‹ La SuèdeChapitre 1 sur 33 · A MONSIEUR LUCIEN MAURY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LUCIEN MAURY

Mon cher ami, je vous dédie ce livre en souvenir de notre temps d'Upsal, de l'accueil que vous m'y avez fait, de l'amitié que vous m'y avez marquée ; et je vous le dédie comme à un des Français qui connaissent le mieux la Suède. Vous en verrez, plus que personne, les inexactitudes ou les erreurs; et je ne doute pas que, sur bien des points, il vous paraisse insuffisant. Mais vous savez quel soin j'y ai apporté et surtout quels inappréciables concours j'ai rencontrés. Vous savez aussi que le meilleur de mon ouvrage est encore ce que fai emprunté aux auteurs suédois. Tout ignorant que je fusse, je me suis mis à leur école; et, à travers des traductions sans cesse précisées, où je n'avais à redouter aucun contresens, et dont le commentaire, illustré par la vue des lieux qu'ils avaient décrits et des gens qu'ils avaient peints, était plus précieux que la traduction elle-même, j'ai essayé d'abord de

sentir comme eux ^ puis de pénétrer jusqu'à Vâme de\ leur pays. Je ne me flatte point d''y être parvenu! Les\ peuples sont de grands mystères les uns pour les^ autres ; et il y a beaucoup de vanité dans les études de psychologie étrangère. L'image que nous nousl formons d'un pays étranger nest presque toujours qu'une construction de notre esprit. Encore faut-il, comme pour tes portraits, qu'elle soit harmonieuse et vivante, et que le modèle, dans les déformations que lui font subir notre intelligence, notre sensi-^ bilité, nos opinions particulières ou nos préjugés, garde quelques-uns des traits essentiels qui permettront de le reconnaître et, en même temps, d''apprécier la ncdure et la qualité de l'observation. Ma Suède est-elle vraiment la Suède ? Je me serais bien trompé si le lecteur n'en retirait au moins l^ impression que ce pays est un des vieux pays les plus attachants, tes plus riches de poésie intérieure et les plus foncièrement religieux. La pensée ne m'a point paru y valoir le songe ; ni la vie intellectuelle, la vie morale ; ni la société, l'individu. Nos amis suédois ne sauraient m'en vouloir d'une indépen^ dance et d'une franchise qui n'excluaient point la sympathie et dont leurs Jugements sur les nations étrangères, sur la nôtre et quelquefois même sur la leur, me donnaient Vexemple. Il ne m' apparie^ nait pas, si Français que Je fusse, de leur faire des compliments. J'étais plus préoccupé de comprendre et d'arriver à saisir les vertus et les faiblesses de

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