PS
faits plus ou moins anciens empruntés à différents auteurs. Ils n’ont pas seulement un intérêt historique : la plupart offrent des points intéressants à noter.
OBsERVATIOK |. -
(Budin. Leçons de clin. obstétricale, 1889.)
Une femme Car..., accouche d'un garçon qui pèse 3.570 grammes. Le second jour, la mére ayant beaucoup de lait, le poids de l’enfant est de 3.640 grammes, et nous assistons à une ascension presque incroyable : le quatrième jour, le bébé pèse 3,740 grammes ; le cinquième jour, 3.900: le septième, 4.000 ; le huitième, 4.150 , le dixième jour, 4.280 gr. Il avait donc, depuis sa naissance, augmenté de 720 grammes, soit 52 par jour. Tout en examinant cette courbe fantast que, je n'étais pas sans inquiétude. La mère avait beaucoup de laït, et l'enfant, mis au sein à chaque instant, en avalait en grande quantité : il prenait, la balance l'a montré, 100, 150 et même 160 grammes en une seule tétée. Du dixième au douzième jour, il n'’augmenta que de 40 grammes et commença à avoir la diarrhée. Le treizième jour il tomba de 4.30 grammes à 4,510, chiffre qu'il avait conservé lorsqu'il quitta l'hôpital. La mère commençait à suivre le conseil que nous lui avions donné de ne mettre son bébé au sein que toutes les deux heures, et de conunencer par faire sortir le lait aqueux accumulé dans les canaux galactophores : de la sorte le liquide pris était plus substantiel (voy. fig. 1).
deicr
— À — OBsERVATION II.
(Budin. Femmes en couches et nouveau-nés, 1895.)
Après une ascension remarquable, un enfant a été pris, le vingt-cinquième jour, d’intolérance gastrique sans diar-
rhée (voy. fig. 2). La quantité de lait qu'il recevait était de 500 grammes; nous l'avons reportée à 500, pour l'augmenter
Hire
ensuite progressivement, et celte indigestion n'a eu aucune suite fâcheuse. Les vomissements ont cessé à la fin du vingt-
septième jour, et de nouveau l'enfant s’est développé normalement.
(La première surtout de ces observations est intéressante, à cause de l’ascension vertigineuse qui s’est produite d’abord, et que la suralimentation seule est venue brusquement interrompre. La courbe est une des plus curieuses que nous ayons eu l’occasion d'observer. Aujourd’hui d’ailleurs, M. le professeur Budin, averti, n’attendrait pas le dixième jour pour intervenir.
Notre deuxième cas a ceci de particulier que la surcharge s’y est traduite seulement par des vomissements ; c’est le premier degré de l'intolérance : simple trouble mécanique.)
OBSsERvATION III.
(Comby. /n thèse Bellot, 1893.)
Fille de 2 mois. Tétées rares, mais prolongées. Vomissements et constipation. (Urticaire vésiculeuse.)
Cette enfant, observée le 21 décembre 1888, est nourrie au sein. La mère, qui a beaucoup de lait, donne le sein, non pas trop souvent, mais trop longtemps. Il en résulte un état dyspeptique, qui se traduit par des régurgitations de lait caillé, et par de la constipation. (Depuis hier, l'enfant a de vives démangeaisons, accompagnées de l’éruption de plaques rouges au centre desquelles sont des vésicules.) On conseille à la mère de réduire la durée des tétées, qui est de
dix à quinze minutes, et de laisser l'enfant cing minutes seulement au sein. Quelques jours après, les vomissements ont cessé, ainsi que la constipation.
(Dans cette observation comme dans la précédente, pas de diarrhée, mais seulement des vomissements, Et, en outre, comme conséquence des vomissements, une constipation absolue : toutes les évacuations se faisant par la voie buccale. A noter encore qu'il ne s’agit pas de tétées trop fréquentes, mais /rop copieuses. On retrouvera souvent cette étiologie, dans l'allaitement
naturel.) OBSERVATION IV.
(Due aù D' Merle.) Roger X..., né le 26 janvier 1894 — n'a été pesé que le 28,
— Son poids était alors de 4.000 grammes. Jusqu'au 28 février, ilest nourri uniquementau sein. Il pèse à cette époque 4.650 grammes. La mère perd alors son lait et l'enfant diminue de poids. On a recours au lait stérilisé. Comme il semble Le supporter assez difficilement, on le lui donne coupé d'eau d'orge ou d’eau de Vichy. Le rt avril, l'enfant pèse 7.100 grammes (Voy. fig. 3).
