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LE SOMMET DU PILATE ET LES HOTELS

Rigi constitue comme une île entre les lacs des Quatre-Cantons, de Zug et de Lowerz, séparés par d'étroits bras de terre, le massif du Pilate, au contraire, se noue étroitement à la chaîne qui, entre l'Entlebuch et la vallée de Sarnen, va rejoindre le Rothorn de Brienz.

Car c'est bien un massif à plusieurs pointes que cette montagne aride et audacieuse, qui inspirait de I effroi aux anciens et qui est le cadre de lugubres légendes. La plupart de ses pointes dépassent deux mille mètres, et si les plus intéressantes sont desservies par une station, l'ascension des autres nécessite un guide. Le panorama est peut être plus grandiose encore que celui du Rigi, à cause de l'altitude supérieure: il est en tout cas plus sauvage : si Ion voit moins de lacs, en revanche on découvre les Alpes bernoises avec la Jungfrau ; les Alpes d'Unterwald et le Titlis, plus proches, ressortent avec plus de relief et de majesté. Le coucher et le lever du soleil sont particulièrement saisissants.

Depuis 1889, un chemin de fer à crémaillère conduit d Alpnachstadt à proximité d'une des plus hautes cimes du Pilate, l'Esel, celle d'où l'on jouit du plus beau panorama : ligne particulièrement hardie, avec de véritables chefs-d'œuvre de construction, comme le viaduc de la gorge de Wolfort et les quatre tunnels voisins du sommet.

Les chemins de fer de montagne. — Les lignes du Pilate et du Rigi, après celles du Valais et de l'Oberland bernois, appellent l'attention sur les chemins de fer de montagne, dont la Suisse, qui les a créés, est restée la terre classique. La locomotive, en Suisse, se fait touriste elle-même : elle escalade les cimes, prudemment et lentement comme il sied à un bon alpiniste, tournant les contreforts trop raides, montant en lacets le long des pentes boisées ou dénudées, et prenant, elle aussi, le pas de montagne.

Si l'on additionne les funiculaires, voies électriques et à crémaillères, la Suisse possède, à l'heure actuelle, une centaine de chemins de fer de montagne, répartis entre un nombre presque égal de compagnies. Ces chemins de fer comprennent d ailleurs deux catégories bien distinctes : les lignes à pente relativement faible (avec, çà et là, des sections à crémaillères), qui desservent les vallées et d'importantes agglomérations — comme les lignes de Viège- Zermatt dans le Valais, de Grindelwald dans l'Oberland bernois, de l'Albula dans les Grisons — , et les lignes à pente très forte, qui ont pour but unique d'amener les touristes sur une cime. Ces

LES QUATRE-CANTONS

dernières sont au nombre d'une quarantaine environ.

C est beaucoup sans doute : mais combien sommes -nous loin de la légende suivant laquelle chaque montagne aurait en Suisse son funiculaire? (Qui pourra jamais dénombrer les milliers de montagnes de la Suisse ?)

Les pentes, qui ne dépassent pas 4.5 pour 100 sur le réseau des Grisons (sans crémaillère), augmentent dans des proportions considérables dès qu il s'agit d escalader les montagnes : la pente moyenne du Vitznau-Rigi est de 19 pour 100, celle du Stanserhorn s élève jusqu'à 60

pour 100 et celle du Braunwald (Claris) à 70 pour 100. Des divers systèmes de traction employés, et qui sont tous dus à des constructeurs suisses (II. le système Abt semble le plus en faveur.

Sur la ligne du Pilate. qui peut être prise pour type, le corps de la voie est construit, d'une extrémité à I autre, en solide maçonnerie, couronnée par des dalles de granit ; tous les ponts sont en pierre de taille ; la voie proprement dite est construite entièrement en fer et acier: la crémaillère, à double rangée de dents, travaillée en plein des barres d acier, est placée au milieu entre les rails et un peu au-dessus de leur niveau. La locomotive et la voiture des voyageurs (pour 32 personnes) sont placées sur le même châssis avec deux axes, au-dessous duquel sont disposées deux paires de roues à axes verticaux s engrenant dans la crémaillère des deux côtés ; à la descente, elles peuvent faire fonction de freins.

Chaque locomotive possède plusieurs freins, contrôlés journellement; sur la ligne \ iège- Zermatt, il y a cinq espèces de freins combinés. Bref on peut dire que sur toutes ces lignes on a fait les dépenses nécessaires et pris toutes les précautions pour assurer la sécurité complète : en fait les accidents y sont inconnus.

Les altitudes les plus élevées sont atteintes par les lignes de la Jungfrau et du Gornergrat, qui dépassent trois mille mètres d altitude. Les plus grandes différences de niveau entre le point de départ et le point d'arrivée s'observent sur les lignes du Pilate et du Monte Generoso (I 600 mètres environ), puis du Gornergrat (1 500 mètres), du Stanserhorn (I 450 mètres), etc.

Les tarifs, qui varient d une ligne à I autre, sont évidemment élevés par rapport aux chemins

CABLE DU CH AU MONT, ET A CREMAILLERE DU RlGl.

de fer ordinaires : mais ils n ont rien d'exagéré, si l'on songe aux dépenses considérables de construction, et à la durée réduite de l'exploitation qui est limitée en général à quatre ou cinq mois par an, parfois moins. En fait les lignes qui conduisent au sommet des montagnes rapportent moins que celles qui desservent les vallées et que les funiculaires urbains, à cause des frais d'établissement considérables et de I impossibilité d'augmenter les tarifs au delà d une certaine limite. Grâce à une organisation prudente et économique, et à un minimum de frais généraux, un certain nombre de lignes ont donné un rendement de 6 pour !00, parlois même un peu supérieur. Seul le Territel- Glion est arrivé à rapporter 12 pour 100, grâce à un système très économique de funiculaire à eau (à contrepoids).

