LE CHATEAU DE LAUFEN ET LA CHUTE DU RHIN
La chute du Rhin. — La chute du Rhin est un des paysages les plus caractéristiques de la Suusse. Sa célébrité date de loin ; la peinture et la gravure ont répandu son image sur tous les points du monde; et cependant le voyageur, loin d'être déçu, trouve dans la réalité un aspect nouveau, car le crayon ni le pinceau ne peuvent rendre le mouvement de leau ni l'ambiance de fraîcheur, et encore moins faire ressortir le contraste qui existe entre ce coin pittoresque et ses environs immédiats. A proximité, c est la petite ville industrielle de Neuhausen, avec les plus importantes fabriques d'aluminium d'Europe, et des usines électro-motrices pour lesquelles on a capté — sans abîmer, heureusement, la nature — une partie des forces du Rhin. Et c'est un véritable paradoxe, au milieu d'un pays peu accidenté et plutôt prosaïque, que ce paysage de Walter Scott, sauvage et imprévu, jeté entre les usines, bs hôtels à langlaise et les villages flambant neufs.
Le Rhin, qui semble tourner tout exprès pour donner aux peintres la perspective de deux plans séparés par un promontoire, qui s écroule en deux faisceaux inégaux de splendides gerbes écumantes, des deux côtés d un rocher placé à souhait pour le plaisir des yeux, et reprend ensuite son cours paisible après s être arrondi mollement dans une large vasque; les touffes de bois chevelus qui couronnent les escarpements des rives; le burg moyenâgeux de Laufen, gardien sévère embusqué derrière les arbres; la tour gothique de Wœrth, sur son île qu'un pont relie à la rive, et qui, au premier plan, coupe si heureusement le dernier coude du Rhin : tout concourt à taire de cet ensemble le tableau romantique par excellence, suivant l'esthétique des lakistes, de Byron ou de Hugo. C'est d'ailleurs un paysage absolument isolé et sans aucun équivalent en Suisse, un caprice de la nature, qui ne rappelle en rien ni les aspects un peu monotones du Jura et du plateau, ni les reliefs tourmentés, découpés à l'emporte-picce, des grandes Alpes.
Veut-on avoir une autre impression, moins calme et plus émou-
vante, il faut descendre, dans le parc accidenté du château de Laufen, au belvédère de la Fischetz, galerie de fer accrochée aux rochers sur les flancs de la chute. Là seulement on perçoit. — surtout au début de lété quand le Rhin est gonflé par la fonte des neiges, — la puissance inouïe de ce flot grondant, de cette mer d'écume qui s'écrase, tombe, jaillit, tourbillonne, disperse aux rayons de l'arc-en-ciel le poudroiement de ses flocons, fait miroiter au soleil sa mousse neigeuse et ses transparences verdâtres, inonde les spectateurs rien qu avec quelques gouttes égarées, et, dans un mugissement ininterrompu, défait et refait sans cesse le château d'écume, le fantastique édifice ruisselant et chatoyant de gemmes immaculées.
il faut voir la chute du Rhin sous tous ses aspects : des hauteurs qui lui font face et sur lesquelles s'échelonnent de grands hôtels, de la rive ombreuse d'où les plus hardis partent en canot pour aborder au rocher central, des belvédères du parc de Laufen comme de la chambre obscure du château de X^oerth, au soleil qui l'irise et au clair de lune qui I argenté, derrière les vitres de couleur de la tourelle qui lui font prendre les aspects les plus fantastiques comme si elle était tour à tour embrasée par un magique incendie, éclairée par les lueurs roses du matin, ou assombrie par
Le crépuscule ble
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