Il boit d'une façon exagérée (jusqu'à 2.000 gr. par jour). Mais, sous l'influence de l’excès d'alimentation. il est pris de diarrhée, de coliques, de vomissements — il ne veut plus rien boire. En cinq jours, il retombe à 6.400 grammes. Il en a donc perdu 500! On diminue beaucoup la quantité de lait. Il n’en boit plus qu'un litre et quart. Vers le 90 avril, il supporte mieux le lait. Il ne rend plus le lait caillé, «et, dit sa
Fig. 3.
= An — 1) ) —
mère, il a l'air de mourir de faim, tout en augmentant de poids ».
A partir du 24, il prend de nouveau deux litres de liquide, d'abord coupé, puis pur, dès Le 25 mai. Depuis, cet enfant à augmenté dans les mêmes proportions. Le 2 juillet, il pesait 11.800 grammes : il était alors âgé de 5 mois et 6 jours.
L'observation du Dr Merle est des plus suggestives. I s’agit d’un enfant nourri artificiellement et, de plus, non surveillé. On voit dans ces conditions quels excès peuvent se commettre : 2.000 grammes de liquide, à un enfant de 7 kilogs, c’est-à-dire près du tiers de son poids ! On voit aussi, par la courbe (fig. 3), avec quelle rapidité le réglage améliore l’état de l'enfant. Cependant celui-ci a continué, mais dans des proportions moindres, à être suralimenté, puisqu'à 5 mois il pesait près de 12 kilogs. A noter l’inportance de la chute de pouls (709 grammes en 5 jours\ et aussi les coliques, qui sont observées assez rarement dans l’indigestion des nouveau-nés.
L'observation qu'on va lire maintenant est dûe à Mlle Entz (1). Bien qu'elle n'ait pas un grand intérêt au point de vue symptomatique, puisqu'on nous dit seulement : gastro-entérité, nous tenons à la reproduire intégralement, parce qu’elle montre bien la vérité de ce que nous affirmions en commençant ce mémoire, à savoir la difficulté qu'il y a bien souvent à faire comprendre aux
(1) Consuitation des nourrissons, Th. Paris, 1900.
“ en. Î ds.
mères qu'il est dangereux de noursir trop leurs enfants.
OBSERVATION Vis!
(Mile Entz. Th. Paris, 1900.)
A la consultation de l'hôpital des Enfants malades, le 11 septembre 1899, une femme vient présenter son enfant atteint de gastro-entérite. Le visage de la mère nous frappe, il ne nous est pas inconnu. En effet, lorsqu'elle déshabille son enfant, nous voyons qu'il a un pied-bot, et nous nous rappelons alors que nous avons accouché nous-même cette femme à la clinique Tarnier. L'enfant a quatre mois. On interroge la mère. Elle raconte qu'elle donne le seiu à son enfant toutes les fois qu’il pleure, qu'il tette aussi longtemps que cela lui fait plaisir. Elle dit en outre qu'il n’a augmenté que de 500 grammes depuis sa naissance. Bien qu'elle ait rougi en nous voyant, elle affecte de ne pas nous reconnaître. Cependant nous l’appelons, après que le chef lui a donné des conseils et nouslui demandons son nom, afin de nous reporter au registre de la Clinique, et de savoir l'histoire de cet enfant. En effet, le soir nous allons nous renseigner et voici ce que nous trouvons : La femme L.., est accouchée le 30 avril 1899, d'ur enfant pesant 3.020 grammes. Elle s’est montrée très peu docile aux conseils qu'on lui donnait. Le 7 mai, c'est-à-dire huit jours après son accouchement, elle est partie de l'hôpital malgré l'avis du médecin. Son enfant ne pesait que 2.970 grammes, il n'avait pas regagné son poids de naissance. On n'entend plus parler d'elle jusqu'au 2 juin. Ce iour-là, elle vient présenter son enfant: il a de la diarrhée, elle trouve qu’il ne profite pas. Il ne pèse que 3.350 grammes. En vingt-cinq jours il a augmenté de 380
grammes, ce qui fait une moyenne de 14 gr.8 par jour. Comme son enfant n’est pas du tout réglé, qu’elle lui donne le sein à tout propos, on recommande à la mère d’espacer les tétées, et l’on note sur Île registre : Enfant à régler. Mécontente sans doute des observations qu'on lui avait faites. elle ne se représente plus à la consultation des nourrissons.
