LES PRISONS
Les prisons sont destinées à renfermer deux catégories d'individus : des prévenus et des condamnés ; il suffit de rappeler ce fait pour faire comprendre la nécessité d'appropriations distinctes.
La législation d'un pays, en ce qui concerne l'instruction criminelle et les lois pénales, exerce une grande influence sur le caractère que présentent les prisons : or, ce qui frappe, avant tout, en Suisse, c'est la diversité infinie qui s'observe dans les vingt-
cinq états, cantons ou demi-cantons, en matière de procédure et de pénalité. Tel fait, objet de poursuite dans un canton, est considéré comme licite dans le canton voisin ; tel autre criminel là est seulement délictueux ici. Une dissemblance aussi grande se trouve dans les peines édictées contre les individus déclarés coupables d'un chef qualifié de la même manière dans des cantons différents '; enfin l'application même des peines se fait sous des formes et dans des conditions qui paraissent parfois appartenir à des époques, à des états dont les principes et les doctrines de gouvernement, aussi bien que les mœurs, n'ont rien de commun avec le pays qui constitue la confédération Suisse.
Les inconvénients, les vices d'un pareil état de choses, qui étonnent les étrangers, ont été sentis et signalés depuis longtemps en Suisse même ; aussi est-ce à les faire disparaître, à les corriger a.u moins, que tendent les réformes constitutionnelles proposées et en partie acceptées.
Nous parlerons plus loin de l'organisation des tribunaux, de leurs attributions, du mode de nomination des magistrats: là encore on voit les procédés les plus disparates. Nous aimons à croire que le caractère des hommes chargés d'appliquer la loi, est }!artout également intègre et à la hauteur de la
mission qui leur est confiée ; mais, sans préconiser un mode absolument uniforme, des réformes sont enraiement désirées de ce côté et des efforts sont tentés pour préparer et élucider la solution de cette grave question.
La législation et la magistrature en Suisse mises à part, 1 étude des prisons offre un grand intérêt, d'autant plus grand que la plupart des systèmes qui se sont produits, depuis un siècle, dans les deux mondes, ont été ou sont pratiqués dans lunou l'autre canton.
Ce n'est pas le lieu de discuter la valeur de ces divers systèmes : ce que nous nous proposons c'est d'indiquer d'abord la façon dont on procède envers les prisonniers, c'est-à-dire de passer en revue les diverses prisons de la Suisse, en les décrivant ou . séparément ou par groupes.
Avant d'entrer dans cet examen, nous devons dire qu'on reconnaît une ligne de démarcation assez tranchée, à l'égard des prisons, entre les grands et les petits cantons, les cantons protestants et les cantons catholiques ; les premiers ont adopté et appliquent les principales réformes apportées aux anciens systèmes d'emprisonnement; ils ont établi des prisons ou pénitenciers, quelquefois en appropriant d'anciens bâtiments, le plus généralement en faisant
des constructions, de toutes pièces, sur des plans spéciaux et souvent à grands frais ; dans les petits cantons la tradition et les anciens procédés restent en vigueur, les prisons sont presque toutes dans de vieux édifices, couvents ou autres, de construction et de disposition impropres.
Les prisons se distinguent en cantonales et locales; chaque arrondissement contient une ou plusieurs de ces dernières, destinées soit aux prévenus, soit aux condamnés pour délit, à une peine de courte durée. Les prisons dites d'arrondissement sont, il faut le dire, la plupart mal organisées et mal contrôlées.