ACTE IL SCÈNE IIL
ML Mon frère va trop vite ; et sa chaleur l'emporte 565
Jusqu'à connaître mal des gens de cette sorte.
Aussi, comme son but est différent du mien.
Je dois prendre im chemin fort éloigné du sien*
Il est reconnaissant, et je suis amoureuse ;
Il a peur d'être ingrat, et je veux être heureuse. 570
À force de présents il se croit acquitter;
Mais le redoublement ne fait que rebuter.
Si le premier oblige un homme de mérite^
Le second l'importune, et le reste l'irrite;
Et, passé le besoin, quoi qu'on lui puisse offiîr, 575
C'est un accablement qu'il ne saurait souffiîr.
L'amour est libéral, mais c'est avec adresse : Le prix de ses présents est en leur gentillesse ; Et celui qu'à Dorante exprès tu vas porter.
Je veux qu'il le dérobe au lieu de l'accepter. 580
Écoute une pratique assez ingénieuse.
Ly. Elle doit être belle, et fort mystérieuse. Me. Au lieu des diamants dont tu viens de parler, Avec quelques douceurs il faut le régaler, Entrer sous ce prétexte, et trouver quelque voie 585
Par oli, sans que j'y sois, tu fasses qu'il me voie : Porte-lui mon portrait, et comme sans dessein Fais qu'il puisse aisément le surprendre en ton sein ; Feins lors pour le ravoir un déplaisir extrême : S'il le rend, c'en est fait ; s'il le retient, il m'aime. 590
Ly. À vous dire le vrai, vous en savez beaucoup. ML L'amour est un grand maître, il instruit tout d'un coup. Ly. Il vient de vous donner de belles tablatures. Mè. Viens quérir mon portrait avec des confitures : Comme poiura Dorante en user bien ou mal, 595
Nous résoudrons après touchant l'original.