CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES : DÉFINITION, CLASSIFICATION
Définition. — Si l'on ouvre un dictionnaire au mot sourd-muet, on trouve la déflnitioQ suivante : I Personne privée de Vouie et de la parole ». Cette définition, exacte pour le mot pris dans son sens littéral, ne l'est plus si l'on considère la réalité. En effet, beaucoup de sourds-muets entendent et distinguent des bruits, des voyelles, des consonnes et même des phrases entières. D'un autre côté, grâce aux nouvelles méthodes d'instruction appliquées d'une manière générale depuis le Congrès de Milan de 1880, tous peuvent acquérir la parole. On peut concevoir aussi qu'un aphasique devienne sourd ; ce ne sera pas un sourdmuet bien qu'il soit privé de la parole et de l'ouïe.
Avant de donner une définition exacte de la surdimutité, il est nécessaire de bien montrer dans quelles
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conditions se produit cet état morbide. On sait que le fait psychologique primitif, par lequel on acquiert la faculté de parler, est la sensation auditive. L'enfant entend les mots qu'on prononce devant lai, et, grâce à son instinct d'imitation, clierche à les répéter. Peu à peu, il arrive à articuler des raonosyllables, des mots et des phrases. Les sensations visuelles, tactiles, olfactives, gustatives, etc., viennent ajouter d'autres notions qui s'associent et créent la faculté de comprendre. Si, par suite de lésions auriculaires la sensation auditive n'est plus perçue, l'enfant ne pourra pas acquérir la parole ; n'entendant pas les mots qu'on prononce devant lui, il lui sera impossible de les prononcer lui-même. Ce sont ces lésions auriculaires, si elles sont congénitales, ou si elles se produisent dans les premières années de l'existence, qui sont le fait primordial et caractéristique de la surdi-mutité.
Deux éléments entrent en jeu dans la production de cette affection : la surdité et le jeune âge du sujet. Tous deux sont essentiels et doivent intervenir. La surdité doit être, sinon totale, du moins assez, considérable pour que les mots qui constilu.'ut le langage articulé ne puissent être perçus dunj manière précise et distincte. Il semblerait a priori que la perle de l'ouïe dût être congénitale ou se produire avant que l'enfant ait appris à parler. L'expérience montre qu'elle peut survenir longtemps après l'acquisition du langage articulé et cependant se compliquer de mutité. Si l'enfant devient sourd avaut l'âge de 7 ou 8 ans,
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l'oubli des mots qu'il n'entenil plus se fuit peu à peu dans son esprit, et. au bout d'un temps plus ou moins long, suivant que l'âge est plus ou moins avances la parole disparaît complètement.
On peut donc dérinir le sourd-muet: un être chez lequel des altcrations pathologiques des organes auditifs, congénitales ou sui'venues avant l'âge de 8 ans, ont entraîné une perte totale ou une diminution considérable de la faculté d'entendre.
Si la surdité sunïent après l'âge de 8 ans, la fonction verbale se conserve, mais en partie seulement. Lorsqu'elle se p:'o,Iiiil avant l'âge de 15 ans, it est nécessaire que des procMés spéciaux d'instruction viennent atténuer les ellets de la perte de l'ouïe, sinon l'enfant parle de moins on moins ; l'émission de la parole exige un elFort de plus en plus considérable qu'il ne prend pas la peine de faire. C'est là du reste ■ un fait général ; tous les sourds, à quelque âge que se produise leur infiniiilé, oublient peu à peu les images auditives et verbales, perdent l'habitude de parler et savent de moins en moins conduire leur voix.
Il est parfois dilli^ile de dire si un enfant est simplement atteint de surdité ou s'il doit être considéré comme sourd-muet. 11 est devenu sourd à un âge avancé et a conservé quelques éléments du langage articulé, ou bien des restes d'audition ont permis l'acquisition de quelques mots et m^me de phrases entières. 11 y a ainsi un assez grand nombre d'enfants. qui sont sur la limite de la surdi-mutité, qu'on refuse
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dans les instituts de sourds-muets, sous prétexte qu'ils ont un certain degré d'audition et qu'ils parlent un peu, mais qui ne peuvent tirer aucun profit de l'instruction qu'on donne dans les écoles ordinaires. Il importerait cependant, au point de vue pédagogique, de leur appliquer les procédés spéciaux d'instruction qu'on réserve aux sourds-mUets et qui leur seraient extrêmement profitables . Dans certains pays , en Danemark par exemple, on admet dans les institutions de sourds-muets, tous les enfants qui, pour cause de surdité, ne peuvent pas suivre les classes ordinaires.
