COMMERCE
L'histoire de notre commerce extérieur présente de nombreuses fluctuations. Sans nous occuper des époques que les études archéologiques peuvent seules mettre en lumière, nous donnerons ici quelques détails concernant le développement du commerce extérieur au cours des derniers siècles.
Pendant la première partie du moyen âge^ le commerce de la Suède avec Tctranger eut de grandes difficultés à surmonter. Même alors que les expéditions des Vikings avaient cessé, le trafic de la Baltique restait peu sûr en raison des courses des Esthoniens, des Wendes et autres peuples. Puis se présentèrent d'autres obstacles. Tandis qu^aux temps anciens, les marchands de Visby étaient les maîtres du commerce par la Baltique et, par conséquent, des échanges de marchandises entre la Suède et l'étranger, les villes allemandes commencèrent, au cours du 13™® siècle, à obtenir certains privilèges en Suède. En 1251, un traité conclu entre la Suède et la ville de Lubeck, concéda aux deux parties des droits réciproques de nationalité et de liberté commerciale. Ce traité introduisait en Suède le principe de l'influence de la Hanse; et, comme le droit de réciprocité ne pouvait, de fait, être d'aucune utilité aux Suédois, en raison de leur impuissance à entrer en concurrence avec les membres de la Ligue hanséatique, ces derniers devinrent, pour ainsi dire, les seuls intermédiaires du commerce de la Suède avec Tétranger. Affranchir le commerce suédois de cette entrave fut un des premiers objets de la politique énergique du gouvernement de Gustave Vasa (1523/60), et les efforts du grand roi pour l'accomplissement de cette tâche furent couronnés de succès. Peu à peu, les Suédois s'accoutumèrent à exercer eux-mêmes le négoce et à faire voile vers les pays étrangers. Le commerce avec Lubeck fut peu à peu abandonné, et la Suède envoya ses propres navires aux Pays-Bas, en Angleterre, en France et même jusqu'en Espagne et en Portugal.
Sous les premiers successeurs de Gustave Vasa, notre commerce extérieur tomba en décadence. A l'avènement de Gustave II Adolphe, les affaires commerciales de la Suède avec l'étranger consistaient principalement dans l'exportation des matières premières et la réimportation, à un prix plusieurs fois doublé, de la marchandise façonnée. Gustave- Adolphe (1611/32) entreprit avec zèle de rétablir et de développer notre commerce et notre navigation. «La prospérité du royaume dépend du commerce et de la navigation», aimait-il à répéter souvent. Et, conformément à ce principe, il s'appliqua à accorder aux villes une protection toute particulière. Une lutte s'était élevée entre les villes d'entrepôt: les plus considérables désirant voir leur influence s'accroître par la réduction du nombre de leurs rivales. Gustave-Adolphe, jugeant lui-même que le royaume trouverait avantage
à n'avoir que quelques grands entrepôts de commerce au lieu d'une quantité de moins importants, en diminua le nombre. Quatre ans après la mort du roi, il fut interdit aux navires étrangers d'entrer dans les ports du golfe de Bothnie et, à ^'exception de Gefle, toutes les villes au nord de Stockholm ainsi que la ville d'Abo (en Finlande) perdirent leur droit d'entrepôt. D'autres mesures analogues furent prises plus tard.
Le port de Gothembourg.
Eu Suède, comme à l'étranger, on crut pouvoir favoriser le commerce et l'industrie par l'institution de compagnies possédant le monopole du commerce de certaines marchandises ou avec certains pays. A cet effet, des privilèges furent accordés en 1619 à une Compagnie pour le commerce du cuivre (Kopparkompaniet), avec le monopole de l'achat et de l'exportation de ce métal. Cependant, après dix années d'existence, cette compagnie dut être dissoute. L'année 1636 vit la formation d'une nouvelle compagnie pour le commerce du cuivre; mais elle cessa d'exister 2 ans plus tard, alors que le commerce du cuivre devint libre. D'une importance beaucoup plus considérable fut la compagnie dite * Compagnie do Sud» (Sôderkompaniet), qui, à l'initiative du Hollandais Sv. Usselinx, fut privilégiée eu 1626, dans le but de faire le négoce avec l'Asie, l'Afrique, l'Amérique et l'Australie et qui, par conséquent, possédait le monopole du commerce maritime avec ces parties du monde. Des circonstances défavorables empêchèrent cette compagnie de réaliser ses grands desseins. I*armi les autres compagnies commerciales, nous ne nommerons que les compagnies pour le commerce du goudron (tjiirhandelskompanierna), qui, de 1648 à 1715, possédèrent exclusivement le droit d'acheter les goudrons en Norrland et en Finlande, à un prix fixé par l'ordonnauce d'autorisation, et d'exporter ce produit.
INTRODUCTION. 885 i
An nombre des pays étrangers avec lesquels la Suède faisait le commerce pendant le l?'"® siècle, la Hollande occupe le premier rang. Les traités de commerce de 1614 et de 1640 avaient donné à cette nation le pas sur toutes les aatres. Il faut encore mentionner les villes allemandes du littoral de la Baltique, desquelles provenait environ ^z des produits importés en Suède. Mais la plupart de ces ports dépendaient, de leur côté, des Suédois qui, par de lourdes taxes, imposaient leurs opérations commerciales. Le Danemark exerçait aussi une grande influence sur le commerce suédois, surtout avant la paix de Roskilde 1658.
