PLACE ET FONTAINE A ISELTWALO
Parfois 1 eau prend des teintes plombées, aux approches de 1 orage, quand le lac, suivant l'expression pittoresque des indigènes, sent le poisson. Le paysage est beau aussi sous les ciels nébuleux, lorsque les couleurs s atténuent et que 1 on peut, en bateau, détailler à loisir toute la gamme des verts si doux aux yeux : le passage sur 1 eau des nuages blanchâtres, à peine verdis, les reflets du ciel d un vert plus brillant, des montagnes plus mates, tandis que le cadre plus clair des prairies et plus sombre des forêts s estompe peu à peu vers les lointains ombres et vaporeux.
Sur les pentes du Harder. qui élève au nord sa paroi ininterrompue, se dessinent comme sur un schéma pédagogique les grandes zones de la végétation alpestre : en bordure du lac. les prairies, les vergers et les jardins au milieu desquels se blottissent les villages : à mi-côte, la large traînée des forêts sombres, coupées çà et là par des lits d avalanches hivernales, et dont les bords ondulent en épousant les reliefs du sol : au sommet, les alpages au gazon court, où les troupeaux vont paître I été. et que dominent des rubans de rochers gris coiffés çà et là de quelques sapins. L ascension du Harder. très abrupt, est plus dure ici que d Interlaken, à cause des couloirs d'avalanches. Près du sommet, au-dessus de Ringgenberg. on passe sous une superbe arche naturelle de rochers qui ressemble à la porte monumentale, en ruine, d un ancien château fort : par I ouverture béante on aperçoit sous ses pieds , à douze cents mètres à pic, un pan vert du lac de Brienz. Là. en juillet, abonde la fraise sauvage, humide de rosée, que nulle main ne vient cueillir, et que dédaigne le chasseur de chamois.
Le groupe du Faulhorn. qui fait face au Harder. est moins massif, et se découpe par endroits en croupes pittoresques, aux sommets arrondis ou pointus. A I est, vers le Giessbach, le manteau sombre et frais des forêts de sapins tombe au ras des eaux, tandis que, sur les cimes dénudées des hauteurs, s écaillent encore, 1 été, quelques plaques de neige. Le soleil couchant, de ses derniers feux, fait glisser parfois des taches dorées, posées d une touche légère, sur les rochers enluminés, où. avec une longue-vue, on peut voir, avant la chute du jour, s ébattre les troupeaux de jeunes chamois, sous la garde des vieux routiers de la bande, en sentinelle, l'oeil et l'oreille au guet.
OBERLAND BERNOIS