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LA BASSE-ENCADINE : LES VILLAGES DE SENT ET DE TARASP

butaire de TAdige, l'Engadine donne à la Suisse une frontière orientale capricieuse, qui tient assez peu compte du relief du sol et semble couper au hasard les cours d eaux et escalader au petit bonheur les massifs montagneux. Et cependant, fait curieux, du col de Stelvio jusqu'au pic Silvretta, toute la frontière de l'Engadine suit exactement la limite des langues — romanche dans les Grisons, allemande dans le Tyrol — à I exception de la seule commune helvétique de Campatsch, où 1 on parle allemand. Est-ce une coïncidence fortuite? ou bien l'indépendance politique des Grisons a-t-elle préservé tout au moins I Engadine de la germanisation qui a gagné progressivement tout le Tyrol (I) en déferlant par le col du Brenner?

La Basse-Engadine. Schuls. TarasD. — La Basse- Engadine s étend de la frontière d .Autriche à la Punt Ola (pont haut), vieille arche pittoresque qui constitue, de temps immémorial, la limite entre le pays haut et le pays bas.

G est la région la plus boisée et où le climat est le moins rude : la végétation des prés et des forêts est fort riche, et les cultures sont déjà nombreuses, bien que laltitude de la vallée varie entre 1 600 mètres à la Punt Ota et I 037 mètres à Martinsbruck. L Inn, comme ses courts affluents latéraux, est encaissé dans des gorges profondes pendant une grande partie de son cours : c'est dans ce parcours qu'il offre le plus de sinuosités.

Martinsbruck est la première localité suisse lorsqu'on vient du Tyrol par la vallée de I Inn : le pont sur la rivière forme la frontière, comme à lautre extrémité des Alpes suisses, au Bouveret. De là une route nouvellement construite conduit au nord dans la haute vallée de Samnaun. dont le principal village est Campatsch : enfermée de trois côtés entre de hautes montagnes, cette vallée avait été jusqu ici complètement isolée du reste de la Suisse et reliée seulement à l'Autriche par un chemin rudimentaire, — ce qui explique sans doute pourquoi, seule de l'Engadine, elle a été germanisée.

Remontons le cours de l'Inn, que suit une bonne route carrossable desservie jadis par les diligences fédérales. Aujourd'hui, la voie ferrée a pour tête Scliuls-Tarasp et se raccorde à Bevers à la ligne de l'Albula. Elle est reliée au réseau autrichien par un service d automobiles.

Voici les ruines des châteaux forts de Tschanufï et de Serviezel, Val Sineslra et ses sources arsenico-ferrugineuses, le pittoresque village de Sent avec de trè; vieilles maisons. Et enfin, le centre

d activité de la Basse-Engadine. constitué par les trois localités voisines de Schuls, Tarasp et Vulpera.

Schuls, qui compte onze cents habitants sédentaires, est le bourg le plus important de la région. Surplombant I Inn dans une position avantageuse, en face du somptueux massif de Lischanna, il renferme d anciennes demeures bourgeoises fort curieuses, et possède quelques sources ferrugineuses. Toute la Basse-Engadine abonde d ailleurs en eaux thermales plus ou moins exploitées. La seule station balnéaire qui ait pris un essor as.sez rapide et qui attire de nombreux étrangers est celle de Tarasp, à trois kilomètres en amont de Schuls. mais en contre-bas, tout près de l'Inn. Les eaux ont à peu près les mêmes propriétés que celles de Carlsbad . sources froides alcalino-salines, employées pour les troubles de la nutrition et contre l'obésité. D autres sources sont ferrugineuses.

Plus haut, sur la rive droite de llnn. Vulpera occupe une belle terrasse naturelle dans le voisinage de la forêt : c est une station climatique très fréquentée, face à celle de Fetan, d une altitude supérieure. A quelques kilomètres plus loin, dominant le petit hameau de Fontana, le vieux château fort de Tarasp érige sur une butte rocheuse ses tours médiévales et ses puissantes murailles.

(I) A l'exception de l'ancien Trentin qui est entièrement de langue ilalienn SUISSE

LE tHMEAL DE TARASP.

sus ET LA VALLEE DE L INN.

Toute la basse vallée est hérissée de ruines qui attestent les guerres soutenues jadis par les ligues Grises contre leurs voisins du Tyrol. C est encore plus loin le château démantelé de Steinsberg, le donjon découronné de Chiaschinas. la tour féodale de Siis.

