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LES INSTITUTIONS ET LEGS NOBEL

Alfred Nobel a légué toute sa fortune (à peu près 30 millions de couronnes ou plus de 40 millions de francs) dans le but de créer un fonds, dont le revenu annuel sera distribué parmi ceux qui viennent de rendre le plus grand service à l'humanité. Le revenu est divisé en cinq parties égales, et ces cinq prix seront répartis: le premier, à celui qui aura fait la découverte ou l'invention la plus importante dans le domaine de la physique; le deuxième, à celui qui aura fait la plus grande découverte ou réforme chimique; le troisième, à celui qui aura fait la plus importante découverte dans le domaine de la physiologie ou de la médecine; le quatrième, pour le meilleur ouvrage littéraire avec une tendance à l'idéalisme; et le cinquième, à celui qui aura contribué le plus à faire vivre les hommes dans une fraternité et une paix universelle. L'Académie des sciences à Stockholm est chargée de décerner les prix de physique et de chimie, l'Institut médico-chirurgical Carolin (Karolinska Institutet) à Stockholm distribue le prix pour les ouvrages physiologiques et médicaux, l'Académie suédoise à Stockholm décerne le prix littéraire, et le Storting norvégien est chargé de décerner, par cinq délégués, de ce qui sera fait en faveur de la paix universelle.

Un projet relatif à l'organisation et l'administration des legs Nobel vient d'être soumis au roi, mais n'est pas encore sanctionné. Selon ce projet, la première distribution des prix sera faite le 10 décembre 1901. L'institution sera placée sous l'administration de cinq hommes suédois, et la résidence de l'administration sera à Stockholm. Des ressources de l'institution on prélève d'abord, pour chaque section, une somme de 300,000 couronnes pour établir les t Instituts Nohél;^. Ceux-ci ont pour mission d'aider aux besognes préparatoires de la distribution des prix et de contribuer à réaliser l'intention du donateur. Annuellement on affecte de plus, & chacun de ces instituts, un quart du revenu que reçoit la section respective. Cet argent servira à payer les frais, causés par les distributions de prix, et il sera aussi utile pour le développement des instituts. — Du revenu que rapporte le fonds tout entier, on prélève annuellement un dixième (environ 100,000 couronnes) qu'on ajoute au capital.

Le reste des revenus disponibles aéra employé annuellement pour les cinq prix Nobel, dont chacun montera probablement à environ 140,000 couronnes ou 200,000 francs^. Les prix seront distribués indépendamment de la nationalité, et pour en obtenir un, il faudra qu'une personne compétente en ait fait la proposition par écrit. Les règles plus détaillées pour la nomination des candidatures aux prix seront données par les institutions qui sont décernées par le testateur à distribuer les prix. Des demandes directes d'obtenir un prix n'entrent pas en ligne de compte.

On peut partager un prix entre deux personnes qui auront produit, toutes les deux, des œuvres méritoires. S'il y a deux ou trois personnes

^ Ces chiffres se basent sar la supposition que le revenu annnel dn fonds s'élèvera à 1,100,000 couronnes on 1,500,000 francs.

356 IV. l'bnseiqnembnt et la culture intellectuelle en suède.

qui en collaboration ont fait une œuvre, digne d'être récompensiée, le prix sera également partagé entre elles. Un ouvrage fait par une personne, décédée depuis, ne peut pas être couronné si la proposition n'en a pas été faite avant sa mort. On peut aussi réserver un prix pour Tannée suivante, si l'on ne juge aucun des ouvrages proposés dignes de récompense. Ces réserves forment des fonds spéciaux, dont les revenus ont pour objet de réaliser, autrement que par des distributions de prix, l'intention du donateur.

Il est naturellement diflPîcile de juger d'avance de l'importance de ces nouvelles institutions, à l'égard du développement et des progrès de la science. Mais en tout cas, elles feront jouer un rôle important à la Suède, qui est appelée à décerner, dans plusieurs domaines de la civilisation, les plus grandes récompenses qui soient à la disposition de l'humanité.

Autres legs scientiflquçs importants.

La Suède possède encore on nombre assez considérable d'autres institutions et legs pour des buts scientifiques; les plus importants sont l'Association Letterstedt et llnstitution Lars Hiertas Minne.

li'activité de rAssociation Letterstedt est assurée par les legs faits par J. Letterstedt (1796/1862). Le but en est d'affermir les relations entre les trois pays Scandinaves par rapport à l'industrie, aux sciences et à l'art, ainsi que d'encourager et de développer tant l'industrie que les sciences et les arts des trois peuples. Cette association, qui date de 1878, s'occupe en premier lieu de la publication d'une revue (Nordisk tidskrift) commune aux pays Scandinaves. Le montant du capital dont disposait la société à la fin de 1899, était de 350,000 couronnes. En outre, ce legs comprend deux fonds (aujourd'hui respectivement 70,000 et 303,000 couronnes) qui ne pourront être employés que lorsque, grâce à la capitalisation des intérêts, le capital aura atteint les chiffres respectifs de ^2 million et de 5 millions. — Tous ces fonds sont gérés par l'Académie à& sciences, qui chaque année met à la disposition de l'association le montant disponible des intérêts, après quoi celle-ci, à son tour, assigne certaines sommes aux succursales en Norvège et en Danemark.

L'Institution Lars Hiertas Minne* Cette institution, fondée en 1877 à Stockholm par M™* Wilhelmina lïierta, à la mémoire de son mari Lars Hierta, homme politique, membre du Riksdag et fondateur de la presse libérale en Suède, a pour but d'encourager les recherches et les découve^^s scientifiques, les inventions industrielles, de travailler aux réformes libérales, aux améliorations sociales et à tout ce qui peut contribuer à l'éducation morale du peuple. La fondation, dont le capital s'élève aujourd'hui à environ 550,000 couronnes, dispose chaque année de 25,000 couronnes de rentes, dont les trois quarts sont distribués, selon les statuts, par un comité de cinq à sept membres; le reste doit être ajouté au capital. Deux fois par an, des subventions sont distribuées aux personnes (sans distinction de sexe) qui travaillent pour le but de la fondation. L'institution a aussi pris l'initiative d'œuvrcs nouvelles, parmi lesquelles il faut citer: le Musée d'hygiène à Stockholm, les ouvroirs pour les enfants pauvres, l'École culinaire de Stockholm pour les jeunes filles de la classe ouvrière, etc. Elle a aussi envoyé à ses frais des personnes aux États-Unis pour y étudier l'organisation des écoles mixtes; en Angleterre, pour étudier la »Charity Organisation», les habitations ouvrières, le système de Miss Octavia Hill, les écoles culinaires; en France et en

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