‹ La SuèdeChapitre 173 sur 361 · INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE

La Suède est un des grands pays de l'Europe, et, s'étendant principalement du nord au sud, elle présente plus de différences de terrain que la plupart des autres pays. Le contraste des plaines fertiles de la Scanie avec les rochers de la Laponie est immense, bien qu'il soit adouci par des gradations infinies de climat et de sol dans les provinces intermédiaires. Avec ses innombrables ressources variées, la Suède forme, pour ainsi dire, un monde à part. Sa configuration présente un massif continu, borné aux V» par des mers, dont la plupart ne sont pourtant que des mers intérieures. Partout dans le pays, il y a de nombreux grands lacs dont les déversoires forment tantôt des fleuves navigables, tantôt des courants avec des rapides et des chutes. De la superficie totale du pays, qui est de 44,786,227 hectares, les lacs occupent 3,666,739 hectares. Il reste donc en terre proprement dite 41,119,488 hectares. Le tableau 1 ci-dessous relève en chiffres ronds la répartition actuelle de cette superficie en terres cultivées et prairies naturelles, en forêts et en autres terres.

Tabl. 1.

Répartition du sol suédois^ en 1897.

Régions.'

Superficie totale.»

Hectares.

Dont hectares:

En % dn total.

Terre cultivée et prairies naturelles.

Forêts.

Autres terres

Terre

cultivée

etc.

Forêts.

Antres terres.

Scanie

Smàland

Le reste da Gôtaland

SveaUnd oriental

Svealand occidental...

Norrland méridional..

Norrland septentrion.

Total

' La rég;ion de <Sm&land> comporte les provinces de Sm&land et d'ôland; le Svealand occidental signifie les gonvemements de Yermîand et de Kopparberg; et le Norrland septentrional cenx de Vesterbotten et de Norrbotten. — • Les lacs exclns.

U Suède. IL 1

Après ce premier exposé du pays comme le champ de l'activité du peuple, nous donnerons quelques faits relatifs aux habitants eux-mêmes, groupés d'après les principales branches d'industrie d'où ils tirent leur subsistance. Le tableau 2 démontre la répartition du peuple suédois, par différentes professions, à diverses époques des dernières périodes décennales.

Tabl. 2.

Répartition de la population par professions.

Groupes de professions.

PopalatloQ totale.

En % du total.

Agricnltare et pêche

Indastrie

Commerce et transport

Professions libérales

Total

Ces deux tableaux du pays et du peuple donnent en quelque sorte la clef des différentes industries du pays, telles qu'elles sont actuellement, telles qu'elles ont été et telles qu'elles tendent à devenir. On y voit retracée à grands traits la présente vie économique du peuple suédois.

On s'aperçoit que l'agrioultare est une des principales sources d'industrie de la Suède, où, depuis longtemps, on lui a donné le nom honorifique d'< industrie-mère». Il est vrai qu'en ce moment il n'y a que 12 ^ de la terre qui soient transformés en champs et en prairies, tandis que la moyenne de l'Europe occidentale est de 44 %. Mais ici il s'agit de grandes étendues. Pour chaque habitant, la Suède a environ 1 hectare de terre cultivée ou de prairie, tandis que, dans l'Europe occidentale, la moyenne est de */3. Ces chiffres démontrent suffisamment que l'agriculture joue en Suède un rôle plus important que dans la plupart des autres pays de l'Europe occidentale. Mais le tableau 2 nous apprend aussi que chez nous, comme ailleurs, l'agriculture perd rapidement de son importance. Ce n'est pas seulement d'une manière relative mais aussi absolue que, malgré l'augmentation assez considérable du chiffre des habitants pendant ces temps derniers, elle occupe un bien plus petit nombre d'individus qu'elle ne le faisait il y a trente ans. La décroissance relative indique que l'industrie et le commerce se sont développés en grandes puissances à côté de l'agriculture qui était autrefois prédominante. La décroissance absolue du chiffre des ouvriers agricoles témoigne, de son côté, des modifications survenues dans la culture elle-même. Pendant les dernières 20 ou 30 ans, les machines ont pénétré dans le domaine de l'agriculture suédoise, rem-

^ D*aprè8 des calculs approximatifs.

INTRODtJCJTION. à

plaçant la main-d'œuvre, qui se fait de plus en plus coûteuse, et en même temps contribuant à donner à l'agriculture un caractère toujours plus industriel. Le résultat de cette transformation se fait aussi voir dans le développement grandiose de l'élevage du bétail et de la laiterie qui s'y rattache, ainsi que de la culture des betteraves en Scanie, laquelle a créé, sur de larges bases, une industrie sucrière. Tant par sa propre activité que par ses productions finales, l'agriculture a été entraînée à s'associer à la marche triomphale que fait actuellement à travers le monde l'industrialisme, qui, à coup sûr, n'a pas encore dit son dernier mot.

