SCÈNE VL
DORANTE, CLlTOjr.
Dâ, N'est'fl pas vrai, Cliton, que c'eût été dommage
De livrer au malheur ce généreux courage ?
J'avais entre mes mains et sa vie et sa mort.
Et je me viens de voir arbitre de son sort 360
CIL Quoi ! c'est là donc, monsieur... Do. Oui» c'est là le
coupable.
Cti* L'homme à votre cheval ? Do. Rien n^est sî véritable. CIL Je ne sais oti j'en suis, et deviens tout confus. Ne m'aviez-vous pas dit que vous ne mentiez plus? Do. J'ai vu sur son visage un noble caractère, 365
Qui, me parlant pour lui, m'a forcé de me taire. Et, d'une voix connue entre les gens de cœur. M'a dît qu^en le perdant je me perdrais d'honneur. J'ai cru devoir mentir pour sauver un brave homme. CIL Et c'est ainsi, nionsieur, que l'on s'amende à Rome? 370 Je me tiens au proverbe ; oui, courez, voyagez ; Je veux être guenon si jamaà vous changez :
Vous mentirez toujours, monsieur, sur ma parole. Croyez-moi que Poitiers est une bonne école ; Pour le bien du public je veux le publier ; 375
Les leçons qu'on y prend ne peuvent s'oublier. Do. Je ne mens plus, Cliton, je t'en donné assurance. Mais en un tel sujet l'occasion dispense.
CIL Vous en prendrez autant comme vous en verrez. Menteur vous voulez vivre, et menteur vous mourrez, 380 Et l'on dira de vous, pour oraison funèbre :
** C'était en menterie un auteur très-célèbre, " Qui sut y raffiner de si digne façon, '* Qu'aux maîtres du métier il en eût fait leçon ; " Et qui, tant qu'il vécut, sans craindre aucime risque, 385