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colonel B. Hammer (1868-1876) à Berlin, lui 1882, M. le colonel Emile Frey lui nommé ministre suisse à Washington, où il resta six ans; nulle part au inonde nous Taxons vu ne se trouvent autant de ressortissants suisses qu'aux Etats-Unis; ce l'ail et le nombre des affaires particulières à traiter avec leur gouvernement avaient rendu nécessaire la création de ce poste, création accueillie avec enthousiasme par tous les Suisses établis en Amérique. (Voir les noms et les
portraits des chefs actuels de nos missions diplomatiques, page 4(lli.
Uni n'a pas eu l'occasion de connaître la nature des affaires confiées à nos légations, se lira difficilement une idée exacte de leur complexité. Outre les rapports à Caire sur les événements politiques, sur les coulants d'opinion et les combinaisons de la diplomatie européenne, surtout quand elle veut bien s'occuper tout spécialement de notre pays, il y a à traiter les grandes questions des démarcations, violations et différends de frontières, des canalisations de rivières et de la construction des lignes internationales de chemins de 1er. puis les multiples réclamations douanu les; il s'agit île collaborer à la conclusion des traités de commerce et de douanes, à la rédaction des traités concernant la poste, le télégraphe et la monnaie, des conventions consulaires, des arrangements relatifs à 1'établissemenl et au libre domicile, à l'extradition et à la compétence des tribunaux, à la propriété intellectuelle, etc. ; il s'agit aus-i de faire beaucoup de démarches préliminaires pour préparer dignement les expositions internationales puisque la confédération encourage financièrement la participation à ces sortes de concours entre peuples, dans l'intérêt de notre commerce d'expor-
tation. lui outre, tous nos représentants diplomatiques sont chargés d'administrer quelques-uns de nos 110 districts consulaires constitués
par la Suisse an dehors, el les ministres à Buenos-Aires et à Londres oui été désignés expressément comme consuls généraux, lui celle qualité il faut venir en aide aux pauvres, aux orphelins, aux malades, rapatrier les gens qui ne peuvent plus être secourus, soutenir tous les intérêts, toutes les réclamations ou contestations légitimes, répondre aux demandes de renseignements, dresser les listes de contrôle des Suisses établis, s'occuper des affaires d'état civil, régler îles questions d'héritages, délivrer les sommes recueillies, faire des recherches sur les disparus et faciliter l'avenir aux nouveaux-venus.
Cette mission incombe aussi au corps consulaire proprement dit, dont la formation avait été volée le 8 août 1816 et qui se compose actuellement de 113 représentants, 12 consuls généraux, 72 consuls, 2<S vice-consuls et 1 agent consulaire1. En 1<S(.)7, des indemnités s'éleyanl à 110 000 fr. ont été payées pour frais de bureaux et personnel auxiliaire, à 3.S de ces consulats, dont un, celui de Yokohama, est administré par un consul de carrière.
En principe, les consulats constituent des fonctions honorifiques : elles sont généralement exercées par des hommes notables de la colonie, domiciliés depuis longtemps dans la localité et familiers avec la langue, le caractère et les particularités politiques et autres du pays. Les services rendus par nos consuls sont très estimés et cela d'autant plus qu'ils remplissent leur devoir avec modestie et simplicité. Leurs rapports annuels, dont quelques-uns sont écrits par des observateurs très lins, fournissent beaucoup d'informations utiles pour notre commerce et nos industries. Cependant, il ne manque pas d'hommes compétents qui préconisent des réformes dans notre système consulaire et principalement la nomination de consuls de carrière ou d'attachés commerciaux appelés à travailler exclusivement et impartialement à notre expansion commerciale. Mais après un mouvement référendaire contre une loi qui autorisait le conseil fédéral à entrer dans cette voie, sous le contrôle financier des chambres, le peuple suisse décida de s'en tenir à létal actuel (15 février 1895), cette décision d'ordre intérieur ayant, du reste, été prise sans aucun sentiment qui eût pu froisser les Suisses à l'étranger. Malgré ce vote négatif, la question n'est pas réglée
' Leurs attributions -.mil fixées par le règlement du 2ii mai 1875.
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définitivement, car dans la lutte économique, pour laquelle la Suisse manque des matières premières, de charbon et de fer ainsi que de céréales en quantité suffisante, elle devra utiliser toutes les loi-ces el saisir tous les moyens pour ne pas se laisser distancer par ses rivaux. pour maintenir ses débouchés el s'ouvrir des marchés nouveaux.