Le succès des lignes du Rigi et du Pilate a contribué à multiplier en Suisse les chemins de fer de montagne. La guerre a arrêté un mouvement, qui déjà touchait à sa fin, moins pour éviter une concurrence trop grande que par crainte de porter atteinte à la beauté de la nature. On a vu comment les protestations de l'opinion avaient fait échouer le projet de chemin de fer du Cervin. A ce moment, dans un discours, après avoir montré lesavantages du développement des voies ferrées dans les montagnes, M. Forrer, alors chef du département des postes et des chemins de fer, déclarait au Congrès des chemins de fer de Berne ( I ) :

Il Le département fédéral des chemins de fer est actuellement encore harcelé de si nombreuses demandes de concessions pour de nouvelles lignes de montagne, que nous serons obligés d'arrêter bientôt cet essor, en premier lieu dans l'intérêt de la protection de nos sites. »

(I| En particulier à Roman Abt, Locher, Kiggenbach. Strub.

CHEMIN DE FER A CHt-MAILLERE DE MLRRES.

(I) 4 juillet 1910,

) U R G E N s T O C K (113 4 M . ) F. T LE LAC.

Unterwald. — Le Biirgenstock et le Stanserhorn.

— Le massif du Bùrgenstock, complètement isolé entre une petite plaine basse et le lac des Quatre- Cantons qui l'entoure de trois côtés, a constitué une île à l'époque préhistorique : les alluvions charriées par le torrent d'Engelberg ont peu à peu formé un isthme, qui est allé en s'élargissant, et à travers lequel la rivière, aujourd'hui paisible, se fraye un passage.

Interposé entre le Pilate et le Rigi, dressant au milieu des eaux les pentes escarpées de ses sombres sapinières dominées par un superbe belvédère rocheux — le Hammetschwand — le Burgenstock a un aspect imposant et caractéristique : moins élevé que le Rigi — il dépasse à peine onze cents mètres — il est plus majestueux, et il s'oppose à l'aridité du Pilate par l'opulence de ses forêts.

Des hôtels se sont bâtis sur l'épaulement occidental du Biirgenstock, auquel accède le funiculaire de Kehrsiten. De là une fort belle corniche, — le chemin forestier du Felsenweg, construit en 1903 — surplombe pendant une demi-lieue le lac verdoyant, qui transparaît à travers les crinières des sapins sous un vertigineux à-pic de cinq cents mètres : au loin, comme des moucherons blancs,

on aperçoit les vapeurs croiser sur les eaux. Le chemin passe sous une paroi rocheuse d où un ascenseur conduit au point culminant. Cet ascenseur immense, planté à flanc de rocher, et qui dépasse la crête de sa tour métallique treillissée, est une fantaisie qui amuse les touristes par son étrangeté. mais qui ne demande pas à être répétée ailleurs : car elle gâte singulièrement le paysage. — De jolis sentiers sauvages à travers les pins et les fougères dévalent sur les pentes rocailleuses et moussues du versant méridional.

Au sud du Biirgenstock et du golfe d'Alpnachstadt, le Stanserhorn, dont la hauteur est intermédiaire entre celle du Rigi et du Pilate, dresse sa puissante pyramide au sommet tronqué, aux larges flancs couverts de forêts et surtout de prairies. C est la montagne des pâturages et des alpages où paît le bétail roux. Encore un funiculaire — un des plus escarpés de la Suisse — , encore un panorama au sommet, et qui découvre un nouvel aspect de la région. D ici le lac s'éloigne, s'amenuise, perd de I importance dans le paysage, tandis que les géants alpestres, un peu plus rapprochés, ressortent et grandissent dans un relief saisissant : c'est tout le massif grandiose des Alpes bernoises jusqu'au Finsteraarhorn ; c'est le Titlis tout proche avec son diadème glaciaire qui couronne la vallée tourmentée d'Engelberg, et donne la réplique à la sombre et aride crête du Pilate ; c'est au loin un chaos de pics et de glaciers qui fuient jusqu'aux horizons, jusqu au lointain Saentis de l'Appenzell.

Le Nidwald. Stans et Engelberg. — Entre le Burgenstock et le Stanserhorn, la toute petite ville de Stans, blottie au pied de cette dernière montagne, est le chef-lieu du Nidwald, le second des deux demi-cantons d Unterwald. Ce bourg offre surtout de 1 intérêt par les souvenirs historiques qui s y rattachent. C'est la patrie d'Arnold de Winkelried, un des héros suisses les plus populaires, et qui mourut glorieusement pour son pays. A la bataille de Sempach, les chevaliers autrichiens formaient une phalange impénétrable contre laquelle se brisait l'élan des confédérés : Winkelried se dévoua, se jeta au milieu des cavaliers ennemis et saisit une quantité de lances qui le blessèrent mortellement: mais en les entraînant dans sa chute, il ouvrit une brèche aux Suisses et leur procura ainsi la victoire.

Un beau groupe de marbre près de l'église de Stans, dû au ciseau du sculpteur Schlœth, représente Winkelried gisant à terre, une brassée de lances contre sa poitrine, tandis que son compagnon brandit sur 1 ennemi sa masse d'armes. Une fontaine, avec la statue du guerrier, a été aussi érigée à la gloire de Winkelried. A larsenal et à 1 hôtel de ville se trouvent deux petits musées historiques avec

STANSSTADT ET LE STANSEHHOUN (1901 M.).

Cl. W.-luh.

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