Nous nous basons uniquement sur ce changement de teinte, cette modification est sensible à une goutte de soude. De même nous avons remplacé la solution d'Evans qu’employait Oriel pour dissoudre sa substance, par de l’eau physiologique à 9/1000.
A l’aide de cette méthode, qui diffère sur la forme mais est identique dans ses grandes lignes avec celle qu’employait Oriel, nous avons préparé les substances P qui ont servi à traiter nos malades.
La poudre que l’on recueillait après séchage du précipité ne présentait pas toujours le même aspect el deux types de poudre peuvent être séparés :
a) Une substance blanche, douce au toucher, rappelant la caféine, examinée au microscope elle montre de fines aiguilles. Cette substance est très facilement soluble dans l’eau physiologique;
b) Une substance jaunâtre, rude au toucher, d’aspect pulvérulent, rappelant la pierre ponce porphyrisée. Au microscope on voit de gros amas de forme indéterminée. Elle s'écrase mieux que la substance blanche mais se dissout en laissant un résidu qu’on élimine par filtration.
Nous ajouterons que lPon obtient la substance blanche lorsque le précipité donné par l'alcool est abondant, la
jaune lorsqu'il est rare.
HOT Se
L'abondance de la substance recueillie est en effet très variable, Nous avons toujours opéré sur le même volume d'urine (4oo cc.) et nous avons obtenu un poids de substance oscillant entre 4 et 30 cgr. Parfois même la substance faisait complètement défaut alors que l’étude du malade la faisait prévoir en grande quantité ; mais ce fait est l’exception, comme la lecture des observations négatives peut permettre de s’en rendre compte.
En effet ces observations montrent deux cas d’eczéma diathésique (obs. 1 et 3) où l’on était en droit d'attendre un précipité abondant et où on n’obtint qu’une substance inutilisable car en trop petite quantité : mais il y avait tout de même un précipité.
D'ailleurs dans ces dix observations négatives le précipité existait, mais élait trop faible pour être utilisé.
Celte éther-réaction nous a donc semblé d’une constance remarquable puisqu'elle n’a fait défaut qu’une fois sur trente urines examinées. Et encore chez le malade où elle avait manqué, elle apparut positive à un nouvel examen pratiqué huit jours plus tard et a donné une très belle substance blanche.
De même il n'existe aucun rapport entre la plus ou moins grande viscosité du liquide résultant de l’extraction à l’éther et la quantité de substance recueillie.
La composition chimique de la substance a retenu notre attention et nous avons remarqué que nos poudres ne donnaient pas la réaction du biuret et de la xanthoprotéine, réactions qui avaient permis aux auteurs anglais de leur attacher le qualificatif de protéose.
Il s’agit d’une matière protéique mais le problème
TT TPE
n’en est pas pour cela résolu. Car les seules fois où nous avons obtenu une réaction du biuret positive, celle ci était due à fa coloration rose des traces de phtaléine en présence de soude, s’ajoutant à la coloration bleue de la liqueur cuprique employée; on arrivait évidemment ainsi à la teinte violacée obtenue avec une réaction du biuret positive. Cest ce qui nous a engagé à supprimer la phtaléine.
Il faut donc abandonner l’idée qu’il s’agit là d’une protéose et nous avons demandé à M. Barber l’explication de la déficience de la réaction du biuret. Oriel et Barber n'ont pas pu nous fournir l’explication demandée. Thiers, consulté par Mme Coignerai-Devillers, pense que la poudre obtenue est un complexe dont il ignore la composition chimique.
Pourtant l’abandon du concept « protéose » de la substance d’Oriel nous a incité à chercher quelle pouvait être la composition de cette poudre et nous nous sommes reporté aux travaux d’Oriel et de Barber. Nous avions en effet remarqué en lisant ces auteurs qu’ils avaient noté dans les états allergiques l’augmentation du taux des acides aminés dans le sang. Il nous paraît raisonnable de penser que ces acides sont éliminés par le rein, et que ce sont eux, avec leurs produits de désintégration, qui constituent cette poudre blanche. Simple hypothèse mais qui trouve un argument de consolidation dans l’absence de réaction du biuret. Nous verrons par la suite le parti que l’on peut tirer de ces considérations.
Il n’en reste pas moins vrai que nous avons toujours
PR Ne
trouvé dans les urines des malades la réaction à léther el son précipité d’une façon constante. De plus il nous a paru qu’il n’y avait pas une substance d’Oriel mais des substances d’Oriel.
Eo effet, à plusieurs reprises, la longueur du traitement nous a obligé à rechercher une deuxième fois la substance P chez le même malade et nous avons été étonné de la trouver différente. Ainsi dans l’observation n° 25 la réaction à l’éther a donné à deux mois d’intervalle une substance blanche la première fois et une substance jaune la deuxième fois. La même remarque doit être faite dans l’observation 23. Nous verrons quelle importance ceci peut avoir dans l’explication biologique des phénomènes allergiques.
D'ailleurs nous savons que cette substance n’est pas identique chez les malades atteints de syndromes cliniques semblables ou voisins ; la confrontation des observalions d’eczéma que nous rapportons au nombre de 15, est éloquente à cet égard. En effet sur ces 15 cas, 3 donnèrent de si faibles précipités qu’il fut impossible de les utiliser. Chez les 12 qui furent traités la substance P. s’avéra parfois abondante, parfois jaune, parfois blanche.
Ces faits nous permettent donc bien d'affirmer que ce n’est pas une substance mais des substances que noûs avons obtenues et nous nous permettons de penser que chez chaque malade le précipité est formé d’un complexe de nombreux corps protéiques ou prédominent indiscutablement les acides aminés,
OS à