En jetant un coup d'œil rétrospectif sur les divers facteurs qui déterminent le rôle international de la Suisse, nous voyons corroborée celle vérité consolatrice pour les peuples plus faibles qu'à côté de la puissance physique et territoriale d'un pays, c'est la force intellectuelle et morale doid il l'ait preuve qui lui .assigne sa place parmi les autres nations. Cela explique seul pourquoi notre petit pays occupe un rang si honorable dans la vie internationale. Sans projeter ni rayons éblouissants ni ombres gigantesques, notre pays, comparé aux autres, est l'image de ces paysages alpestres qui, par l'harmonie de leurs lignes, l'irrégularité pittoresque de leur structure, l'absence de contrastes trop brusques, produisent en nous ce charme doux et pénétrant que seul provoque la vraie beauté.
Rendez-vous des étrangers qui y cherchent le délassement ou la santé, asile de ceux-là parmi les persécutés qui se proposent de gagner un abri contre les tempêtes el les agitations politiques, la Suisse voil elle-même beaucoup de ses Mis quitter le foyer paternel el s'expatrier : vaillamment elle combat dans la lutte économique de jour en jour plus âpre, tandis qu'elle n'arbore son drapeau militaire que pour défendre l'inviolabilité de son sol et s'interdit tonte \ isée ambitieuse, toute intrigue ou ruse diplomatique.
Certes, la Suisse ne s'esl pas transformée en une cité de Delphes moderne : la meilleure garantie pour son indépendance réside encore aujourd'hui dans son esprit militaire, dans l'instruction et l'armement qu'elle donne à ses milices, a ses citoyens, et dans une vie politique saine cl sincère. Mais puisque les autres puissances ont consenti à placer en Suisse le siège des organes permanents des unions les plus
importantes; qu'elles aiment à choisir noire pays comme siège de con-
grès el de conférences destinés à chercher, par un travail sérieux et fécond, de nouvelles solutions (Tune portée générale et à donner corps aux aspirations internationales; qu'elles lui ont attribué une intervention efficace dans les conflits à trancher par décision arbitrale, — tout cela ne prouve-t-il pas qu'il existe les premiers commencements pour la future formation d'un district central où les peuples mettront en sûreté leurs intérêts les plus sacrés?
Dès maintenant, la Suisse est, du consentement général, devenue d'après l'expression significative d'un homme qui connaîtà fond ses destinées, M.NumaDroz — une sorte de vorort intellectuel et moral dans le domaine des relations internationales. En effet, les peuples s'habitueront et doivent s'habituer à voir dans notre pays un centre visible d'union et de fraternité, un dépôt des biens communs; ils sauront que si nous ne pouvons être liés avec eux par des alliances politiques, c'est le lien de l'amitié qui nous unit à eux tous, habitués que nous sommes à traiter les grands aussi bien que les petits sur un pied d'égalité. Aucun individu n'est indispensable, soit, mais la Suisse pourrait fort bien se transformer en un rouage indispensable dans le mécanisme international, pourvu qu'elle ait une notion juste de sa mission.
Cette mission, nous la concevons ainsi : forte des instructives expériences acquises dans sa vie intérieure el dans le contact avec ses enfants émigrés, la Suisse s'efforcera de connaître les particularités des diverses nations, leurs vertus et leurs défauts, de les comprendre, de les juger impartialement et de se faire ensuite l'interprète des aspirations à l'association des peuples en une communauté civilisée; elle voudra, par sa complaisance, par sa simplicité et sa modestie républicaines, gagner les sympalbics générales et propager autour d'elle les sentiments généreux de bienveillance réciproque; elle fera, grâce aux institutions démocratiques élaborées dans une évolution de plusieurs siècles, un apprentissage typique de la vraie liberté el d'une souveraineté digne ; elle s'assimilera les courants qui, en littérature et en art, émanent des puissantes collectivités de ses voisins, du monde latin et du monde germanique, et pénètrent sur son territoire, et après les avoir accueillis et adaptés à son génie national, elle servira de station intermédiaire, de transformateur, pour les conduire en d'autres directions et les rendre plus féconds ; cependant, dans ces domaines.
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surtout dans les branches qui lui sont familières, la Suisse ne se limitera pas à la réceptivité ; elle tâchera de produire des créations originales. Malgré le mélange d'éléments hétérogènes de race, de langue et de religion, c|ui se trouvent réunis sur son sol. elle évitera le danger d'effacer les individualités et de s'abandonner à un cosmopolitisme creux ; bien au contraire, elle s'attachera à maintenir le caractère suisse dans son intégrité el son originalité ; elle formera ainsi un laboratoire de toutes les idées progressistes et gagnera peu à peu une élape supérieure dans le développement i\u droit, (le la culture el de la politique, étape où les influences divergentes el contradictoires seront reléguéesà l'arrière-plan el où les qualités purement humaines triompheront sur l'égoïsme national.
Table des matières
Pages AVANT-PROPOS, pab P. S 5
D1 Th. dk Liebenau.
La Suisse à la fin du XVIIIe siècle
Numa Droz.
Histoire politique de la Suisse au XIXe siècle.