LE PONT DE VS'IESEN
rocheux, oii les débris des tours gothiques et les ruines des châteaux forts attestent les combats livrés pendant des siècles pour obtenir ou défendre la maîtrise de ce passage historique. L'étranglement de Crap Ses, où la route se noue aux escarpements formidables d'énormes rochers tombant à pic sur les précipices du torrent, coupe la vallée en deux parties inégales, et formait une ligne de défense de premier ordre, une fortification naturelle difficile à enlever.
Savognin est la localité principale de la vallée. Ce fut pendant dix ans le séjour du grand peintre de montagne Segantini, qui avait trouvé dans les environs, parmi les aspects sauvages et multiformes des Alpes grisonnes , sur les versants si divers de la Julia, de l'Inn et de la Maira, les sujets de ses splendides et vigoureux tableaux alpestres
Trois bassins se rejoignent, en effet, au sud de I Oberhalbstein. Après les forêts de Muhlen, au delà du village déjà tout italien de Bivio, se détache à droite le chemin qui monte au col du Septimer pour rejoindre le val Bregagha à la descente de la Maloja. A 1 est du col se dresse une hauteur d'altitude moyenne, qui limite les trois bassins du Rhin, du Danube et du Pô : les eaux qui coulent sur ses pentes vont, suivant le versant, à la mer du Nord, à la mer Noire et à I Adriatique. La route du Julier, qui offre, à la descente sur I Engadine, un splendide panorama sur les lacs de l'Inn et le massif ébloui.ssant de la Bernina, passe au col entre deux lùts grossiers de micaschistes, dites colonnes Juliennes, qui datent de l'époque romaine. Ce sont deux fragments d'une même colonne, borne mllliaire monumentale, consacrée sans doulr ,~i
V 1 L L A r, E DE BIVIO OU S T A L L * ,
de I Albula : sur la rive gauche, I Oberhalbstein, àTiefenkastel ; sur la rive droite, à Filisur. la vallée de Davos.
L Oberhalbstein, vallée de la torrentueuse Julia. est remonté par la grande roule du julier, construite pour relier directement Coire à la Haute- Engadine. Les noms de la rivière et du col ont été très anciennement donnés en souvenir de Jules César qui, d'après la tradition, aurait fait établir le long de ce passage une voie romaine de Coire à Milan, par le lac de Côme. C est là d ailleurs une erreur historique manifeste : la Rhétie ne devint province romaine que sous Auguste, et le nom de Coire (Curia Rhaetorum) n apparaît que sons .Marc Aurèle. Ce n est pas la première fois que la voix populaire attribue au conquérant des Gaules les faits et gestes de ses successeurs, qui portaient aussi le nom de César.
\ allée fraîche et pittoresque où les gorges boisées succèdent aux défilés
V U DU J L 1. I K l( A L 1
BAVOS UORF ET LE LAC DE D
un empereur : mais aucune inscription commémorative n a été retrouvée. La vue est grandiose sur les pics environnants, chauves et coniques, aux pointes tordues et disloquées, rayées ou écaillées
de
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Davos. Les cures d'altitude. — A lilisur. la route et !<■ rliemin de 1er remontent, vers Davos, la vallée de la Landwasser, où l'on retrouve les chalets en hois brun sur le modèle de la région liernoise; ici la germanisation esl déjà ancienne et les vielles maisons romanclies se loni rares. La route, suivant le lond de la gorge, s'engage dans l'étroite creva,s.se des Zùge, se lauhle el rampe sous d'énormes rochers penchants, dont les gibbosités menaçantes semblent vouloir s'effondrer au vent des tempêtes, tandis (|ue la voie lerrée, rubannée au flanc des monts par-dessus les profondeurs des ravins, lance sur un défilé, près de Wiesen, le plus beau et le plus hardi viaduc peut-être de toute la Sui.sse : jetée de dentelle de pierre, que soutient l'immense effort d'une seule arche et que couronne le tablier sévère et rectiligne du pont.
Tout en haut de la vallée de la Landwasser, à sa jonction avec la route de la Fluëla, — un des trois grands passages des Alpes grisonnes, qui relie directement Coire à la Basse- Lngadine et au Tyrol, - Davos eut dès le moyen âge une importance particulière due à sa situation stratégiqne. C'est là que lut fondée, en 1436, la ligue des Dix Droitures. Même avant le développement du tourisme, Davos était, après Coire, la localité la plus peuplée des Grisons, où les grandes agglomérations sont rares.
La petite ville compte aujourd'hui dix mille hal)itants indigènes; elle reçoit une moyenne de vingt mille touristes chaque année.