Le hasard nous la fait revoir le 11 septembre, dans un autre hôpital. et la conclusion est la même : Enfant à régler.
Voici maintenant un cas, fort curieux, que nous | A , A} ÿ s avons eu Poccasion d'observer nous-même. L'enfant habite la province, mais nous ayons reçu assez souvent de ses nouvelles pour pouvoir donner son histoire tout entière.
OBSERVATION VI (Personnelle).
R.... Louis, né le 11 février 1901. Poids initial : 2.550 gr. A sa naissance cet enfant était très maigre. Dès les premiers jours il a tété gloutonnement. Sa mère, d'ailleurs, a toujours eu beaucoup de lait. En deux semaines il augmente de 800 grammes, soit 55 gr. 6 par jour (y compris la descente initiale) ! Ici, un temps d'arrêt : l'enfant a quelques régurgitations et il gagne seulement 150 grammes en une semaine. Puis il repart. et désormais son accroissement se poursuit sans interruption jusqu'au 6 mai, où il a atteint 6.250 gr. On néglige, pendant cette période, de le peser régulièrement.
Le 1ravril, nous avons l'occasion de voir la mère, qui nous présente son enfant. Il pèse 5.250, et nous ne pouvons nous défendre d'une certaine inquiétude, en présence d'une ascension aussi vertigineuse. La mère nous avoue que, pen-
dant ces deux premiers moïis, elle a mis son enfant au sein toutes les deux heures (9 ou 10 fois par jour), l'y laissant chaque fois vingt minutes! Et il s’agit d'un enfant glouton, qui tette sans doute rapidement, et d’une mère ayant beaucoup de lait. Cependant l'enfant n'a jamais eu de diarrhée, ni de vomissements véritables, mais seulement, et souvent. des régurgitations après les tétées.
Ainsi chez cet enfant évidemment trop nourri, la surcharge s'est manifestée seulement par quelques rejets de lait à peine modifié. Cependant, nous croyons devoir crier : gave ! el nous recommandons à la mère de le laisser beaucoup moins longtemps au sein.
Nos craintes étaient légitimes : le 6 mai, l’enfant, qui pèse 6.250 grammes, commence à rendre un peu de lait caillé, avec des grumeaux, et cela pendant quinze jours ; on voit que peñdant cette période sa courbe reste stationnaire (voy. fig. 4). Ces vomissements cessent quand la mère prend enfin lé parti de le laisser seulement de 7 à 10 minutes au sein et de réduire à 6 le nombre des tétées quotidiennes. On voit que depuis il a repris son ascension interrompue. Aujourd’'hui, nous écrit la mère. «il continue à renvoyer le tropplein de chaque tétée, en un seul jet qui se produit presque immédiatement après celle-ci ».
Cet enfant est donc encore suralimenté. D'ailleurs, voici les quantités de lait prises en un jour (3 juin) :
5 heures matin......... 290 grammes
8 heures matin ........ , 1790 — rr heures Matin, 150 es, r heure soir....... Aer TO0 — AtheurÉS SOIT... 120 — HHhenlES ISO AU 200 —
Soit, 960 grammes, pour un enfant de 4 mois.
ARS: feu
Ce qui nous semble tout particulièrement remarquable dans l’histoire de cet enfant, c’est l’extraordinaire tolérance dont ont fait preuve, si longtemps, ses organes digestif. Voilà un enfant qui, à quatre mois, pèse 7.290 grammes : il en a donc gagné 4.500 depuis sa naissance, C'est-à-dire en moyenne 42 grammes par Jour. Malgré cet accroissement insensé, il n’a jamais eu de diarrhée, ni de vomissements, si ce n’est durant la courte période qui va de la 12e à la 14° semaine. En dehors de ces quinze jours, l’intolérance s’est manifestée seulement par des régurgitations, quid’ailleurs ne l’ont pas trop incommodé (voy. fig. 4). L'enfant, néanmoins, de Paveu même de la mère, se développe mieux depuis qu’elle aréduit à la fois le nombre et la durée des tétées. Mais c’est encore un enfant suralimenté, et on devra se méfier pour lui de Papparition des fortes chaleurs.
Jusqu'ici les faits que nous avons cités sont, pour la plupart, empruntés à la clientèle urbaine. Mais observet-on, chez les enfants mieux surveillés — dans les hôpitaux et les cliniques — des accidents analogues ?
