UN PARANEIGE PRÈS DE LA FRONTIÈRE
Le val Maggia se déroule dans un décor agreste et mouvementé. A Foroglio, à Salodino, des cascades mousseuses bondissent à travers les forêts, s'écrasent et rejaillissent sur les rochers, ou s'éclaboussent sur un torrent voisin. A de vastes perspectives entre les épaulements sombres et fuyants des montagnes, au fond desquelles serpente la Maggia bouillonnante, succèdent d'étroits défilés rocheux qui s'étranglent sous des crêtes fantastiques. La voie ferrée s'arrête au village pittoresque de Bignasco, crânement campé, sous la houlette de son clocher aigu, en tète d'un pont, le long du torrent que surplombe une énorme paroi rocailleuse.
La route se poursuit jusqu'à Fusio, charmant village blotti à mi-côte sous une crête de sapins, parmi une houle de montagnes verdoyantes chevau chant les unes sur les autres. De là des cols assez abrupts conduisent dans la haute vallée du Tessin et dans le val italien d'Antigorio. Quelques pics sont appréciés des alpinistes : le Basodino, haute cime rocheuse couverte d'un admirable plateau de glace, offre une vuesplendide sur les Alpes centrales, du Gothard au mont Rose, avec des échappées sur le massif neigeux des Alpes bernoises par delà la profonde dépression du val d'Antigorio.
Le Monte Ceneri et le Malcantone. — Dressé comme une haute barrière au sud de Bellinzona, le Monte Ceneri, avec ses deux voisins plus élevés qui le prolongent à 1 est et à 1 ouest, — le Camoghè et le Tamaro — isole complètement de la vallée du Tessin la partie méridionale du canton, qui s'enfonce comme un coin dans 1 Italie entre les lacs de Côme et Majeur, coupe le lac de Lugano et pénètre jusqu'à l'orée de la vaste plaine lombarde. Du moins cet isolement existait-il jusqu'à une époque récente : la vallée du Tessin, avec ses affluents économiques venus des cols du Luckmanier
PANORAMA DV MONTE l F, N F. H I . VERS L O t A R N O .
et du Bernardino, formait une grande artère commerciale qui. pour joindre Milan ou le Piémont, suivait le coude du fleuve et le lac Majeur.
La ligne du Gothard, en perçant le Monte Ceneri, a dévié ce courant et a créé une grande ligne de trafic international qui délaisse le lac Majeur pour atteindre et couper le lac de Lugano et arriver à Milan en droite ligne. Le désir de la plus courte distance n'a pas fait seul adopter ce tracé : la Suisse avait un intérêt majeur à ce que la voie ferrée demeurât le plus longtemps possible sur son territoire; le lac Majeur a pris sa revanche avec le Simplon. La ligne du Gothard a fait la fortune de Lugano qui, placé dé.sormais sur une importante voie de transit, s'est développé avec rapidité.
Le Malcantone est limité au nord-est par le col de San Jorio (I 956 mètres) qui forme la frontière italo-suisse. et qui de Giubiasco (sous Bellinzona) conduit à Gravedona sur le lac de Côme. Il a été fortifié.
Le versant méridional du Monte Ceneri descend en pente douce vers le lac de Lugano, par une succession de vallonnements verts et de monticules boisés. Cette région a reçu jadis le nom de Malcantone — le mauvais canton — tant elle est restée long-
temps primitive et mal cultivée. C'est encore aujourd'hui une contrée fruste et pittoresque, très verte, bien arrosée, avec de belles forêts de châtaigniers, pour lesquelles — chose rare — le paysan a le plus grand respect. Les marrons, de petite taille, ne sont pas exportés, mais consommés sur place. Tout est utilisé dans le châtaignier : les feuilles servent de litière pour les bestiaux, le menu bois est transformé en échalas pour la vigne et en pieux de soutènement.
Les villages en général ne sont pas éclairés la nuit — fait à peu près unique en Suisse : on s'y dirige avec des lanternes. Quelquesuns, comme Breno, ont un aspect moyenâgeux. Pas d'hôtels, par suite pas de touristes, sauf à Novaggio et encore depuis peu de temps : on est cependant à proximité des lacs, si recherchés des étrangers. Dix ans avant la guerre, on trouvait pension dans les auberges à deux et trois francs par jour. Toutes les maisons des villages offrent, sous le toit, ces galeries ouvertes, si caractéristiques, où sèchent le maïs et les châtaignes. Les hommes émigrent l'été comme dans presque tout le Tessin, tandis que les femmes travaillent la terre et vont aux champs avec leurs sabots et leur hotte.
Une fête très curieuse a lieu le quatrième dimanche de juillet
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