ACTE I. SCÈNE IL
CiL Cette jambe, ce pied ? Ly, Si tu sors des prisons,
Dignes de ^installer aux Petites-Maisons. 220
Ly. Ce front? Ly. Est un peu creux. C7/. Cette tête? Zy. Un peu folle.
CIL Ce ton de voix enfin avec cette parole ?
Ly. Ah ! c'est là que mes sens demeurent étonnés ;
Le ton de voix est rare, aussi bien que le nez.
CIL Je meure, ton humeur me semble si jolie, 225
Que tu vas me résoudre à faire une folie.
Touche ; je veux f aimer, tu seras mon souci :
Nos maîtres font Tamour, nous le ferons aussi.
J'aurai mille beaux mots tous les jours à te dire ;
Je coucherai de feux, de sanglots, de martyre ; 230
Je te dirai : " Je meurs, je suis dans les abois,
^ Je brûle..." Ly. Et tout cela de ce beau ton de voix?
Ah ! si tu m'entreprends deux jours de cette sorte
Mon cœur est déconfit, et je me tiens pour morte.
Si tu me veux en vie, afîaiblis ces attraits, 235
Et retiens pour le moins la moitié de leurs traits.
CIL Tu sais même charmer alors que tu te moques.
Gouverne doucement l'âme que tu m'escroques.
On a traité mon maître avec moins de rigueur ;
On n'a pris que sa bourse, et tu prends jusqu'au cœur. 240
Ly. Il est riche, ton maître? CIL Assez. Ly. Et gentilhomme?
CIL II le dit Ly. II demeure ? CiL À Paris; Ly. Et se nomme ?
Do. {fouillant dans la bourse). Porte-lui cette lettre, et reçois
CIL {lui retenant le bras). Sans compter !
Do. Cette part de l'argent que tu viens d'apporter.
Cli. Elle n'en prendre pas, monsieur, je vous proteste. 245
Ly. Celle qui vous l'envoie en a pour moi de reste.
CIL Je vous le disais bien, elle a le cœur trop. bon.
Ly. Lui pounai-je, monsieur^ apprendre votre nom ? Do. Il est dans mon billet Mais prends, je t'en conjure. CIL Vous faut-il dire encor que c'est lui faire injure ? 250 Ly. Vous perdez temps, monsieur; je sais trop mon devoir. Adieu : dans peu de temps je viendrai vous revoir ; Et porte tant de joie à celle qui vous aime, Qu'elle rapportera la réponse elle-même.
Ciù Adieu, belle railleuse. Ly. Adieu, cher babillard. 255