La forêt occupé à peu près la moitié de la terre suédoise. L'industrie forestière est donc évidemment une des principales du pays. Ne réclamant pas autant de bras que l'agriculture, elle ne nourrit qu'une partie relativement petite de la population. Néanmoins, elle constitue une des plus grandes sources de gain du pays. A peu près la moitié de la valeur des articles exportés est due aux produits forestiers. Et dans les grands marchés du monde, la Suède reste toujours dans cette branche le vendeur le plus important. L'immense capital forestier étant administré d'une manière de plus en plus rationnelle, cette source de gain est assurée à tout jamais, et, grâce au développement continu des industries qui s'y rapportent, les bénéfices qu'en tire le pays vont en s' augmentant. Par le développement toujours croissant de la menuiserie, de la fabrication de la pâte de bois et du papier, il 8'efPectue, même dans ce domaine, une transformation de la production des matières premières en une industrie manufacturière.

Le tableau 1 ci-dessus désigne non moins de 16*5 millions de hectares sous le titre d'« autres terres», c.-à-d. en aucune manière réclamées pour la culture. Une étendue assez considérable de cette superficie immense est pourtant regardée comme cultivable, ou propre à la culture forestière quand le temps en donnera lieu. La plus grande partie de ce terrain, se composant de montagnes et de rochers, est donc infertile, mais il n'en a pas moins sa grande valeur. Car c'est justement au sein de ces rochers que la nature a caché un des plus grands trésors de la Suède: les immenses couches de minerais de fer qui, s'étendant, pour ainsi dire, comme une ceinture par la partie centrale du pays, contiennent les minerais les plus purs du monde. Mais la plus grande masse de ces couches se trouvent dans les régions rocheuses de la Laponie. Naguère inaccessibles, elles sont actuellement, grâce à de nouvelles lignes de chemins de fer, ouvertes aux grands marchés du monde. Beaucoup d'autres richesses minérales sont cachées dans les montagnes suédoises.

11 est donc tout naturel que, de temps immémorial, l'exploitation des mines a constitué une des principales branches de l'industrie suédoise. Aussi la Suède a-t-elle longtemps occupé la première place parmi les pays de l'Europe au sujet de la production du fer, jusqu'à ce que

l'emploi de la houille pour la fabrication de la fonte ait amené cette industrie sur d'autres voies. Depuis lors, le manque de charbon fossile a été un des principaux obstacles au développement d'une grande industrie minière en Suède. C'est aussi à ce manque que tient le fait que, pour le moment, l'exploitation des mines en Laponie n'est qu'une production de matières premières. Le développement considérable qu'ont fait, ces temps derniers, les fonderies, les ateliers mécaniques, etc., démontre cependant que, même dans ce domaine, se prépare la transition à une grande industrie manufacturière.

On ne trouve de houille en Suède que dans la partie nord-ouest de la Scanie et encore en assez petite quantité, tout à fait insuffisante pour les besoins du pays. C'est donc le manque de houille ainsi que les grandes distances qui, en premier lieu, ont longtemps entravé l'essor de l'industrie manuflAOturière suédoise. Depuis une dizaine d'années il se produit pourtant, à ce sujet, un revirement définitif. Une foule de nouvelles branches de fabrication ont été créées, et les anciennes ont multiplié leur activité, ce qui a amené une hausse immense de la valeur totale des produits manufacturés, laquelle pour l'année 1897 a été évalué à 637 millions de couronnes (non compris l'exploitation des forêts, des mines et des laiteries), le nombre des habitants tirant leur subsistance de l'industrie ayant été plus que doublé depuis 1870. La grande industrie a donc fait son entrée en Suède, qu'elle transformera sans doute, en peu de temps, en un des centres du travail industriel, malgré le manque de houille, mais grâce à l'abondance d'une autre des grandes forces naturelles du monde: les chutes cTeau.

Le oommeroe et l'exploitation des voies de communication constituent aussi une des plus importantes sources de gain du pays. Grâce à l'accessibilité de nos côtes, à nos nombreux ports et au système sagement établi des voies d'eau intérieures qu'oflPrent les grands lacs et que d'importantes constructions de canaux ont encore développées, la navigation intérieure est très animée, et, par suite de la grande différence que présentent les produits des provinces particulières, il existe un très grand mouvement commerciel dans le pays lui-même. De même, par un réseau de voies ferrées, qui, relativement au nombre des habitants, est le plus grand de l'Europe, on a raccourci les distances et on a facilité l'accès du commerce universel dans l'intérieur du pays. Ces derniers temps, le commerce extérieur s'est aussi considérablement développé; il pourrait, sans doute, encore prendre plus d'essor, ce qui est aussi et bien plus le cas de la navigation extérieure^ qu'un nouvel intérêt cherche à arracher à l'engourdissement où, par suite de circonstances défavorables, elle a été plongée durant les dernières vingt ans du 19°»* siècle. Le tableau 2 relève suffisamment les progrès importants qu'ont faits toutefois ces métiers depuis 1870, se manifestant par les différences survenues dans la répartition des habitants par professions.

