‹ La suite du Menteur, a comedy, ed. by G. MassonChapitre 33 sur 126 · ACTE IIL SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IIL SCÈNE II

Que lui ravir Thonneur en conservant ses jours;

D'une belle action j'en ferais une noire.

J'en ai fait mon ami, je prends part à sa gloire;

Et je ne voudrais pas qu'on pût me reprocher 915

De servir un brave homme au prix d'un bien si cher.

CL Et s'il est son amant? Do, Puisqu'elle me préfère,

Ce que j'ai fait pour lui vaut bien qu'il me défère,

Sinon, il a du cœur, il en sait bien les lois.

Et je suis résolu de défendre son choix. 920

Tandis, pour un moment trêve de raillerie.

Je veux entretenir un peu ma rêverie.

\Il prend le portrait de Mêlisscl

Merveille qui m'as enchanté.

Portrait à qui je rends les armes,

As-tu bien autant de bonté 925

Comme tu me fais voir de charmes?

Hélas! au lieu de l'espérer,

Je ne fais que me figurer

Que tu te plains à cette belle.

Que tu lui dis mon procédé, 930

Et que je te fus infidèle

Sitôt que je t'eus possédé.

Garde mieux le secret que moi,

Daigne en ma faveur te contraindre ;

Si j'ai pu te manquer de foi, 935

C'est m'imiter que de t'en plaindre.

Ta colère en me punissant

Te fait criminel d'innocent;

Sur toi retombent les vengeances...

CIL {lui étant leportraifj.

Vous ne dites, monsieur, que des extravagances, 940

Et parlez justement le langage des fous.

Donnez, j'entretiendrai ce portrait mieux que vous;

Je veux vous en montrer de meilleures méthodes, £t lui faire des vœux plus courts et plus commodes.

Adorable et riche beauté, 945

Qui joins les effets aux paroles,

Merveille qui m'as enchanté

Far tes douceurs et tes pistoles,

Sache un peu mieux les partager,

£t, si tu nous veux obliger 950

À dépeindre aux races futures

L'éclat de tes faits inouïs.

Garde pour toi les confitures,

£t nous accable de louis.

Voilà parler en homme. Do, Arrête tes saillies, 955

Ou va du moins ailleurs débiter tes folies.

Je ne suis pas toujours d'humeur à t'écouter. Clù Et je ne suis jamais d'humeur à vous flatter; Je ne vous puis souffrir de dire une sottise: Par un double intérêt je prends cette franchise; 960

L'un, vous êtes mon maître, et j'en rougis pour vous; L'autre, c'est mon talent, et j'en deviens jaloux. Do. Si c'est là ton talent, ma faute est sans exemple. C7r. Ne me l'enviez point, le vôtre est assez ample ; £t puisque enfin le ciel m'a voulu départir 965

Le don d'extravaguer, comme à vous de mentir. Comme je ne mens point devant votre excellence. Ne dites à mes yeux aucune extravagance; N'entreprenez sur moi, non plus que moi sur vous. Do. Tais-toi; le ciel m'envoie un entretien plus doux; 970 L'ambassade revient Cli. Que nous apporte-t-elle? Do. Maraud, veux-tu toujours quelque douceur nouvelle? Cli. Non pas, mais le passé m'a rendu curieux; Je lui regarde aux ms^ns un peu plutôt qu'aux yeux.

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