Classification. — Pour établir une classification des diverses variétés de sourds-muets, on peut se placer à plusieurs points de vue. Si l'on considère l'étiologie et la pathogénie, on aura les deux catégories suivantes :
1" Ceux qui n'ont jamais entendu, dont la surdité est de naissance ou congénitale.
2° Ceux qui ont entendu dans les premiers mois ou les premières années de leur existence et dont la surdité est acquise.
Cette deuxième classe a été subdivisée par Trœltsch en surdi-mutités précoces ou tardives. Dans le premier groupe sont les enfants qui ont entendu mais n'ont pas parlé ; dans le deuxième, ceux qui ont déjà parlé.
Cette division des surdi-mutités, en congénitales et acquises, généralement adoptée, nous servira de base pour l'étude de l'étiologie, de la pathogénie et de l'anatomie pathologique.
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Une deuxième classification étiologique a étéproposée ; elle divise les différents cas de surdi-mutité en surdimutités endémiques, se produisant dans certaines régions qui semblent infectées, et en surdi-mutités sporadiques, lorsqu'elles résultent de causes accidentelles. Cette classiflcation est totalement abandonnée ; car Tétude plus complète de cette affection a montré que cette distinction ne correspond pas àla réalitédes faits.
Si Ton se place au point de vue pédagogique il y a tout intérêt à adopter une autre division et à classer les sourds-muets dans les deux catégories suivantes:
1' Ceux dont la surdité est totale ou sourds complets.
2" Ceux qui ont conservé des restes plus ou moins considérables d'audition ou demi-sourds.
On comprendra facilement quels avantages on peut retirer de cette séparation des sourds et des demi-sourds lorsqu'on saura que les procédés pédagogiques actuels utilisent, pour l'instruction de ces enfants, tous les vestiges d'audition qui peuvent subsister. Cette distinction avait déjà été faite, il y a longtemps, par Itard qui avait établi cinq classes de sourds-muets :
1' Ceux qui entendent ia parole ;
2* Ceux qui entendent la voix ;
3' Ceux qui entendent les sons ;
4° Ceux qui entendent le bruit ;
5° Ceux qui n'entendent absolument rien.
Bonnafond après avoir étudié, à l'aide des diapasons, l'ouïe de sourds-muets, avait proposé les trois catégories suivantes ;
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l" Ceux qui ne peuvent entendre d'aucune manière ;
2" Ceux qui perçoivent le diapason appliqué et non autrement ;
3" Ceux qui entendent le diapiison appliqué sur le cn'ine et à une certaine distance de l'oiville.
Enlin, Hezold a, dans ces dernières années, mesuré avec une grande précision, à l'aide de la série continue des sons, le pouvoir auditif des sourds-muets et les a rangés dans six catégories suivant que ce pouvoir auditif est plus ou moins considéralilc. Ces six groupes de Bezold sont bien définis e( ont été admis par la plupart des médecins aurisles et des instituteurs de sourds-muets de l'Allemagne. Xons ferons, dans le cours de cet ouvrage, une revue détaillée des i-eclierches de Eezold, dont la classification nous a senl, du reste, à déterminer la composition des diverses clisses, à l'Institut départemental d'Asnîères.
A côté des soui-ds-muets tels que je viens de les définir et de les classer, on trouve un certain nombre de malades atteints non seulement de surdi-mutité mais aussi de troubles cérébraux et de lésions plus ou moins graves des autres organes des sens, 11 est des sourds-muets idiots, imbéi^iles, épileiiliques, etc.; il en est dont la vue est plus ou moins compromise, même totalement perdue. Mais la surdi-mutilé n'est dans ces cas que la complication de maladies plus graves et doit figurer dans la symptomalolngie de ces all'ections.