Le site était particulièrement pro pice pour attirer les étrangers. Par son altitude, qui est déjà de 1 560 mètres, par I aspect de .sa vallée et de sa montagne, par son petit lac qui affleure des mamelons boiiiés de mélèzes dans un cadre de forêts el de pics neigeux à l'horizon, Davos ressemble déjà singulièrement à la Haute-Lngadine et rappelle plus ho.spice de la i-luëi
particulièrement Saint-Moritz. Même perspective large, aérée, même climat sec et sain, un peu venteux l'été, même ciel d'une particulière limpidité. Comme Saint-Moritzaussi. la ville estdivisée en deux agglomérations, — Davos Dorf. près du lac, el Davos Platz, à deux kilomètres en aval, — qui tendeni d ailleurs à .se rejoindre et à ne plus en former qu'une .seule. Du monticule qui domine à l'ouest le lac où la Landwasser prend sa source, le coup d'u'il esl joli sur Davos blotti sur la rive opposée entre les .sombres pentes boisées, tandis qu une crête anguleuse de pics neigeux barre I hori/on el (|ue montagnes éloignées, forêts plus proclies el mélèzes en bordure des eaux se mirent, cimes renversées, dans le cristal limpide où se décalquent tous les frissons du ciel.
Davos a conserve peu d'édifices anciens : une partie de l'église Saint-Jean, de vieux vitraux armoriés recueillis à l'hôtel de ville avec des armes anciennes, el quelques maisons égarées çà et là entre les constructions nouvelles, témoignent seuls de son passé. Toute une ville moderne s'est construite, librement et à 1 aise dans la vallée largement ouverte, avec de grandes rues, des hôtels somptueux, de coquettes villas et de beaux magasins. Le tourisme, mais surtout les cures d'altitude ont fait sa fortune.
La cure des maladies de bion (lies par l'altitude date il une luiitaine d'années : elle esl surloul en faveur en Afiemagne el en .Suis.se.
l'.lle suppose, chez les malades, des lempéraments robustes, susceptibles d une vigoureuse réaction, il s agit lie donner un vigoureux » coup de louel n aux tuberculeux lail)lemenl atleinls, pour stimuler, avec l'appttil. toutes les forces de résistance (II- I organisme, activer la circulalion, .iniéliuier 1 étal général el parvenir ainsi à la ferinelure cfes lésions pulmonaires. Des résultats remarquables ont été aussi obtenus pour la luberculo.se chirurgicale. En même temps, l'action du soleil esl un adjuvant de premier ordre pour contrecarrer l'action des microbes pathogènes. A ces différents points de vue, le climat de Davos est particulièrement favorable, surtout en hiver. En novembre, dès que la vallée s'est couverte d'une épaisse
GRISONS
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couche de neige qui londra seulement avec le teehn (I) d avril, i almosphère devient calme pendant presque tout I hiver; I absence de vent est telle et I action, la réverbération du soleil si vigoureuse, grâce à la limpidité et à la sécheresse de I air. que l'on peut, par les journées claires, s asseoir et se reposer en plein air. sans éprouver .lucune sensation de iroid. même par une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro. Davos, à cet égard, est plus abrité que Saint-Morilz. Ces divers (acteurs s ajoutent à 1 altitude, dont 1 effet suri appareil circulatoire est bien connu, tant comme stimulant que comme transmetteur d oxygène. Funeste aux cardiaques, la cure d altitude réussit par contre aux anémiés et aux neurasthéniques.
Touristes et malades ont d ailleurs à Davos leurs hôtels spéciaux. A ceux-ci sont réservés les sanatoriums, qui sont plus nombreux qu en aucune autre localité de Suisse, tant à Davos Platz qu à Davos Dorf.
On compte une quinzaine de grands établi.ssementsde ce genre, dotés de tout le confort moderne, de tout l'outillage et de tous les l>ertectionnements médicaux et hygiéniques désirables. Il y a en outre de nombreuses pensions pour les enfants faibles ou malades, un lycéesanatorium pour garçons, un pensionnat-sanatorium pour jeunes filles. La clientèle luvénileest particulièrement importante: pour que I instruction de tous puisse être assurée, beaucoup de professeurs au cachet, parlant les principales langues européennes, sont installés à Davos . et . dans des annonceset des affiches souvent pittoresques, aux vitrines des mêigasins ou devant les terrains à bâtir, offrent leurs
(I) Vent du sud. chaud, souffle au printemps dans Alpes et amène le dégel.