Nous avons vu que Mile Entz, désireuse de recueillir des observations de surcharge digestive, s'était adressée, systématiquement, aux consultations externes des hôpitaux d'enfants. « La clinique Tarnier, écrit-elle, ne nous offre point d'enseignement à ce sujet, car, grâce Justement à l’organisation de la consultation, les accidents
Ée al TA 7 Te « sont évités aux enfants qu'on y peut suivre. » Nous
avons fait, de notre côté, un raisonnement exactement inverse, et que voici. Précisément à cause de la surveillance incessante dont les enfants sont l’objet à la clinique, nous nous somimes dit que, si des faits semblables à ceux observés en ville s’y produisaient, ils seraient aperçus immédiatement, et, avec eux, leur origine et leur remède. Les deux faits, que nous avons cités, du professeur Budin (obs. Let Il) ne pouvaient que nous encourager à hmiter nos recherches à ce terrain étroit de l'hôpital. |
Nous allons résumer les principaux exemples que nous y avons recueillis, tant à la consultation des nourrissons, que — même — dans les salles de la Clinique (c’est-à-dire chez des nouveau-nés de quelques jours seulement). Les résultats, pour ne pas porter sur des chiffres importants (nous avons d’ailleurs, dans cet ordre, l'observation du D' Merle et la nôtre), n’en auront que plus de valeur : ils acquerront, nous allons le montrer, toute la force probante de l’expérimentation physiologique.
1 Faits observes à la consultation externe des nour:-
l'ISSONS ,
OBservarIoN VII.
Voici par exemple un enfant — le n° 1066 du registre de la consuHation — qui pesait à sa naissance — le 8 janvier
EE e
1899 (1) — 3.150 grammes. Le 3 février, il atteignait 3.440 grammes. La mère n'ayant pas assez de lait, on lui donne trois flacons de lait stérilisé de 50 grammes. Résultat : le 10 février, il pèse seulement 3.480 : iln'a donc augmenté que de 40 grammes en une semaine, soit 5,7 par jour. De plus, ses garde-robes sont vertes. On réduit le lait stérilisé à deux flacons de 5o grammes. La semaine suivante il va mieux, mais il a encore quelques régurgitations, et même de véritables vomissements de lait caillé. C'est seulement quand on lui supprime complètement son lait stérilisé qu'il commence à se bien développer, gagnant désormais 30, puis 25 grammes par jour. Il pesait 5.510 grammes le 21 avril. et 8.170 le 29 septembre.
(n'y a pas eu ici, comme on pourrait le croire au premier abord, de faute de règlage. On a donné, les premiers jours, du lait stérilisé, parce que lenfant ne prenait pas suffisamment au sein de sa mère. Le lait de celle-ci augmentant, Penfant se trouvait suralimenté : on a donc dû supprimer le lait stérilisé. Cette observaon montre simplement combien le règlage est paruculièrement difficile dans l'allaitement mixte.)
Ogsxrvariox VIIL.
Voici maintenant un gros enfant (n° 1085), né le g février 1899, et pesant ce jour-là 3.800 grammes. Il se développe parfaitement, comme le montre sa courbe (que nous avons
(r} Nous avons dù borner nos recherches aux deux dernières
années.
SE | pe cru devoir reproduire depuis le 21 avril, c'est-à-dire depuis la dixième semaine), jusqu'au 2 juin. Sa mère qui le nourrit suit parfaitement les conseils qu'on lui donne... ets'en trouve bien. Mais le 2 juin elle cesse de venir à la consultation; et, lorsqu'elle y revient le 30, on constate que l'enfant qui pesait 6.540 grammes, atteint maintenant 7.750 : il a donc gagné plus de 35 grammes par jour, ce qui est excessif pour un enfant de 4 mois. La mère le ramène d’ailleurs parce qu'il a
de la diarrhée. Elle avoue le laisser au sein tant qu'il le désire. On lui recommande de le régler, mais elle ne suit pas ce conseil. Elle revient seulement le 21 juillet, et l’on constate que l'enfant a diminué de 230 grammes. Désormais la mère, effrayée, a obéi, et l'enfant s’est développé, comme le montre la courbe (voy. fig. 5).
(Rien de particulier à noter, si ce n’est cette vérité,
qui ressort bien de l’histoire que nous venons de rap-
PO re
porter : il faut une surveillance incessante et de tous les
instants.)