Sous le gouvernement énergique de Charles X/ (1672/97), des mesures étendues furent prises pour la prospérité du commerce et de la navigation: Texportation des bois fut favorisée, le commerce du goudron fut encouragé, etc. On travailla avec zèle, sinon avec succès, à ramener le commerce russo-hollandais d'Archangel dans les ports de la Baltique, et on essaya de faire passer le commerce de la soie et des soieries de Perse à Narva et à Riga; mais ces tentatives échouèrent devant d'insurmontables obstacles.
Après la décadence dans laquelle tomba l'industrie pendant les guerres de Charles XII (1700/21), le gouvernement et le Riksdag s'occupaient activement du développement matériel du pays, mais ne lui appliquaient que les principes mer- 4!antiles peu développés du temps, qui avaient, par le fait, longtemps dominé notre législation commerciale. Toutefois, V époque dite de la liberté (1718/72) marqua l'apogée du système mercantile en Suède. Dans le but de protéger le commerce intérieur fut rendu, en 1724, le décret sur les produits (produktplakatet), copie de la loi anglaise de la navigation, par lequel il fut interdit à toute nation •étrangère d'introduire en Suède d'autres produits que ceux de sa propre fabrication. Puis, les droits de douane furent élevés et l'importation limitée. Les mar- «chandises interdites pour l'importation étaient surtout les articles manufacturés qui pouvaient être fabriqués en Suède.
Malgré tout, le commerce extérieur de la Suède avait déjà, entre 1730 et 1740, pris un essor considérable, et se faisait avantageusement, surtout avec l'Angleterre. On continuait à considérer les compagnies commerciales comme un ressort puissant pour le développement du commerce avec l'étranger; aussi, en 1731, fut instituée une nouvelle compagnie pour l'exploitation du commerce avec les Indes orientales. Elle subsista jusqu'en 1813.
La crise économique traversée par la Suède entre 1760 et 1770 ayant porté un coup décisif au système mercantile, des idées plus libérales commencèrent à se faire jour. Le règlement monétaire de Gustave III et la neutralité armée gardée pendant la guerre de l'indépendance américaine, ouvrirent une ère favorable au commerce extérieur de la Suède. A aucun temps, notre navigation ne semble avoir été plus prospère. Des années de disette et la guerre avec la Russie causèrent à notre commerce de graves préjudices; puis, au commencement du règne de Gustave IV, la neutralité gardée par la Suède pendant les grandes guerres de Napoléon, sembla ramener un certain mouvement commercial. Mais cette prospérité ne fut que passagère, car bientôt de nouvelles années de disette éprouvèrent le royaume. Le commerce se ralentit, en raison du peu de sûreté des voies maritimes, et finalement la guerre avec Napoléon influença défavorablement sur notre commerce extérieur et de notre navigation. Cependant, ^n gain temporaire fut acquis à la Suède par le commerce de contrebande fait avec l'Angleterre, qui envoyait en Suède ses marchandises pour les faire passer sur le continent.
Grâce à la paix constante dont la Suède a joui depuis 1814, notre commerce extérieur a fait d'énormes progrès. Déjà sous le règne de Charles XIV Jean (1818/44), il avait pris un essor marqué, dû surtout à la réorganisation des finances et à l'extension de la liberté commerciale et industrielle qui lentement se frayait un chemin. Plus essentielles encore furent les réformes introduites par les lois commerciales qui virent le jour sous le règne à!Oscar /"* (1844/69).
La Suède. II. 25
De nouveaux traités de commerce et particulièrement Tabolition des droits de douane payés pour la navigation du Sund, faite d'accord avec le Danemark, favorisèrent à un haut degré notre commerce extérieur. Enfin, il est évident que la faciUté et la rapidité des communications, de même que l'accroissement de production et de consommation dans le pays, ont été de puissants auxiliaires pour le développement du commerce extérieur.
Par les traités de commerce et de navigation conclus avec la France' ^vl 1865, la Suède adopta, dans une plus large étendue, le système du libre échange. En 1888 se produisit une réaction, occasionnée par l'introduction de nouveaux droits de douane et l'élévation de beaucoup d'anciens.
Les chiffres exposés à la page 398 donnent les montants des droits de douane perçus en Suède depuis 1841, ainsi que la proportion de ces droits à la valeur totale de l'importation.
Yalear totale du commerce extérieur.
La valeur du commerce de la Suède avec les pays étrangers, pour toutes les années écoulées depuis 1836, ressort du tableau ci-deason& Alors qu'elle s'éleva pendant la période de 1836/40 au chiffre annuel de 57 millions de couronnes, elle atteignit, par contre, en 1898, celui de 800 millions. Cet accroissement prodigieux peut s'expliquer, en partie, par ceci, que notre pays était, il y a un demi-siècle à peine, pour ainsi dire en dehors des grandes communications internationales. De 1850 à 1870 se produisit ici un passage aux conditions modernes. Un saut inouï sépare les deux périodes de 1866/70 et de 1871/75: pendant la première, notre commerce avec l'extérieur atteignit annuellement 259 millions de couronnes, et pendant la seconde 451 millions, soit près de 75 % en plus.
Tabl. 49.
Importation et
exportation
, en 1836198.
Moyennes des
Population
Valeur, en couronnes.
Couronnes par hab.
années.
moyenne.
Importation.
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En 1898
Comme dans la plupart des pays européens, on trouve, de nos jours» dans notre statistique commerciale une infériorité croissante de la valeur de Texportation en regard de Vimportation. Il n'est pas nécessaire d'entrer ici dans les causes générales qui expliquent cet état de choses.