Quelques villages pittoresques. Ardez, Guarda, Giarsun. commandent des passages escarpés qui conduisent au nord dans les hautes vallées tyroliennes sur les deux versants de 1 Arlberg. Siis est à la jonction de la route de la Fluëla qui mène à l'ouest à Davos, tandis qu en amont, à Zernetz. dans un beau cadre, plus largement ouvert, de prairies, de forêts et de pics rocheux, s embranche à 1 est la route du val de Munster.

Toutes ces routes, suivies par des diligences postales, sont très fréquentées 1 été par les touristes. Mais ceux-ci ne font que passer. A part Schuls-Tarasp. ils ne connaissent de la Basse-Engadine que les relais d'auberges et un panorama rapidement entrevu. Ils ignorent les vallées latérales, la montagne si primitive et si sauvage. La Basse-Engadine est sans doute à l'heure actuelle la région la moins connue et la plus fruste de toute la Suisse. C est pour cette raison qu'on y créa récemment un Parc National.

Le Parc National suisse et la protection de la nature. — Le mot de » parc " ne doit point nous tromper. Il ne s'agit pas d'un aménagement, d une transformation quelconque: on a voulu au contraire, à l'exemple du célèbre Parc National des Etats-Unis, sauvegarder un coin particulièrement pittoresque de la nature alpestre, jusqu'ici presque ignoré, et qui. justement pour ce motif, est resté aussi sauvage que si I homme n avait jamais hanté ces parages. Avec le développement du tourisme et de l'industrie hôtelière, sans parler de 1 extension de la (( houille blanche » et des défrichements progressifs, la nature inculte et vierge recule peu à peu devant l'emprise de l'homme, : si l'on n y prenait garde, les sites qui ont fait l'admiration des générations précédentes risqueraient d être irrémédiablement dénaturés et abîmés. En outre, les abus de la chasse et le pillage intempestif des fleurs sauvages menacent de dépeupler peu à peu la montagne et de la priver de sa plus belle parure.

G est la Société helvétique des sciences naturelles qui s est émue la première. Elle a institué en 1906 une commission qui. après trois ans de travaux, a donné naissance à la Ligue suisse pour la

ENGADINE

ille adhé-

protection de la nature. Cette ligue a adressé un éloquent appel, dont nous détachons les lignes suivantes :

« Nous admirons, sans doute, les progrès de la civilisation, qui tire un si merveilleux parti des forces naturelles.

Mais tant d'ingéniosité, mise au service de nos intérêts, ne doit point nous faire oublier qu'elle s'exerce, le plus souvent, aux dépens de la nature, dont le travail silencieux et plein de mystères revêt, chaque printemps, nos monts et nos vallées de la plus admirable des parures. Cette parure, Ihomme civilisé la déchire sans scrupule, poursuivant son but égoïste jusque dans les régions les plus solitaires, sans égards pour le charme détruit, pour l'anéantissement d'une des sources les plus fécondes en jouissances intellectuelles... >

Pour protéger la montagne.

on a donc résolu d'instituer des « réserves » intangibles où nul n'aura le droit de toucher à l'animal et à la plante, où la nature sera mise à l'abri de tout vandalisme. Aussi l'un des premiers actes de la ligue suisse, qui compte déjà vingt mi rents, a-t-il été la création d'un Parc National.

Le choix s'est porté sur le val Cluoza, dans la Basse- Engadine (au sud de Zernetz), auquel a été adjoint ensuite le val Scarl. La ligue a assumé les frais de surveillance avec la création de voies d'accès, évalués à dix mille francs par an. La Confédération, sous forme de subvention, prend à sa charge les frais de location, soit trente mille francs à verser aux trois communes intéressées (avec un bail de vingt -cinq ans et deux de quatre-vingt-dix-neuf ans).

Des gardiens avec des chiens assurent la surveillance. Un blockhaus (refuge gardé) a été construit dans le val Cluoza, un autre dans le val Scarl ; les chemins ont été améliorés et des ponceaux ont été établis, car personne n allait dans ces vallées, à part de rares chasseurs de chamois, et les cols qui leur font suite sont mal connus des alpinistes euxmêmes.

En dehors de ces travaux indispensables, il n a pas été touché à l'état actuel des lieux. Aucune construction ne pourra y être élevée. Défense absolue d y chasser en toute saison, d'y tuer un animal, d'y arracher une plante quelconque. Les touristes y sont admis, sous réserve, bien entendu, de se conformer au règlement.

Le val Cluoza est situé au sud de la route qui conduit de Zernetz au val de Munster par le col de l'Ofen.

Il s'étend jusqu'à la frontière d Italie, cabane de chasseur d ours (val cluoza)

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