CONJOKCTIJBES ÉC01C0MIQUE8 P£KDAKT L£8 ANNÉES 1866/98. 5

La pêche est moins considérable. 11 est vrai que les innombrables lacs et rivières de la Suède, de même que les mers autour de ses côtes, 8ont très poissonneux, mais à cet égard, ils ne pourront pourtant être comparés avec les grands océans. Comme, durant une grande partie de Tannée, ils sont couverts de glace, le domaine de ce métier est assez restreint. La ohasse enfin, qui autrefois était d'une grande importance, ne pourrait plus être regardée comme une branche de l'économie du peuple. Ce n'est plus guère qu'un divertissement ou un sport.

De ce court résumé il découle que la vie économique de la Suède est assez riche et variée et que, depuis la dernière moitié du 19™« siècle, eUe se trouve dans une période de transition dont le but est: la transformation de la production des matières premières en une induS" trie manufacturière et Virruption de l'industrialisme dans le domaine de toutes les branches de Vactivité économique humaine. C'est donc là le même développement que dans les grands pays d'industrie. De même que là, ce développement amène l'aisance croissante du peuple et une fortune nationale qui s'augmente rapidement. Nous essayerons de retracer à grands traits même ce côté de l'économie de la Suède, ainsi que le développement qu'elle a eu dernièrement. Le calcul de la fortune nationale est peut-être la tâche la plus difficile qu'on puisse soumettre à la statistique. Mais une évaluation même approximative sera sûrement d'un grand intérêt. Elle donnera, pour ainsi dire, un inventaire des revenus et de la fortune entière du peuple, ou, pour nous servir d'une autre métaphore, elle en donnera une photographie instantanée. Quand même les traits n'y seraient pas très distincts, rien ne saurait donner une image plus complète de la situation économique d'un peuple qu'une évaluation de la totalité de ses revenus et de ses biens meubles et immeubles.

Avant de passer à ces évaluations, nous nous permettrons, afin de faire mieux ressortir les diverses phases de la vie industrielle, d'exposer quelques faits relatifs aux

Conjonctures économiques pendant les années 1866/98.

De nos jours, peut-être encore plus qu'autrefois, la vie industrielle est soumise à des vicissitudes incessantes selon que les conjonctures sont plus ou moins favorables. Ces phénomènes se produisent sur les grands marchés du monde, mais l'influence s'en fait ressentir même dans les contrées les plus éloignées. A côté de ces grandes courbes, il y en a aussi de moins grandes dues à des causes locales et contribuant tantôt à accentuer, tantôt à neutraliser l'effet de l'ondulation sur les grands marchés du monde. Un aperçu de ces variations dans l'histoire économique de la Suède pendant la dernière partie de 19™« siècle se trouve dans le tableau 3, qui contient certains faits caractéristiques à cet égard, puisés dans différents domaines de notre vie industrielle.

U Suède. IL 1 1

Tabl. 3. Renseignements relatifs aux conjonctures économiques de la

Suède, en 1866/98.

Prix

Expor-

Produc-

Rem-

Sar 1,000 habitants.

Récolte des

Prix du seigle.'

d'une journée

tation du bois

tion des mine-

Re-

boursements'

Années.

céréales.

de

non-

rais de

venu. *

des

travail

ouvré.

fer.

caisses

Mari-

Excédant

Émigra-

Milliers

Couronnes

en été.*

MilUons

Milliers

MUlions

ages.

des naissances.

tion nette. »

de qulntaaz.

qofntal.

Couronnes.

de couronnes.

de tonnes.

de couronnes.

La période de 1866 à 1870 était, en somme, fort désavantageuse pour la Suède, ce que relève aussi le tableau. Or, ce fait tenait surtout à une cause locale, savoir les mauvaises récoltes des années 1866, 1867 et 1868, — c'est en effet la dernière fois que, dans notre histoire, de telles causes locales aient exercé une influence décisive sur la vie

^ Pour les années 1866 84 avec des corrections approximatives des chiffres officiels. — ' Chiffres officiels (dits de cmarkegâng»), certainement trop bas, mais donnant néanmoins les variations. — ' Pour les ouvriers agricoles. — * Revenu du capital et du travail (les revenus au-dessous du >minimnm d*existance> exceptés); par conséquent, le revenu des immeubles n'y est pas compris. — ' Remboursements en % des versements, dans les caisses d'épargne privées et la caisse d'épargne postale. — * Quant à l'excédant des naissances et à l'émigration, les chiffres sont approximatifs.

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