La Sulammite
La première fois que je fis un cours sur la poésie des Hébreux, en 1876, mon étude du Cantique des Cantiques m’amena à la conclusion que le mariage décrit au milieu de ce poème représente le mariage de Salomon, non avec la Sulammite, comme on le croit généralement, mais avec une princesse étrangère. J’exposai brièvement cette idée l’année suivante dans l’article de l'Encyclopédie des secences religieuses relatif à ce livre, et un peu plus longuement trois ans après dans la Revue chrétienne, dans un article intitulé De la moralité du Cantique des Cantiques (1880). J’ai quelques raisons de penser que ces deux études n’ont pas passé complètement inaperçues dans les pays de langue française. Mais elles sont évidemment restées inconnues aux savants étrangers qui ont écrit depuis sur l'interprétation de ce livre. Ni von Orelli (1879), ni Stickel (1888), ni Œttli (1889), ni Riehm (1890), ni Driver (1891), n’y font la moindre allusion. Je crois cependant que mon hypothèse, — qui n’est pas précisément une hypothèse, puisqu'elle ‘repose sur des textes fort clairs et sur des faits, — donne la clé des difficultés qui arrêtent les commentateurs, et qu’ils cherchent, mais en vain, à tourner d’une facon ou d’une autre.
J'aurais dû publier cet ouvrage plus tôt; c'était mon intention; mais j’en ai été empêché par d’autres travaux, peut-être aussi par l'intérêt peu ardent que le public semble prendre à ce genre d’études. Quoi qu’il en soit, le voici. S’il avait par hasard quelque succès, jesais fort bien que ce n’est pas à ma prose qu’en reviendrait le principal mérite.
Montaukan, octobre 1891.