DA.NS LA CLUSE DE VALLORBES
Au delà de la faille, la chaîne se prolonge et s'étale en mamelonnements vallonnés et boisés, couverts de pâturages. Par le Noirmont vaudois, le crêt de la Neuve et le mont de Bière, elle aboutit au mont Tendre, le point culminant du Jura suisse. Cette large et puissante montagne, visible de très loin à travers le pays de Vaud, offre une petite cime assez aiguë, haussée sur 1 éventail de ses vertes assises ; le coup d œil est analogue à celui de la Dôle, mais il est plus pittoresque sur le revers, car il embrasse la vallée et le lac de Joux ; les sommets des Alpes bernoises commencent à apparaître à 1 horizon.
Entre deux longues traînées de montagnes vertes et fraîches, le mont Risoux et le mont Tendre, le lac de Joux, le plus grand de tout le Jura, éploie la nappe ovale de ses eaux claires dans un cadre paisible et frais. Son altitude dépasse mille mètres. 11 est lormé par I Orbe, qui prend sa source en France au petit lac des Rousses, et dont 1 étroite vallée s étire toute droite, serrée de près par la double ondulation ininterrompue des hauteurs voisines. Les eaux se sont retirées peu à peu, filtrant à travers les
failles du calcaire, comme le témoignent les côtes marécageuses du sud.
Les rives du nord sont escarpées : derrière la mince chaîne, toute menue, du Revers, se sont formés des lacs lilliputiens comme le lac Ter et d'autres déjà desséchés, et plus loin le petit lac Brenet, soudé au lac de Joux, qui y déverse ses eaux. A la jonction, la coquette localité du Pont, dans un site riant, est fréquentée l'été par de nombreux étrangers, qui viennent déguster les truites du lac et goûter la fraîcheur des sapinières. Delà, on fait 1 ascension, facile comme une prome-
LAC DE NELCHATEL.
nade. de la dent de \ aulion. dont les rochers escarpés tombent à 1 ouest en parois abruptes, mais dont les pentes méridionales et orientales s'abaissent doucement en pâturages piquetés de sapins et de huttes de bergers.
La grande curiosité géologique de la région , c est la perte de 1 Orbe, analogue à la perle du Rhône qu on obser\'e près de Bellegarde. Les eaux, venues de la vallée supérieure, se concentrent dans le lac Brenet. qui n'a pas de déversoir apparent : le mince filet qui en sort se perd rapidement dans les rochers et les entonnoirs. L Orbe ressort à trois kilomètres au nord et à 220 mètres en contre-bas, sous un petit cirque montagneux : c est sa seconde source.
La rivière arrose \''allorbes, qui doit son importance à sa gare, placée jadis au cul-de-sac et d où la ligne de Lausanne remonte à
Pontarlier par une rampe assez raide. La voie ferrée de Lausanne est désormais prolongée directement sur Dijon, en évitant la courbe de Pontarlier. parle raccourci \ allorbes-Frasne. achevé peu après la guerre, et qui a nécessité un assez long parcours souterrain. \ allorbes est devenue gare internationale, ce qui contribuera encore à sa prospérité. Grâce à ce nouveau tracé, on supprime 1 inconvénient du cul-de-sac : le point culminant de la ligne se trouve fort abaissé (1), et Ion n a plus à craindre les amoncellements de neige qui, l'hiver, encombraient souvent la voie dans la partie supérieure: enfin, par la suppression des fortes rampes qui existaient surtout entre V'allorbes et Pontarlier, on a pu accélérer les vitesses. Si I on ajoute la réduction du parcours, abrégé de dix-sept kilomètres, on peut apprécier les avantages, pour la ligne du Simplon. qui résultent de ce raccourci, exécuté en vertu de la conférence franco-suisse tenue à Berne en 1909.
L' ne voie ferrée monte de \ allorbes au Pont. et aboutit au Brassus au-dessus du lac de Joux.
Au delà de \ allorbes, 1 Orbe suit une cluse profonde qui marque le point extrême du Jura méridional. Elle est accompagnée quelque temps par la ligne de Lausanne. Sur les flancs s étagent quelques villages, parmi lesquels Ballaigues, campé très haut dans les sapins, est fort apprécié pendant la belle saison, pour ses environs accidentés : au-dessous I Orbe rebondit dans le pittoresque saut du Day. Plus au sud. dans une vallée boisée, qui descend de la dent de \ aulion. le vieux bourg de Romainmôtier. qui a gardé un ancien cachet presque féodal, se tasse autour d'une intéressante église romane.
.Après une descente accidentée, I Orbe sort du Jura pour entrer dans la plaine. Au débouché, massée sur une colline que contourne la rivière, voici Orbe, petite ville déchue, qui fut. au \' siècle, une des métropoles de la Bourgogne transjurane. De lépoque de sa splendeur, elle a conser\é les tours de son vieux château, complété, rhabillé, et partiellement détruit depuis lors, mais qui mérite une visite, ne serait-ce que pour le coup d œil de sa terrasse. Quelques vieilles maisons offrent encore de 1 intérêt. La ville est la patrie de \ iretqui introduisit, avant Calvin, la Réforme à Genève avec Guillaume Farel.
Paresseuse. l'Orbe se traîne à travers des marais coupés de plusieurs canaux et qu on dessèche peu à peu :
elle reçoit divers affluents et prend le nom de Thièle pour déboucher dans le lac Neuchàtel, à ^ verdon.
Le lac de Neuchàtel. Yverdon. Grandson. — Largement étalé en courbes molles entre les croupes vineuses ou boisées des collines et les perspectives fuyantes d une vaste plaine, le lac de Neuchàtel est le
LA THIÈLE A IStKUc
(I) Vallorbes est à 810 mètres d'altitude, et le point culminant de la ligne ancienne, près des Hôpilaux-Neuts-Jougne, dépasse mille mètres.
JURA ET NEUCHATEL
troisième des lacs suisses par sa superficie, après ceux de Genève et de Constance. Il paraît plus grand encore qu'il n'est en réalité, grâce à la largeur de ses horizons, dont aucune hauteur ne vient relever la rive sur la côte orientale. Par les jours de bourrasques, les vents peuvent se donner libre cours sur son étendue, et il n est pas rare que ses eaux vertes se brisent sur les bords en lames frangées d écume. Si l'on ajoute que des vols de mouettes blanches virevoltent autour des vagues crêpelées et que dans certaines directions on n aperçoit pas le rivage opposé, on comprendra pourquoi maints coins du lac de Neuchâtel, surtout par les tempêtes, ont, à s y méprendre, 1 aspect de paysages marins.
Le lac est traversé dans sa plus grande longueur par la Thièle, qui sort au nord-est pour se déverser dans le lac de Bienne.
La rive orientale est capricieusement partagée, par enclaves réciproques, entre le canton de Fribourg et celui de Vaud qui oc-