LE MUSEE DES BEAUX-ARTS
digues contre les tempêtes, qui s'arrondissent autour de la courbe molle de l'Evole, qui filent sur la rive rectiligne du quai des Alpes, tout blanc sous la double rangée de ses arbres réguliers, devant la nappe miroitante et splendide du lac. en face de la rive lointaine sur laquelle s échataudent les crêtes neigeuses et déchiquetées de rOberland bernois. Par derrière, le Jardm anglais. ombreux, frais, arrosé d'eaux vives, où les chamois et les marmottes s'ébattent derrière les grilles d un parc. Si 1 on veut avoir une vue plus étendue du lac, dominer la ville et la vaste perspective du Seeland (1), il faut monter au Crêt du Plan, d où les Alpes lomtaines. dorées ou rougies par les derniers rayons du soleil, ressortent plus hautes au fond d une plaine immense.
Le Jura neuchâtelois. Valangin. Les gorges de l'Areuse et le val de Travers. L'absinthe. — Au nord de Neuchâtel, la rive du lac s incurve à Saint-Blaise. situé à 1 extrémité septentrionale. Le canton se continue sur la rive gauche de la Thièle jusqu à la petite ville de Landeron, a I entrée du lac de Bienne. Le curieux village de Cressier. remarquable, comme Saint-Blaise. par ses vieilles maisons, a une ancienne fontaine et quelques moulins vétustés très pittoresques.
De Neuchâtel à Cressier. la côte est dominée par le Chaumont, qui dresse sa longue crête dénudée sur des pentes feutrées de hêtraies et d'épais fourrés. Du sommet on jouit d un des coups d oeil les plus remarquables du Jura : c est de ce point, en effet, qu on embrasse le mieux le panorama des trois lacs — de Neuchâtel, de Bienne et de Morat. L horizon est immense, et l'arête ciselée des Alpes se déploie du mont Blanc — encore visible, mais plus lointain — jusqu aux sommets d'Appenzell.
(1) Pays des lacs.
Le Jura neuchâtelois présente des aspects variés. Un écrivain indigène (1) les a caractérisés avec beaucoup de relief :
« Terre âpre, où les contrastes se juxtaposent : où l'eau sourit, claire, près des sombres rochers; où 1 industrie est riche autant que le sol est pauvre ; où I hiver dure six mois, saison de frimas ensoleillés: coteaux dont les vergers ne produisent que des (i pives » et dont les habitants mangent néanmoins plus de pommes que tout le reste du pays: localités fidèles aux souvenirs historiques, mais stériles en monuments, avares de statues; plateaux élevés, combes et crêts houleux comme des vagues et dont la verte écume est une frange de sapins...
« Que d'aspects divers ! que de surprises ! Le Val de Ruz, rustique et verdoyant: le Val de Travers aux villages fleuris ; les bizarres vallées tourbeuses de la Sagne. des Ponts, de la Brévine, les 11 joux n aux sapins gigantesques, les fermes cossues et les pittoresques fromageries ; et ces populations originales que la vie mi-horlogère. mi-paysanne marque d un cachet bien particulier : ouvriers instruits, grands liseurs, botanistes, amants de la nature. »
En remontant le Seyon qui débouche à Neuchâtel, on traverse des gorges pour aboutir à \ alangin, blotti au creux d un vallon boisé, entre la fraicheur d opulentes sapinières qui tapissent les montagnes voisines. Ce petit village fut le chef-lieu d un comté longtemps indépendant et qui fut réuni à .Neuchâtel en 1579. Il a conservé son ancien château dont la tour carrée se dresse au milieu du feuillage, près d'une église intéressante de la Renaissance.
Non loin, à Pierre à Bot. se trouve un des plus gros blocs erratiques de Suisse : les géologues ont reconnu, d'après la similitude de la roche, qu il avait été détaché des Aiguilles Rouges de Chamonix et transporté jusque-là par les glaciers quaternaires.
Il) T. CoMBS. Neuchâtel pittoresque, t.
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JURA ET NEUCHATEL
Plus variée et plus accidentée, la vallée de l'Areuse. dont la partie supérieure porte le nom de val de Travers, tranche obliquement toutes les chaînes parallèles du J ura .
dAuvernier à la frontière française. La voie ferrée de Neuchâtel à Pontarlier la remonte à flanc de montagne, en offrant de ses premières rampes, entre des tunnels, de superbes échappées sur le lac et I horizon alpestre par delà les collines voisines dAuvernier. Une petite ligne d intérêt local qui s'embranche à Travers suit jusqu à Buttes la cuvette supérieure de la vallée.
Entre Travers et le lac, lAreuse s'étrangle dans des gorges qui sont réputées pour les plus pittoresques du Jura. La rivière bondit dans la cascade du Saut du Brot, et, après le Champ du Moulin, passe dans un étroit et sauvage défilé, enjambé par plusieurs ponts, et le long duquel un sentier a été taillé dans le roc sous les escarpements couronnés de forêts. Au-dessus s'ouvrent les grottes du Four et de Vert avec de belles stalactites. Un peu en amont, sur la rive droite, est le curieux Creux du Van (ou du Vent), montagne rocheuse creusée en entonnoir largement ouvert par une brèche comme un cratère égueulé : des brouillards se condensent dans le fond par les temps orageux, autour de la source de la Fontaine Froide. Sur le point le plus élevé de la crête, le Soliat, on domine les ramifications orientales du Jura, par-delà lesquelles surgit la silhouette des Alpes.
Au-dessus de Noiraigues. les montagnes s'écartent : c est le val