ACTE IL SCÈNE IL
Et Yous-même achever ce qu'elle a commencé ?
Clè. Ma sœuTy à peine sais-je encor comme il se nomme,
Et je sais qu'on n'a vu jamais plus honnête homme, 506
Et que ton frère enfin périrait aujourd'hui,
Si nous avions afiabe à tout autre qu'à hiL
Quoique notre partie ait été si secrète Que j'en dusse espérer une sûre retraite, 51a
Et que Florange et moi, comme je t'ai conté.
Afin que ce duel ne pût être éventé, Sans prendre de seconds, l'eussions faite de sorte Que chacun pour sortir choisit diverse porte, Que nous n'eussions ensemble été vus de huit jours, 515 Que presque tout le mcmde ignorât nos amours. Et que l'occasion me fût si favorable .
Que je vis l'innocent saisi pour le coupable ; Je crois te l'avoir dit, qu'il nous vint séparer, Et que sur son cheval je sus me retirer. 520
Conune je me montrais, afin que ma présence Donnât lieu d'en juger une entière innocence. Sur un bruit répandu que le défunt et moi D'une même beauté nous adorions la loi.
Un prévôt soupçonneux me saisit dans la rue, 525
Me mène au prisonnier, et m'expose à sa vue.
Juge quel trouble j'eus de me voir en ces lieux : Ce cavalier me voit, m'examine des yeux.
Me reconnaît, je tremble encore à te le dire; Mais apprends sa vertu, chère sœur, et l'admire. • 530
Ce grand cœur, se voyant mon destin en la main, Devient pour me sauver à soi-même inhumain ; Lui qui soufire pour moi sait mon crime et le nie. Dit que ce qu'on m'impute est une calomnie.
Dépeint k criminel de toute autre façon, 535
Oblige le prévôt à sortir sans soupçon,
36 ZA SUITE nu MENTEUR.
Me promet amidé, m*assiiie de se taire.
Voilà ce qu'il a £ût» Yois ce que je dob aire.
ML L'aimer, le secourir, et tous deux avouer
Qu'une telle vertu ne se peut trop louer. 540
CIL Si je l'ai plaint tantôt de soufi&ir pour mon crime,
Cette pitié, ma sœur, était bien Intime ;
Mais ce n'est plus pitié, c'est obligation.
Et le devoir succède à la compassion.
Nos plus puissants secours ne sont qu'ingratitude ; 545
Mets à les redoubler ton soin et ton étude ;
Sous ce même prétexte et ces d^uisements
Ajoute à ton argent peries et diamants ;
Qu'il ne manque de rien ; et pour sa délivrance
Je vais de mes amis faire agir la puissance. 550
Que si tous leurs efiforts ne peuvent le tirer.
Pour m'acquitter vers lui j'irai me déclarer.
Adieu. De ton côté prends souci de me plaire,
Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère.
Me. Je vous obéirai très-ponctuellement 555